Cordonnier ; né le 4 juin 1837 à Villapourçon (Nièvre) ; anarchiste.
 

En 1877, Lemoine se trouvait à Genève où il fit partie de l’Association anarchiste de production des cordonniers (voir Etienne Faure).
À la suite des arrestations préludant au procès des 66 (voir Toussaint Bordat), Lemoine fut trésorier de la commission de répartition des secours aux familles des détenus politiques puis membre d’une éphémère commission de fusion des groupes révolutionnaires.
Pour financer l’aide aux familles des prisonniers, il organisa notamment une soirée de prestidigitation le 1er avril 1883, qui se révéla un fiasco, faute de spectateurs.
Lemoine fut membre du groupe publiant le journal La Lutte, dont il prit la gérance pour le 1er numéro (1er avril 1883).
Il fut condamné le 5 février 1884, par le tribunal correctionnel de Lyon, à un an de prison, par application des articles 222 et 224 du code pénal, pour outrage par paroles et gestes envers un magistrat et des agents de la force publique, dans une réunion tenue le 19 janvier 1884. En appel, sa peine fut élevée à un an et un jour. Lemoine subit sa peine à Clairvaux, et fut libéré le 25 décembre 1884.
Dans la nuit du 19 au 20 décembre 1885, des affiches « Appel des anarchistes à leurs frères de misère » apposées dans Lyon furent le prétexte à perquisition. Les placards litigieux ne furent pas retrouvés chez Lemoine, mais son abondante correspondance fut consultée.
En mars 1886, il fut membre, avec quelques anarchistes mais surtout des socialistes-révolutionnaires, d’une commission destinée à faire pression sur la préfecture pour donner du travail aux ouvriers. À ce titre, il fut l’organisateur d’une grande réunion publique qui fut interdite par la préfecture. L’interdiction provenait de ce que l’un des déclarants avait omis d’indiquer son nom complet et son adresse. Lemoine fut donc condamné en simple police à dix-huit francs d’amende le 29 avril.
Fin 1888, il quitta la France pour gagner l’Algérie. Domicilié à Mustapha puis à Alger. Il fut arrêté à Mustapha le 30 avril 1892 pour incitations à la révolte et relaxé le mois suivant. Il participa à plusieurs reprises à la souscription pour le journal algérois Le Libertaire (1892).
La notice individuelle établie le 28 décembre 1893 par la préfecture d’Alger indique qu’Etienne, Gaspard Lemoine est "l’un des chefs du groupe anarchiste de Mustapha" et "un homme dangereux". La police stipule qu’il a "activement" participé aux grèves au Creuzot.
En août 1893, il eut le projet de publier en Algérie, un hebdomadaire intitulé Le Travailleur. Ce ne fut qu’un projet. Il milita aux groupes anarchistes d’Alger-Mustapha avec Pelegrin*, Xixonnet*, Rabotin*, etc.
Radié de la liste de Contrôle général des anarchistes résidents en Algérie en août 1902, il fut réinscrit deux ans plus tard, pour être définitivement radié en février 1909 : "marié et père de famille, travaille très régulièrement. Attitude depuis longtemps irréprochable". Ainsi, "peut être radié sans inconvénient".
Lemoine eut plusieurs filles, dont l’une fit célébrer son union libre avec Augustin Monier par l’anarchiste Teisseire.

SOURCES : A.D.Rhône 4M248, 4M307, 4M308, 4M309, 4M320, Le Droit anarchique n°1 — Arch. Nat. d’Outre-mer 1F17, 1F20 (notice individuelle du 28 décembre 1893) — Le Libertaire, 27 janvier 1892, 10-25 février 1892, 10-15 février 1892 — Marc Jampy, "Surveillance et répression de la presse anarchiste", Communication pour la table ronde Surveiller la ville, Organisation et pratiques de la police lyonnaise au XIX siècle, mars 2009, LARHRA. — Bulletin de la Fédération jurassienne 41, 14 octobre 1877 (note de Marianne Enckell).

Philippe Bouba, Laurent Gallet

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