BACCONI Giulio [Dictionnaire des anarchistes]

Par Françoise Morel Fontanelli

Né le 28 mai 1894 à Sienne (Toscane), mort en novembre 1980 à Marseille ; ajusteur-mécanicien ; anarchiste.

Fils de l’anarchiste Parisina Bacconi et de père inconnu. En 1913, il s’installa avec sa mère à Piombino pour travailler dans les Hauts Fourneaux. Il réorganisa la Bourse du Travail de Piombino, de la Maremme et de l’Elba. En 1917, il fut le responsable administratif de la Bourse du Travail et membre d’une organisation illégale qui assistait les déserteurs. Durant l’été 1918, il fut appelé sous les drapeaux et enrôlé dans un régiment d’Infanterie stationné à Bologne. De retour à Piombino pour une permission, le 23 septembre 1918, il fut arrêté avec d’autres compagnons lors d’un congrès anarchiste clandestin. À la fin du conflit, il fut élu secrétaire de l’organisation économique de la Bourse du Travail. En 1921, il fut élu secrétaire de la Bourse du Travail et s’employa activement au renforcement du syndicat métallurgique de la région. Son activité n ’échappant pas aux forces de l’ordre, il devint rapidement la cible des attaques squadristes et après la destruction de la Bourse du Travail en juin 1922, il fut contraint de quitter Piombino pour fuir les représailles fascistes.
En compagnie de sa mère, il se rendit à Turin, Lyon et arriva finalement à Marseille au printemps 1924. Il fut ajusteur-mécanicien dans les ateliers de la Société Provençale de Constructions puis dans les ateliers de la Compagnie Transatlantique de la rue Mazenod et enfin chez Pinatel. Marié à Egle Zazzeri, sœur du compagnon Albino Zazzeri, il était père d’un enfant et demeurait 6, rue Loubon (3° arr) en 1924, 6, rue Sylvestre en 1928, 29, rue Lanthier en juillet 1928, rue du Progrès en 1930 et 27, boulevard de la Révolution en 1937. Anarchiste militant, il fréquentait également les libertaires français et menait au sein de la communauté anarchiste italienne une intense activité. Certaines sources font de lui le dirigeant du groupe Artistique Italien.
En septembre 1925, il fit la connaissance de Paolo Schicchi* à qui il reprocha la campagne violente qu’il menait depuis plusieurs mois contre les anarchistes partisans de Riciotto Garibaldi pour renverser Mussolini. Ce différend avec Paolo Schicchi, particulièrement véhément à l’égard de ceux qu’il surnomme i « capelletani » (ceux de la Capelette, quartier de Marseille), déboucha sur une altercation violente entre les deux hommes à l’issue de laquelle les compagnons marseillais durent intervenir pour les séparer. En effet, depuis mai 1925, Paolo Schicchi menait dans la presse et sur le terrain une campagne de dénigrement à l’égard du groupe marseillais proche du comité « Pro Figli Dei Carcerati Politici » et des Brigades Garibaldiennes.
En 1926, il s’impliqua dans la campagne en faveur de Sacco & Vanzetti en participant notamment à une réunion-souscription le 8 août 1926 à la Belle-de-Mai (3° arr). Son nom figurait d’ailleurs sur une liste d’Italiens à surveiller particulièrement car capables de commettre des attentats. Il organisa au nom du groupe Artistique Italien une matinée artistique pour commémorer la mort de l’anarchiste Pietro Gori le 24 janvier 1926.
En 1927, il fit à Marseille une conférence intitulé « Il mio communismo ». Au début de 1928, il fut avec Gino Bagni et Sabatino Gambetti l’un des rédacteurs de L’Ora Nostra. Cet organe qui compta trois numéros fut l’expression d’un petit groupe d’anarchistes italiens très impliqués dans le Comité « Pro Figli Dei Carcerati Politici d’Italia » mais qui bien que partageant les mêmes locaux et ayant le même gérant fut administrativement indépendant dudit comité. Le troisième et dernier numéro de L’Ora Nostra fut toutefois consacré à répondre, au terme d’une polémique de trois ans, à ses détracteurs. Il y prit la plume sous le pseudonyme de GIL-BAI dans le second numéro.
Avec sa femme, Egle Zazzeri, il fut l’un des principaux acteurs d’une troupe de théâtre composée entre autres de Fosca Corsinovi*, d’Antonio Cherici* et de Dario Castellani*. Ils donnaient des représentations de pièces engagées. Venu s’installer à Marseille en octobre 1926, Gigi Damiani écrivit La bottega. Scene della ricostruzione fascista, drame en deux actes que la troupe représenta en avril 1927 au Bar Coulomb à Marseille.
En 1927, le consul d’Italie Barduzzi prétendit que Giulio Bacconi*, Bagni Gino et Sabatino Gambetti étaient sur le point de s’introduire clandestinement en Italie afin de préparer un complot contre Mussolini. Ils auraient du partir d’un point de la côte française de la Méditerranée à bord d’une embarcation à moteur pour débarquer sur la côte italienne près d’Imperia. L’expédition devait avoir lieu le 22, 23 ou 24 mai 1927, ces jours là aucun des trois compagnons ne quitta son domicile ou ne manifesta la volonté de rentrer en Italie. En juillet 1928, il fut menacé d’expulsion, le consul Barduzzi le soupçonna de terrorisme et le pensa impliquer dans l’affaire Cherici. En 1933, il fut inclus dans la première catégorie des ennemis du fascisme : « les terroristes ».
En 1934, il fit partie du groupe anarchiste communiste de la Fédération anarchiste du Sud avec Celso Persici*, Edoardo Angeli* et Marcello Cicero.
En octobre 1935, il fut le délégué marseillais au congrès des anarchistes italiens émigrés en France, en Belgique et en Suisse qui se tint à Sartrouville. Durant la troisième assemblée, il prit la parole sous le pseudonyme de "Marsiglia" au nom des compagnons marseillais et réaffirma leur opposition à un quelconque pacte avec les autres partis révolutionnaires mais admit l’opportunité de contacts personnels.
Au début de la guerre civile espagnole, il soutint le mouvement révolutionnaire et le 22 septembre 1936, il se rendit à Barcelone. En octobre, il fut de retour à Marseille où il avait en charge les fournitures en armes et en vêtements des miliciens engagés en Aragon. Il gérait également l’afflux des volontaires pour l’Espagne.
En 1938, il s’occupa du Bollettino d’Informazioni dell’Unione Anarchica Italiana avec Ceccotti Umberto* et Gregori Marcello*. Les 25 et 26 décembre 1937, se tint à Marseille le Congrès National des anarchistes italiens à l’étranger. Parmi les motions qui furent approuvées figuraient en premier lieu la transformation de la Fédération Anarchiste Italienne, constituée en France en avril 1936, en une nouvelle organisation l’Unione Anarchica Italiana et la création d’un organe de presse qui fut le porte-parole de la dite organisation. Durant la guerre, il participa à la Résistance.
Après la guerre, il demeura à Marseille en compagnie de sa femme où avec Ceccotti Umberto, ils s’employèrent à développer le mouvement anarchiste local. En mars 1958, il appartenait au noyau communautaire anarchiste Aria Nuova et au groupe La Canaglia de la Belle-de-Mai où il demeurait toujours 27, boulevard de la Révolution. En avril 1964, il était semble t-il toujours actif si l’on en croit une lettre que Ennio Mattias lui adressa, lettre retrouvée dans le fonds du CIRA des Archives Départementales dans un fascicule intitulé Anarchismo et publié à Turin. Sa femme mourut dans les années 1970 renversées par une automobile.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article156307, notice BACCONI Giulio [Dictionnaire des anarchistes] par Françoise Morel Fontanelli, version mise en ligne le 5 mars 2014, dernière modification le 5 mars 2014.

