BARBARROUX Gabriel [BARBARROUX Alexis, Marie, Gabriel]

Par Jacques Girault, Antoine Olivesi

Né le 5 octobre 1876 à Varages (Var), mort au Luc (Var), le 27 septembre 1947 ; pharmacien ; militant socialiste, puis communiste, puis, de nouveau socialiste ; conseiller municipal de Marseille (1919-1925) ; candidat communiste aux élections législatives de 1924 et de 1928 dans le Var ; conseiller général du Luc de 1920 à 1924, puis conseiller général du Luc, à partir de 1934 ; maire du Luc à partir de 1936.

Gabriel Barbarroux était le fils d’un homme d’affaires du Luc, propriétaire au Cannet-du-Luc dans le Var. Après des études à Marseille, établi pharmacien dans cette ville en 1904, 7, boulevard Dugommier, près de la Canebière, on le qualifiait également, dans le Var, de « chimiste » et « économiste agricole » ; cette appellation ne semble pas avoir correspondu à une activité particulière. Il se maria et se remaria à Marseille en 1908 et en 1928. Locataire de son fonds de commerce, il fut exproprié en 1933. Il s’installa alors dans la banlieue à la Valbarelle, près de Saint-Loup. Il se partageait à partir de 1935 entre Marseille et le Luc et se retira définitivement en 1937.
Il avait effectué son service militaire comme infirmier. Mais, réformé, il ne fut pas mobilisé en 1914. Antimilitariste, déjà avant 1914, Barbarroux avait été un des militants les plus actifs à Marseille lors de la naissance du Parti socialiste SFIO. Il se rangea, pendant la Grande Guerre parmi les minoritaires du Parti. Il s’opposa à la politique de Clemenceau et participa notamment, en 1917 et en 1918, avec Gabriel Péri, alors lycéen, à des cérémonies organisées à Marseille à la mémoire de Jaurès.
Au lendemain de la guerre, sa carrière politique se déroula parallèlement dans deux secteurs : Marseille et le Var.
Il fut en premier lieu, élu conseiller municipal de Marseille sur la liste de coalition républicaine et socialiste conduite par Siméon Flaissières qui emporta une victoire complète, le 30 novembre 1919. Barbarroux, qui, pendant la campagne électorale, avait préconisé, notamment la municipalisation des services publics et une politique de construction de logements à bon marché, fut élu en neuvième position, avec 41 618 suffrages sur 114 617 électeurs inscrits (soit 36,3 %) et 73 893 votants. Il arriva au deuxième rang, après Clément Lévy - lequel allait devenir le premier adjoint de Flaissières - parmi les candidats SFIO qui détenaient la moitié des sièges (trente-six en tout) au sein de la nouvelle municipalité dirigée par ce dernier.
Peu après, en décembre, il fit partie de la commission électorale désignée par la SFIO pour préparer les élections sénatoriales dans le Var. À la mort de Brunet, conseiller général du Luc, au mois de septembre 1920, les socialistes du canton furent divisés entre Barbarroux, « de tendance extrémiste », et Joseph Collomp Le premier se réclamait en effet de la Troisième Internationale alors que le second restait fidèle à la Deuxième Internationale. Les deux candidats s’affrontèrent le 19 décembre 1920 et Barbarroux l’emporta avec 553 voix sur 1 716 inscrits.
Trois mois après le congrès de Tours, Barbarroux fut l’un des premiers à adhérer au Parti communiste à Marseille où il conserva son mandat de conseiller municipal et siégea, avec quelques autres comme Simon Sabiani et Sylvère Cermolacce, dans la minorité. Il y adopta une attitude d’opposition et proposa notamment de voter une aide de 50 000 francs destinée aux ouvriers allemands, ce qui lui fut reproché par les milieux « nationaux » varois et par le Petit Provençal. Il répondit dans l’Humanité le 2 février 1924, en justifiant son initiative par référence à l’aide que le Pape venait d’accorder à ces mêmes ouvriers. Il vota également contre le renouvellement des conventions du gaz, de l’électricité et de la Compagnie des tramways.
