DUNAN Renée [Dictionnaire des anarchistes]

Par Felip Equy, Dominique Petit

Née à Avignon vers 1892, morte peut-être dans la même ville en 1936. Ecrivaine, anarchiste, féministe.

Monsieur de Steinthal : ce pseudonyme a été apparemment construit à partir de Stendhal et de Casanova de Seingalt. Mais aussi : Chiquita, Ethel Mac Singh, Luce Borromée, Laure Héron, Renée Camera, Marcelle La Pompe, Spaddy, Louise Dormienne, A. de Sainte-Henriette, Ky, Ky C. Sous tous ces pseudonymes et bien d’autres encore, se cachait Renée Dunan.

On sait peu de choses sur cet écrivaine qui, comme B. Traven, aimait brouiller les pistes. Elle n’a pas laissé de mémoires et sa correspondance est rare. Elle a écrit une cinquantaine d’ouvrages sur une courte période. L’essentiel de ses écrits ont été édités entre 1924 et 1934. Elle a publié jusqu’à huit titres par an. Les genres de ses romans sont variés : érotisme, aventures, historique, policier, psychologique, ésotérique, fantastique, science-fiction. Elle a écrit des essais sur le naturisme et sur l’écrivain René Boylesve. Elle a publié des nouvelles dans des revues comme Les Œuvres libres.

Elle serait née à Avignon en 1892 dans une famille d’industriels et serait décédée en 1936. Après des études chez les religieuses, avant de devenir journaliste, elle aurait travaillé dans des bureaux puis aurait beaucoup voyagé.

Elle a commencé sa carrière de journaliste littéraire en 1919. Qualifiée de « vitrioleuse » et de « pétroleuse », elle était une critique redoutée dans Action, Le Disque vert, Floréal, Images de Paris, ou Rives d’Azur. A propos de cette revue, elle disait que c’était « la seule revue de France où il lui [était] également loisible de faire l’éloge de Lénine, de Rétif de La Bretonne et du dadaïsme ».

Féministe, anarchiste, dadaïste, pacifiste : tous ces qualificatifs lui conviennent.
Elle s’enthousiasma pour le mouvement Dada. En contact avec Francis Picabia, elle a écrit dans la revue Projecteur. D’après elle, l’auteur dadaïste pouvait être ce qu’il voulait : « Fou, bicéphale, notaire, tétrapode, bolchevik ; ramoneur ou paralytique ; onirique ou paranoïaque ». Le 13 mai 1921, invitée par Breton, Péret et Tzara à venir témoigner lors du faux procès intenté à Maurice Barrès, elle ne s’y présenta pas.

Sa signature était présente dans des revues anarchistes ou socialistes : Les Humbles, L’Insurgé, Le Libertaire, Clarté, La Volonté, L’Ordre naturel. Elle prit la défense de prisonniers politiques, elle s’opposa au traité de Versailles, elle écrivit la préface d’un livre sur le bagne (L’enfer du bagne de Tullio Murri, 1926). Entre 1923 et 1927, elle signa des articles dans Le progrès civique, hebdomadaire publié par le Cartel des gauches. En 1925, elle a participé à une brochure d’André Lorulot* sur le thème L’impôt sur le capital sera-t-il bienfaisant ? Dans les années 1930, elle fut membre de l’Union des intellectuels pacifistes (UIP).

Elle a collaboré à au moins deux numéros de L’En dehors, la revue anarchiste individualiste d’E. Armand*. En 1928, elle y publia "Le nudisme, revendication révolutionnaire ?" et en 1933 "Le nudisme et la moralité". Le naturisme est également le thème d’un de ses romans, La chair au soleil (1930), illustré par des photographies des centres gymniques des « Amis de Vivre ». Dans ces centres, on faisait l’apologie de la culture physique en plein air et de l’exposition des corps au soleil. Des anarchistes comme Charles-Auguste Bontemps* ou Eugène Humbert* y participèrent. La revue Vivre intégralement subit la censure et Renée Dunan prit sa défense dans un livre de Bontemps, Nudisme : pourquoi, comment (1930).

En 1923, elle contribua au livre de Georges-Anquetil et Jane de Magny L’amant légitime ou la bourgeoise libertine. Dans une lettre, publiée en annexe, aux côtés d’autres écrivains, elle donnait son opinion sur la polygamie et la polyandrie. En 1927, elle collabora au livre de Maurice Hamel sur la prostitution. Dans La révolution sexuelle et la camaraderie amoureuse (1934) d’E. Armand, elle répondit à des questions sur la sexualité dans les milieux progressistes, les drames passionnels ainsi que sur la camaraderie amoureuse.