Par Françoise Morel Fontanelli

SOURCES : Antonioli Maurizio, DBAI, notice de Fausto Bucci, Biblioteca Franco Serantini Edizioni, Pise, 2004. — Incontri a Marsiglia, 1975, La Risveglia, sept-déc 1999. — Morel Françoise, Le mouvement anarchiste marseillais dans l’entre-deux-guerres, mémoire de maîtrise, Aix-Marseille I, 1997. — Fontanelli Morel Françoise, « I comitati Pro Vittime Politiche d’Italia » à Marseille dans l’entre-deux-guerres. Histoire d’une organisation anarchiste en exil, Master II, Aix-Marseille I, 2011. — Felici Isabelle, Poésie d’un rebelle. Poète, anarchiste, émigré (1876-1953), Atelier de Création Libertaire, 2009. — Convegno d’Intesa degli Anarchici Italiani emigrati in Europa (Francia-Belgio-Svizzera) Parigi ottobre 1935, Edizioni dell’Archivio Famiglia Berneri, Pistoia, 1980. — IISH Amsterdam, Fonds U. Fedeli, L’Ora Nostra Marseille, n°1-3 des 20/01, 20/02 et 27/07/1928. — Bollettino d’Informazioni dell’Unione Anarchica Italiana, n°1-14 de mars 1938 à décembre 1939. — Il Monito, 13/03/1926. — Arch. Dép. (13) 4 M 2425 rapports n°166 du 22/01/1926 n°5762 du 8 décembre 1926 + notice individuelle, n° 1823 du 28/05/1927, 1 M 858 rapport du 20/08/1927 ; Fonds du CIRA 90 J. — ACS Roma CPC n°238 cod. ident. B00324 ; AC Roma P.P. scat. n°9 « Anarchici italiani in Francia » rapports des 24/01 et 14/11/1927. — CIRA Lausanne, Fonds André Bösiger (lettre de Bacconi au Réveil Anarchiste de mars 1958).

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