Barbarroux participa au congrès national du Parti communiste de Marseille. Le 28 décembre 1921, il intervint longuement dans le débat sur la question agraire. Il fallait, selon lui, « dire exactement la vérité aux travailleurs de la campagne ». La propriété individuelle ne pourrait subsister dans une société communiste en dépit de l’aspiration profonde des paysans ; c’était donc « faire de l’opportunisme » que de le prétendre. Il préconisait une solution expérimentée en 1825 en Argentine : des baux de longue durée comprenant une date limite pour le retour à la collectivité des domaines. Dans l’immédiat, il importait de définir des mesures de transition susceptibles de gagner « la classe paysanne » pour « s’en proclamer les véritables défenseurs ». Barbarroux pensait que le groupe parlementaire devait opposer l’octroi de crédits aux campagnes qui permettraient de créer des coopératives de production réellement vivantes et d’« intensifier la production ». Coopératives et « laboratoires d’études agricoles », seraient autant de « moyens » qui rendraient plus facile la solution de la question agraire par la « révolution sociale ».
Le 11 août 1922, il participa à une réunion du comité d’action pour l’amnistie intégrale. Il prit plusieurs fois la parole sur ce thème, notamment le 31 décembre 1922 où dans un meeting de la place d’Aix, il avait affirmé selon le rapport du commissaire spécial, que « c’est à tort que l’on compare défavorablement la Révolution russe à la Révolution française ». Au début de l’année 1923, conformément aux consignes de l’Internationale communiste, Barbarroux avait abandonné la Ligue des Droits de l’Homme et du Citoyen, dont il était membre (cf. le rapport au congrès fédéral, du 14 janvier 1923).
Dans le Var, Barbarroux siégea au bureau du congrès fédéral du Parti communiste qui se tint à Brignoles, le 14 janvier 1922. Le 14 mai de la même année, il fut réélu conseiller général du canton du Luc, sans adversaire, avec 738 voix sur 1 753 inscrits. Sa campagne ayant été très peu politisée, il fut critiqué pour ce motif au congrès fédéral de Toulon, le 24 septembre 1922. Il reconnut ses torts et proclama « son intention de montrer pour son attitude au conseil général des sentiments foncièrement communistes ». Il fonda, en particulier, une coopérative communiste. « L’Émancipatrice », au Luc, sur le modèle de celle que Frédéric Latière avait créée sous ce vocable à Marseille.
Le congrès fédéral communiste de Carnoules le désigna comme candidat sur la liste du Bloc ouvrier et paysan. Barbarroux versa 1 000 F pour la campagne électorale. À la tête des co-listiers plus effacés, Barbarroux assura l’essentiel des réunions. Il porta notamment contradiction à Pierre Renaudel dans un grand meeting à La Seyne, le 12 avril 1924.
Le 11 mai 1924, Barbarroux arrivait en tête de la liste avec 3 949 voix sur 78 101 inscrits. Il avait annoncé lors d’une réunion quelques jours auparavant, qu’il démissionnerait du conseil général s’il était battu dans le canton du Luc. Il attendit le congrès fédéral de Carnoules, le 25 mai, pour remettre sa démission en « militant discipliné » comme il l’écrivait alors. Le 28 mai, Gustave Fourment, en ouvrant la séance du conseil général constatait : « Il est fâcheux que pour des raisons politiques - devant lesquelles nous sommes obligés de nous incliner - le département soit privé de ce dévoué collaborateur » qu’il avait qualifié d’« aimable, charmant, loyal ». Barbarroux se représenta aux élections cantonales, le 13 juillet, mais n’arriva qu’en troisième position, avec 336 voix sur 1 668 inscrits. Il se retira purement et simplement.
Le congrès fédéral de Carnoules l’avait désigné pour le conseil national (le rapport de police indique congrès national, Arch. Dép. Var 4 M 59.4.1. et 3 Z 4 29). Participa-t-il au conseil national de Saint-Denis les 1er et 2 juin ? Nous ne pouvons l’affirmer.