Elle voulait assumer librement sa sexualité et fut l’une des premières femmes à publier des romans érotiques. Les titres parlent d’eux-mêmes : L’amant trop aimé (1925), Les caprices du sexe (1928), Colette ou les amusements de bon ton (1936), Dévergondages (1937), Les jeux libertins (1929), Une môme dessalée (1927), La culotte en jersey de soie (1923)... La plupart ont été publiés dans la Collection gauloise aux éditions Prima. Il s’agissait de petits livres d’une cinquantaine de pages. La littérature érotique a en général une mauvaise image mais l’écriture de Renée Dunan présente plusieurs qualités : intensité de la langue, richesse du vocabulaire, recherche littéraire. Elle affirmait parfois un certain anti-machisme. « Qu’est-ce qu’un homme ? une virilité… Mais combien faut-il de temps pour qu’une femme habile fasse de la plus fière des verges mâles... un chiffon ? » Elle n’hésitait pas à mettre en scène des personnages féminins qui envisageaient, sans pudeur ni perversité, les expériences amoureuses les plus extrêmes.

Les bien pensants, tel l’abbé Louis Bethléem, qualifièrent ses articles d’« élucubrations » et ses romans d’« immondes ». Elle n’en avait cure, ainsi qu’on peut le lire dans une lettre adressée à une correspondante : « Qu’on dise de moi ce qu’on veut, je m’en f... Mais qu’en dit-on ? Car c’est amusant à connaître et seule une femme peut me le dire. Que j’ai des amants ? Que j’ai des amantes ? Que je fornique avec des animaux ?... »

Sous le nom de Marcelle La Pompe, elle a écrit la préface des Stupra d’Arthur Rimbaud (1925). De ces trois sonnets érotiques, seul le troisième semble pouvoir être attribué à Verlaine et Rimbaud.

Le prix Lacombyne (1924), comme son nom l’indique est une satire des prix littéraires. On y voit un commando d’anarchistes enlever un membre d’un jury. Renée Dunan se vengeait car elle avait raté le prix Goncourt en 1922 avec son premier roman La triple caresse. Le roman est illustré par le dessinateur renommé Jean Oberlé.

Ses romans historiques ont pour sujets la préhistoire (Magdeleine, 1926), Jules César (Le sexe et le poignard, 1928), la papesse Jeanne (1929), la sorcellerie (Les amantes du diable, 1929), le Masque de fer (1929).

Ses romans policiers ont pour titres : Le chat-tigre du service secret (1933), L’épouvantable secret (1934), Le meurtre du milliardaire (1934)... Pour la science-fiction, on peut citer La dernière jouissance (1925), roman de la fin du monde...

Dans Baal ou la magicienne passionnée (1924) elle montrait ses connaissances de l’occultisme, du magnétisme et de la magie. Son intérêt pour l’occultisme se retrouve dans sa collaboration à la Grande encyclopédie illustrée des sciences occultes (1937).

Après 1929, Renée Dunan connut des difficultés financières. Elle dut notamment mettre en vente une partie de sa bibliothèque.

D’après certaines sources, elle serait morte le 8 août 1936. Mais rien n’est simple avec Renée Dunan. Il existe des lettres de son écriture datées de 1938. Elle aurait alors vécu à Sainte-Maxime dans le Var. Dans les années 1940, un certain Georges Dunan affirmait être l’auteur des ouvrages signés par Renée Dunan. Et Georges lui, est bien décédé à Nice en décembre 1944.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article156714, notice DUNAN Renée [Dictionnaire des anarchistes] par Felip Equy, Dominique Petit, version mise en ligne le 24 février 2014, dernière modification le 14 septembre 2016.

Par Felip Equy, Dominique Petit

ŒUVRE : ouvrages cités dans la notice.

SOURCES : Claudine Brécourt-Villars, "Renée Dunan", Fascination : le musée secret de l’érotisme, n° 27, 2e trimestre 1985, pp. 21-25.— Idem, "Renée Dunan ou la femme démystifiée", Histoires littéraires, n° 2, avril-mai-juin 2000, pp. 51-66. — CIRA Marseille.

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