ESTEVE Juan Baptista [dit BONAFULLA Leopoldo] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Rolf Dupuy, Françoise Fontanelli Morel

Né en Catalogne avant 1870, mort vers 1925 ; cordonnier ; militant anarchiste en Espagne et à Marseille.

Cordonnier dans le quartier de Gracia à Barcelone, Juan Bautista Esteve, plus connu sous son pseudonyme de Leopoldo Bonafulla, joua un rôle considérable dans le développement du mouvement anarchiste et révolutionnaire du début du vingtième siècle. Ses activités l’amenèrent à s’exiler à plusieurs reprises à Marseille où il séjourna déjà en 1899.

Il fut mentionné comme collaborateur de la feuille révolutionnaire L’Aube Nouvelle rédigée par Léo Sivasty et publiée en 1900-1901 à Alès (Gard) pour trois numéros. La même année, il collabora également à la revue mensuelle libertaire internationale L’Effort Eclectique publiée à Bruxelles. Leopoldo Bonafulla fut d’ailleurs mentionné comme collaborateur régulier de l’éphémère Terre Libre, organe de la Fédération Anarchiste du Sud-est de la France en 1922.

Au début du mois de mars 1901 son domicile fut l’objet d’une perquisition relatée dans la presse : "Dimanche dernier, dans l’après-midi, une vingtaine d’agents, commissaire central en tête, firent irruption dans la demeure d’un libertaire espagnol, le cordonnier Juan Esteve. Celui-ci a comme pensionnaires quatre ou cinq de ses compatriotes… Ce jour là ils étaient réunis une quinzaine... Les policiers perquisitionnant, bouleversant et saccageant, firent main basse sur tout ce qu’ils rencontrèrent : journaux, brochures, lettres privées et timbres poste... Depuis ce jour les pensionnaires et les amis d’Esteve ont subi interrogatoire sur interrogatoire... Quant à Esteve il a dû, pour éviter l’expulsion, quitter Marseille, y laissant sa femme et ses quatre enfants dont le dernier est né pendant qu’il était emprisonné à Montjuich" (L’Aurore, 9 mars 1901). Suite à cette perquisition, Esteve fut l’objet d’un arrêté d’expulsion le 13 mars suivant.

De retour à Barcelone, il y poursuivit son activité de propagandiste, participa à des grèves et fut délégué au congrès fondateur de la CNT en 1910.
En 1911 il était de nouveau à Marseille où le 20 avril il fut condamné à trois mois de prison pour infraction à l’arrêté d’expulsion de 1901. Ayant été faussement accusé d’être un indicateur, durant plusieurs années, il semblerait qu’il n’ait plus exercé aucune activité. Sa présence est de nouveau attestée à Marseille dans les réunions de l’Union Anarchiste aux côtés de Pedro Sayas et de Pedro Mosquera en 1921. Il fut sans doute l’un des dirigeants du Comité Pro Presos avant d’être expulsé ; Jullian Valles lui succéda.

Le 2 avril 1922, avec Jullian Valles il représenta le Comité Pro Presos de Marseille lors du congrès de la Fédération Anarchiste du Sud-est (voir Mosquera). Le 18 juin 1922, il participa au nom du comité Pro Presos à une réunion organisée par le Groupe d’Études Sociales de Saint-Henri et présidée par Pierre Couissinier ayant pour but de faire connaître les procédés de la réaction espagnole vis-à-vis des ouvriers. En juillet 1922, il vint retirer à la gare une caisse en provenance d’Espagne et contenant des brochures de propagande en langue espagnole, La Patria, El crimen de Chicago et Entre campesinos. La caisse était adressé à José Maria Marco qui deux mois plus tôt s’était rendu à Barcelone afin de remettre aux défenseurs des prisonniers politiques espagnols la somme de 1500 francs récoltée à Marseille pour le Comité Pro Presos. En août 1922, Esteve fut présent à une réunion compte rendu des dispositions prises contre la répression et le capitalisme par le Comité Pro Presos.

En septembre 1922, il fit partie de la dizaine d’anarchistes réunis au Bar Bruno afin d’organiser une campagne de propagande dans la ville de Marseille, en dehors de toute collaboration avec les partis politiques, pour agir contre la répression organisée par la réaction mondiale et obtenir la libération de tous les prisonniers politiques.

Le 26 novembre 1922, il représenta les anarchistes espagnols du Pro Presos au congrés des délégués des groupements anarchistes adhérents à la Fédération Anarchiste du Sud à Nîmes.

Dans les premières années de la dictature de Primo de Rivera, âgé de plus de 70 ans , il fut instituteur dans une école rationaliste de Gracia (Barcelone) et en septembre 1923 fut une nouvelle fois emprisonné. Traducteur en espagnol de Cafiero et d’Elisée Reclus, Joan Bautista Esteve, qui fut toujours un partisan de l’amour libre et un anticlérical convaincu, décéda peu après, sans doute vers 1925.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article156539, notice ESTEVE Juan Baptista [dit BONAFULLA Leopoldo] [Dictionnaire des anarchistes] par Rolf Dupuy, Françoise Fontanelli Morel, version mise en ligne le 3 mars 2014, dernière modification le 9 décembre 2018.

Par Rolf Dupuy, Françoise Fontanelli Morel

ŒUVRE : Criterio libertario, Barcelone, 1905. — La familia libre, 1910. — La revolucion de julio en Barcelona, 1910.

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, 1 M 805 rapports 1.251 du 30/03/1922 et 2.917 du 9/07/1922, n°3.014 du 15/07/1922, 1 M 1787 rapport du 8/08/1922 — Manuel Buenacasa, El movimiento obrero español. 1886-1926. Historia y critica, Ediciones Jucar, Madrid, 1977 (réédition de l’original de 1928) — René Bianco, Le mouvement anarchiste à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône 1880-1914, Aix-Marseille I, 1977 — Manuel Iñiguez, Enciclopedia historica del anarquismo español, Fundacion de Estudios Libertarios Anselmo Lorenzo, 2001 — Françoise Morel, Le mouvement anarchiste marseillais dans l’entre-deux-guerres, maîtrise, Aix-Marseille I, 1997.

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