Au cours de l’année 1925, l’action militante de Barbarroux se trouva, de nouveau, davantage polarisée sur Marseille. Il y eut, tout d’abord, la préparation de la campagne pour les élections municipales où le Parti communiste cherchait à placer, à la tête de la liste du Bloc ouvrier et paysan, une personnalité « rassurante » comme Barbarroux ou le docteur Paul Morucci. Le Sémaphore, journal de Marseille, ironisait le 28 avril 1925 : « L’excellent docteur Morucci est le saint patron de la liste moscoutaire dont Barbarroux est le curé. Le communisme est partout ; s’il devient commun, il va s’embourgeoiser. »
Au cours d’une réunion de la Fédération communiste des Bouches-du-Rhône, le 15 avril, Barbarroux préconisa une entente avec la Fédération communiste autonome, c’est-à-dire les communistes qui avaient fait scission, deux ans plus tôt, avec Simon Sabiani. Sinon, déclara-t-il selon le rapport de police, « les chiffres obtenus par la Liste du Parti communiste seront d’autant plus ridicules que les autonomes ont décidé de saboter nos réunions. » Dans l’attente d’un tel accord - lequel, par ailleurs, ne se produisit pas - Barbarroux ajouta qu’il n’accepterait de conduire la liste « orthodoxe » qu’à condition que les noms des candidats lui soient communiqués au préalable. Le 19 avril, il donna publiquement son approbation, rendit compte de son mandat de conseiller municipal, critiqua à la fois le gouvernement et la municipalité sortante de Siméon Flaissières qu’il accusa d’avoir géré la ville comme un réactionnaire et d’avoir préféré la construction d’un nouvel Opéra - après l’incendie qui avait détruit l’ancien - à une politique de logements sociaux, d’HBM et d’équipements hospitaliers. Il mettait en parallèle cet Opéra tout neuf qui avait coûté, selon lui, 33 millions, et l’hôpital, sale et vétuste de la Conception. On trouve le même argument dans la campagne menée par la droite contre Flaissières et la SFIO qui n’en furent pas moins réélus en mai 1925. Comme l’avait prévu Barbarroux, la liste communiste n’obtint qu’une moyenne très faible ; 3 899 voix sur 125 646 électeurs inscrits, et, elle fut devancée par la liste socialiste communiste de Sabiani. Barbarroux lui-même rassembla sur son nom 4 956 suffrages, indice relatif, tout de même, de popularité personnelle. Il prit à sa charge une partie des frais de la campagne électorale, à savoir 300 F pour contribuer à combler le déficit (3 200 F) que cette dernière avait provoqué dans la trésorerie fédérale du Parti communiste.
Mais celui-ci était mobilisé pour la préparation du congrès organisé, le 23 août, à Marseille, par le Bloc ouvrier et paysan sous l’égide du Comité de la région méditerranéenne contre la guerre du Maroc. Barbarroux participa activement à de nombreuses réunions à Marseille et dans la région, dans le Var naturellement, en particulier le 8 août 1925. Il fit un rapport optimiste de sa tournée dans le Var à Roger Duisabou. Les succès remportés auprès des paysans devaient faire réfléchir ; pour sa part, Barbarroux pensait qu’il ne fallait envoyer dans le Var « que des élus capables et ayant assez d’esprit d’à propos pour parler aux paysans et ne pas soulever inconsciemment l’inimitié du paysan contre l’ouvrier si souvent exploité par la bourgeoisie » (11 août). Dans une lettre plus pessimiste concernant Marseille (10 août), Barbarroux, secrétaire de la propagande dans le deuxième rayon, membre de la cellule 9, celle des cheminots, la plus nombreuse, fait constater à Duisabou que la structure des cellules d’entreprises rend matériellement difficile l’effort de propagande demandé aux militants et « qu’il est urgent qu’une cellule de quartier vienne étayer la cellule d’entreprise ». Il rappelait que ce défaut était déjà manifeste lors des élections municipales récentes et qu’il faudrait y remédier d’urgence « pour donner à Marseille une véritable figure de parti de classe à notre organisation ».
Le 8 octobre 1925, il prit la parole en public contre la guerre du Maroc et se prononça pour la grève de vingt-quatre heures. L’année suivante, Barbarroux participa au grand rassemblement de Brignoles, le 11 novembre, pour protester contre l’emprisonnement de Charles Gaou, Marius Magne et François Perrin.
