STOJANOV Paraskev Ivanov (aussi Stoianoff, Stojanow) [Dictionnaire des anarchistes]

Par Marianne Enckell

Né le 13 février/30 janvier (calendrier russe) 1871 à Guergevo (aujourd’hui Giurgiu, Roumanie), mort à Sofia le 14 novembre 1940. Etudiant en médecine, puis chirurgien.

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Né en Roumanie, où son père, militant actif de la libération nationale en Bulgarie, s’était réfugié pour échapper aux persécutions turques, Paraskev Stojanov bénéficia d’une solide éducation. Au lycée à Bucarest, il adhéra aux idéaux socialistes, puis à l’anarchisme après avoir lu la brochure de Kropotkine Aux jeunes gens. Il fonda alors des cénacles d’élèves qui étudièrent le socialisme et l’anarchisme et propagea l’anarchisme dans les milieux ouvriers de Roumanie. Il fut le traducteur en roumain de plusieurs brochures de Malatesta, dont En période électorale et Entre paysans.

Puis il partit faire ses études de médecine à Paris. Le 26 avril 1890, il était arrêté à Paris avec Francesco Saverio Merlino à l’imprimerie de Gabriel Cabot où les trois hommes étaient en train de préparer les manifestes Aux soldats et 1er Mai en vue de la première manifestation internationale organisée à cette occasion. Expulsé de France par arrêté du 29 mai 1890, il passa alors en Italie puis en Suisse où il allait activement participer aux activités des militants suisses et russes.

Avec le compagnon arménien Alexandre Atabekian il organisa au domicile de ce dernier, à Genève, une petite imprimerie qui édita une série de brochures en arménien, dont des traductions de Kropotkine, Reclus, Malatesta, diffusées notamment en Bulgarie. Lorsqu’Elisée Reclus* quitta la Suisse en 1890, c’est à Stojanov qu’il confia les manuscrits de Bakounine encore en sa possession. Stojanov les confia à son tour à Charles Perron* lorsqu’il dut quitter la Suisse.
Le 15 décembre 1890, en effet, il fut expulsé avec Paul Bernard*, Luigi Galleani, Pietraroja*, Rovigo* et Lucien Weill*, pour avoir apposé une affiche en trois langues en mémoire des martyrs de Chicago. Il partit peut-être pour Malte puis pour l’Italie où il participa avec les compagnons italiens à la préparation d’une insurrection en Sicile, ce qui lui valut d’être expulsé. Il retourna alors à Bucarest puis en Bulgarie où il contribua à la formation des premiers groupes anarchistes à Roussé, ville faisant face à Giurgiu de l’autre côté du Danube. En 1893, Max Nettlau* passa plusieurs semaines chez lui à Bucarest et ils devinrent grands amis.
Son nom et sa photographie figuraient en 1894 sur une liste d’anarchistes établie par la police des chemins de fer française en vue d’une surveillance aux frontières
Il obtint son diplôme de médecin en 1895 à Würzburg (Allemagne).

Au début des années 1900 il fut le traducteur et l’éditeur en bulgare de plusieurs classiques de l’anarchisme (Malatesta, Jean Grave, notamment). Il collabora également à la presse libertaire bulgare et à la structuration de la Fédération anarchiste communiste de Bulgarie. Fiché comme révolutionnaire dangereux par le régime tsariste, il fut empêché de pénétrer en Russie où il aurait dû représenter la Bulgarie lors d’un congrès international de médecine. Lors de la révolte des marins du Potemkine, il fut l’un des organisateurs d’une collecte en faveur des marins. Il créa le premier sanatorium de Bulgarie en 1905.

En janvier 1923, très occupé aux soins de ses malades, il ne put assister au 5e congrès de la FACB à Yambol mais adressa une longue lettre aux délégués.
En 1932, dans l’hebdomadaire littéraire bulgare Pensée et volonté, il publia ses souvenirs sur Elisée Reclus dont il avait peut-être suivi des cours à l’Université libre de Bruxelles ; le manuscrit se trouve dans le fonds Nettlau à Amsterdam (IISG).

En Bulgarie il fut l’un des fondateurs de la Faculté de médecine de Sofia (1919) et occupa le premier la chaire de chirurgie où, par son enseignement, il forma un très grand nombre de médecins chirurgiens et, à l’hôpital universitaire de Sofia dont il était le directeur, soigna souvent souvent des militants recherchés par la police. La faculté de médecine de Varna porte son nom.

Paraskev Stoyanov, qui avait entretenu toute sa vie une importante correspondance avec de nombreux anarchistes (dont Malatesta, Galleani, Merlino, Jean Grave, Louise Michel, Kropotkine, Nettlau, Jacques Gross, Arbure-Ralli…) est décédé en 1940 ou 1941.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article156289, notice STOJANOV Paraskev Ivanov (aussi Stoianoff, Stojanow) [Dictionnaire des anarchistes] par Marianne Enckell, version mise en ligne le 7 mars 2014, dernière modification le 31 décembre 2017.

Par Marianne Enckell

SOURCES : G. Balkanski, Histoire du mouvement libertaire..., op. cit. — Max Nettlau, Geschichte der Anarchie, IV, V — Jaap Kloosterman, « Les papiers de Michel Bakounine à Amsterdam » — décret d’expulsion du Conseil fédéral suisse, 15.12.1890 — Album Bertillon — notes de Rolf Dupuy – Max Nettlau Papers, IISG Amsterdam.— Arch. de Paris D.2U8 263.

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