HANOT Marius, Hermant, Émile [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, Claude Pennetier, notice complétée par Guillaume Davranche et Claude Leroy

Né le 13 février 1888 à Penin (Pas-de-Calais), mort le 28 juillet 1958 à Paris (XIIIe arr.) ; employé à la Compagnie générale des omnibus ; anarchiste et « soviétiste ».

Marius Hanot fut un compagnon éphémère de Blaise Cendrars en 1912, avec qui il fréquenta les milieux anarchistes. Avec Emile Szittya, jeune écrivain anarchiste d’origine hongroise, et Blaise Cendrars, ils lancèrent Les Hommes nouveaux, présentée comme une "revue libre franco-allemande", dont ne parut qu’un seul numéro toujours en 1912. Elle était domiciliée 4 rue de Savoie (Paris VIe).

Les trois directeurs figuraient au sommaire, Hanot pour une étude très élogieuse sur André Suarès que Cendrars, bien plus tard, dans des entretiens radiophoniques, a semblé revendiquer. On a pu mettre en doute l’existence de ce Marius Hanot et le considérer comme un pseudonyme passager de Cendrars, qui est coutumier du fait. Mais un brouillon de lettre manuscrite de Cendrars à Hanot, retrouvé dans les archives du poète, est de nature à confirmer son existence. Après avoir volé un livre d’Apollinaire à l’étal d’une librairie, Cendrars a été conduit au Dépôt et, le 17 septembre 1912, il demande de l’aide à Hanot.

Dans le numéro unique de la revue est annoncée une plaquette hors série de Marius Hanot sur "Salomon [sic peut-être pour "Salomé"] et le Marquis de Sade", qui ne parut pas. Hanot disparaît complètement de la vie de Cendrars qui ne l’évoquera plus jamais.

Marius Hanot a activement collaboré au supplément littéraire de la Lanterne en 1912

Marius Hanot (le même sans doute) joua un rôle de premier plan dans la première tentative, d’essence libertaire, de créer une section de l’Internationale communiste en France.

À la fin de la Grande Guerre, démobilisé comme lieutenant d’artillerie, il avait obtenu plusieurs citations à l’ordre de l’armée. En 1919, il était membre de l’Association républicaine des anciens combattants (Arac), et gérant de son organe Le Combattant. Il devait être rapporteur de la commission internationale au congrès de l’Arac, en septembre 1919 à Lyon.

Enthousiasmé par la Révolution russe, il était également membre de la section de Paris 13e du « Parti communiste » (voir Alexandre Lebourg). Le PC, formé sur la base du soutien à la Révolution russe, tentait de produire une doctrine nouvelle : le soviétisme. Marius Hanot en donna les grandes lignes dans une brochure intitulée Soviet ou Parlement : « D’un côté, écrivait-il, le parlementarisme, qui, malgré les renouvellements de personnalités différentes, restera toujours antidémocratique, d’un autre le Soviet qui apparaît comme l’exacte représentation du prolétariat. »

En réalité, les éléments socialistes et libertaires cohabitèrent mal au sein PC, et les divergences éclatèrent lors de son 1er congrès, tenu à Paris du 25 au 28 décembre 1919. Contre un projet de statuts jugé trop centraliste déposé par Ernest Girault*, un contre-projet rédigé par Alexandre Lebourg*, Émile Chauvelon, Émile Giraud* et Louise Roblot fut adopté à une majorité des deux tiers. L’organisation fut rebaptisée Fédération communiste des soviets (FCS), Marius Hanot en fut élu secrétaire, et Lebourg secrétaire adjoint. La FCS et son organe, Le Soviet devaient vivoter jusqu’en mai 1921.

Une minorité restait cependant mécontente de la nouvelle orientation. Le 6 février 1920, une scission emmenée par Sigrand, Lacoste, Fabre et Henri Bott* recréait le PC et son organe Le Communiste, qui devaient subsister jusqu’en mars 1921.

Le 23 février 1920, Marius Hanot écrivit à Lénine pour l’informer de la scission. La lettre, envoyée à Amsterdam, fut saisie par la police et finit dans les dossiers d’un juge d’instruction.

Le 1er avril 1920, la police perquisitionna chez lui, au 60, rue de la Colonie à Paris 13e, et fit moisson de documents : articles, correspondances, exemplaires du Soviet, manifestes de l’Arac, manifestes de la IIIe Internationale, ainsi que la morasse d’un journal, L’Antimilitariste, et les statuts du Bureau international antimilitariste d’Amsterdam.

Le 9 mai, Marius Hanot prit la parole dans un meeting à Troyes devant 200 personnes. Il y fit l’apologie de la Russie soviétique, et appela à la grève générale en France, accompagnée de sabotages, puis d’une insurrection que ferait triompher une Armée rouge. Le 11 mai, il fut arrêté et inculpé dans le cadre du « complot contre la sûreté de l’État ».

L’affaire du « complot contre la sûreté de l’État » était une manœuvre du gouvernement pour désorganiser la grande grève des cheminots et la gauche révolutionnaire en général. En mai, plus d’une vingtaine de militants furent ainsi interpellés et placés en prison préventive à la Santé. L’instruction fut menée par le juge Jousselin, tandis que les organisations ouvrières menaient une vaste campagne de soutien aux inculpés.

Le 27 novembre, le Réquisitoire général prononça un non-lieu général en ce qui touchait les « menées anarchistes » (passibles des lois scélérates de 1893-1894). En ce qui touchait « la sûreté de l’État », 12 inculpés bénéficièrent d’un non-lieu : Delagrange, Midol (réfugié en Suisse), André Lévêque*, Henri Sirolle*, Aimé Rey*, Dejonkère, Olivier, Gautier, Courage, Henri Toti*, Guillaume Verdier* et Chaverot.

Seuls douze inculpés comparurent devant les assises de la Seine à partir du 28 février 1921 : Fernand Loriot, Pierre Monatte*, Boris Souvarine, Gaston Monmousseau*, au titre du Comité de la IIIe Internationale ; Marcel Sigrand, Henri Bott*, Rabilloud, du Parti communiste de Péricat ; Marius Hanot*, Giraud* et Alexandre Lebourg*, de la FCS. Le jury prononça un acquittement général le 17 mars 1921.

Marius Hanot disparut ensuite de la scène politique et des rapports de police, si l’on fait exception d’une liste peu fiable, de militants « communistes », établie en 1924.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article156562, notice HANOT Marius, Hermant, Émile [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, Claude Pennetier, notice complétée par Guillaume Davranche et Claude Leroy, version mise en ligne le 24 février 2014, dernière modification le 5 octobre 2014.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier, notice complétée par Guillaume Davranche et Claude Leroy

ŒUVRE : Soviet ou Parlement, L’Association ouvrière, 1919.

SOURCES : État civil de Penin. — Arch. Nat., F7/13053, F7/13090. — Le Journal des débats du 8 mars 1921 — A. Kriegel, Aux origines du communisme français 1914-1920, Mouton & Co, 1964. — Christiane Jospin-Magry, « Les anarchistes, la Révolution russe et l’expérience soviétique en France (1914-1921) », mémoire de maîtrise, Paris-I, 1975 — Pierre Berthet, « Les libertaires français face à la révolution bolchévique en 1919 : autour de Raymond Péricat et du Parti communiste », mémoire de maîtrise, Paris-IV, 1991.

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