En 1926, au cours de plusieurs réunions du premier rayon du Parti communiste à Marseille, entre le 27 mai et le 8 juin, Barbarroux critiqua les dirigeants et la politique du bureau régional ; il fallait selon lui, intensifier la propagande auprès des classes moyennes, des employés, des petits commerçants et des petits rentiers. Délégué au congrès régional de Beaucaire, le 13 juin, il y apparut, selon le rapport du commissaire spécial du 15, comme « l’un des principaux membres de l’opposition » à la direction régionale du Parti communiste. Celle-ci c’est-à-dire Roques* et Duisabou*, fut sauvée grâce à l’habileté de Jean Crémet qui suivait les travaux du congrès et qui fit admettre l’élection de Barbarroux au comité régional. Lors de la réunion du comité régional, le 8 juillet 1926, il fut désigné comme secrétaire de la commission des classes moyennes. Lorsque les deux rayons de Marseille fusionnèrent en un seul, Barbarroux fit partie du comité du nouveau rayon (cf. le rapport du préfet du 4 septembre 1926).
À la fin de l’année, la police perquisitionna au domicile de Barbarroux qui avait été chargé d’organiser une tombola pour le « Noël rouge ». Un peu plus tard, le 17 janvier 1927, il critiqua vivement, lors d’une réunion des cellules du Parti communiste la politique de la municipalité socialiste et notamment Auguste Joblin, « homme lige de la compagnie des tramways ». Le 27 février, au cours d’une réunion du comité régional élargi qui se tint à la Bourse du Travail en présence de Pierre Semard qui condamna formellement Trotsky et Zinoviev, Barbarroux protesta contre l’intervention de Semard et déclara qu’avant de trancher ce cas, il fallait mieux s’informer et essayer de réconcilier Trotsky et Zinoviev avec Staline. Le 1er août 1927, il présida le meeting organisé, comme chaque année à cette date par le Parti communiste, à Marseille. Il était alors membre du syndicat des petits commerçants. Le 29 octobre, il prit encore la parole pour la commémoration solennelle du dixième anniversaire de la Révolution russe.
Barbarroux fut désigné par le congrès de Carnoules, le 11 décembre 1927, pour être candidat aux élections législatives dans la circonscription de Brignoles. Il délaissait ainsi la circonscription de Draguignan qui comprenait le canton du Luc. Son activité varoise, en effet, s’était surtout exercée dans la partie occidentale du département, plus influencée par la région marseillaise. Nous pouvons aussi nous demander si Barbarroux tenait à affronter le socialiste Auguste Reynaud, candidat à Draguignan. Reynaud n’avait-il pas été communiste au début de 1921 à Marseille et n’avait-il pas son cabinet d’avocat dans la cité phocéenne ? D’autre part, le député sortant avait adopté notamment au moment de la guerre du Maroc une attitude différente de celle de ses camarades.
Henry Prêté, dans Paris-Soir, ironisait, le 11 avril 1928 sur le duel Hubert Carmagnolle - Gabriel Barbarroux, « grande épopée de la lutte des rouges ». À propos de ce dernier, il notait : « Au pays des moujiks, il ferait sensation ce Barbarroux dont le visage flamboyant s’agrémente d’une barbe aussi rousse que son nom. Ici il n’effraye que les tout petits et encore ! Il tient à la fois de Tartarin par son accent terrible et du pharmacien Bezuquet par ses bocaux. » Selon Prêté, le pharmacien « modéré » de Marseille contrastait avec « l’hyperrouge » de Brignoles et « Barbarroux évoque la super révolution avec plus d’ardeur que d’espoir ». Selon les témoignages, Barbarroux parlait sans notes, s’adaptait à son public et n’hésitait pas à s’exprimer en provençal.
Barbarroux, le 22 avril 1928, obtenait 1 869 voix sur 13 118 inscrits et, le tour suivant, n’en retrouvait que 1 280.
Son activité politique s’amenuisa progressivement. Délégué par le rayon de Marseille pour traiter, le 6 novembre 1928 des questions coopératives au Club des marins, il annula sa conférence en constatant qu’il n’y avait que cinq auditeurs. En janvier 1929, il appartenait toujours au bureau de rayon de Marseille et, le 24 mars, il fut délégué par le congrès des rayons du Parti communiste au congrès national pour y représenter la région méditerranéenne.
Aux élections municipales de mai 1929, il ne fut pas candidat sur la liste communiste conduite par le docteur Morucci. En tant que militant communiste marseillais, il a laissé, selon le témoignage de Frédéric Roux-Zola, le souvenir d’un militant très estimé.
Le comité de la Région marseillaise, le 30 juin 1929, excluait Barbarroux du Parti communiste avec six autres militants. Le 12 janvier 1930, dans le rapport pour la conférence régionale, il était qualifié d’« adversaire déclaré du Parti » qui avait nié la radicalisation des masses. La résolution votée le 15 février confirmait ces exclusions de militants qui s’opposaient à la ligne révolutionnaire du Parti, essayaient en mettant des entraves à l’application de la discipline du Parti de désorganiser l’action de notre parti ».
Barbarroux fut par la suite réintégré dans le Parti communiste ; mais nous ne pouvons préciser à quel moment. Selon le témoignage de son épouse, il lui disait souvent qu’il était « trop Monsieur pour être dans le Parti communiste ».
Le Petit Provençal du 21 septembre 1934 annonçait la candidature Barbarroux pour les élections cantonales du Luc. Affaiblis par la scission « néo » les socialistes SFIO voulaient barrer la route à l’éventuel candidat du Parti socialiste de France, le maire du Luc. Dans un premier temps, la section SFIO du Luc auquel s’étaient associés « les sympathisants socialistes et communistes » obtint de Barbarroux qui avait « toujours sympathisé avec les partis d’extrême-gauche » qu’il soit le candidat de l’« Union prolétarienne » (étiquette donnée par le Populaire du Var, hebdomadaire SFIO du 22 septembre 1934). « Cédant à l’insistance pressante des membres de la section SFIO du Luc », Barbarroux adhéra au Parti. Or, Charles Pellegrin, maire SFIO du Cannet-des-Maures avait fait acte de candidature et la maintint. Il dut quitter le parti et se présenter avec l’étiquette « radical-socialiste ». Le 7 octobre, Barbarroux arrivait en deuxième position avec 396 voix sur 1 804 inscrits. Le dimanche suivant, il battait son adversaire « socialiste de France » de quatre-vingt-dix voix avec 696 voix.
Quelques jours plus tard, l’hebdomadaire régional communiste Rouge-Midi, le 20 octobre 1934 sortait de son silence. Barbarroux était présenté comme « ancien membre du Parti communiste. Exclu puis réintégré, ne fournissait plus aucun travail pour le Parti [...]. En réalité n’est qu’un politicien arriviste dont nous engageons le Parti SFIO à se débarrasser ». L. Tarnat, dans un article au ton violent qui ne lui était pas coutumier, estimait que Barbarroux venait « d’accomplir la plus lâche des félonies et l’abus de confiance le plus caractérisé [...] lui qui avait déclaré ne jamais appartenir à un parti autre que le nôtre [...] Barbarroux, je t’avoue ne t’avoir jamais cru capable d’une pareille chose et avoir été bien cruellement déçu de t’avoir accordé ma confiance [...]. Orgueil, ambition, pour vous satisfaire, quelles lâchetés faites-vous commettre ».
Barbarroux, qui était libre-penseur, fut un des animateurs de la majorité favorable au Front populaire à l’assemblée départementale. Le 17 octobre 1934, avec les socialistes SFIO et le conseiller général communiste, il présentait une motion politique qui demandait la dissolution des ligues fascistes et félicitait « les ouvriers et paysans du Var rouge de la victoire éclatante qu’ils ont remportée aux élections cantonales [...] ». Le 25 août 1935, il signait une lettre commune de la SFIO et du PC aux conseillers généraux. Il présidait le groupe des conseillers généraux laïques en 1937 et écrivait à l’inspecteur d’Académie du Var sur un lettre à entête de la Ligue française de l’Enseignement.
Élu vice-président du conseil général, le 27 octobre 1937, Barbarroux participa notamment aux débats sur les lignes ferroviaires du département. Ses formules à l’emporte-pièce le distinguaient. Ainsi, à propos du déficit de la Compagnie des chemins de fer de Provence périodiquement comblé par les fonds départementaux, Barbarroux protesta : « chez nous [...] nous payons (le déficit) et les autres (les actionnaires) encaissent » ; il mit en parallèle les « repus de la Côte d’Azur » qui avaient tout alors que « nous, rien » (séance du 7 janvier 1937). Plus tard, encore, il proposa de mettre « en régie socialiste » cette compagnie et vota contre les subventions, adoptant la même attitude que les conseillers généraux communistes. Le 17 mars 1939, il protesta contre la menace de suppression de la ligne de chemins de fer entre les Arcs et Draguignan : « s’il y a des économies à faire, il faut les imposer aux fils à papa et non aux usagers ».
Ses positions « avant-gardistes » parfois ne l’empêchèrent pas d’être d’accord avec la majorité de la Fédération socialiste SFIO puisqu’il vota le rapport moral au congrès de La Seyne, le 22 mai 1938.
Parti à l’offensive d’un siège détenu par le Parti socialiste de France, Barbarroux devait aussi viser l’hôtel de ville de Luc. En mai 1935, la liste conduite par le maire Charles Gaudin avait été réélue. Un conflit toutefois opposait la municipalité et le département. La commune abritait un hospice départemental ; l’agrandissement du cimetière s’imposait ; mais un accord équitable tardait à intervenir. Aussi, pour protester, le conseil municipal donnait-il sa démission, le 4 août 1936 à la suite de celle du maire. En fait, la crise était beaucoup plus grave puisqu’aucun conseiller municipal démissionnaire ne se représenta, le 4 octobre 1936. À la liste du Bloc ouvrier et paysan, s’opposa une « liste d’action socialiste et d’union locale » conduite par Barbarroux qui fut élue. Barbarroux, personnellement, recueillait 276 voix sur 749 inscrits et arrivait en dix-huitième position. Toutefois le procès-verbal des élections mentionnait : « Gabriel Barbarroux n’est ni inscrit sur les listes électorales de la commune, ni sur les rôles des contributions directes ». Il en allait de même pour cinq de ses colistiers. Aussitôt, l’ancienne équipe demanda l’annulation de l’élection. Barbarroux fut néanmoins élu maire le 18 octobre. Le conseil de préfecture annula cette élection le 7 novembre 1936. Barbarroux, dans un pourvoi en Conseil d’État, affirmait avoir payé le quart de la contribution mobilière de son propriétaire Émile Pelepol (militant de la section SFIO). Le Préfet estimait qu’il y avait lieu d’annuler l’arrêté du conseil de préfecture, ce qui fut fait le 17 novembre 1937. N’ayant pas de résidence au Luc, Barbarroux vécut jusqu’en 1940 dans un appartement de la mairie. À la suite d’une démission de six conseillers municipaux, des communistes furent élus, le 26 février 1939. L’un d’entre eux devint quatrième adjoint, preuve s’il en fallait des bonnes relations entre Barbarroux et les communistes.
Toutefois, Barbarroux ne voulut pas s’associer à la protestation commune que lui proposait le conseiller général communiste Marius Mari après l’arrestation du conseiller général communiste Gaou. A la demande du Préfet, il accepta en novembre 1940 de débaptiser les rues Salengro et Ferrer. Le 14 mars 1941, le gouvernement prononça la dissolution du conseil municipal. Il ne fit pas partie de mouvements de Résistance. Selon son épouse, Barbarroux recherché plusieurs fois par les forces d’Occupation, dut changer souvent de domicile dans les campagnes varoises.
Au lendemain de la guerre, Barbarroux présidait la délégation municipale du Luc ayant été reconnu « bon » par le comité départemental de Libération. Toutefois, lors de la réunion du comité fédéral de la SFIO, son cas fut évoqué. Réinstallé comme maire, il présidait le comité local d’épuration. S’il était maintenu au Parti, il était décidé de le suspendre pour un mandat puisqu’il n’avait « pas été en contact avec les sections socialistes du canton ». Toutefois, lors de la réunion du comité fédéral du 15 janvier 1945, cette décision fut rapportée et il était décidé unanimement de la maintenir, sans condition, au Parti.
Barbarroux redevint maire aux premières élections municipales. Dès le 29 avril 1945, il était élu avec huit membres de sa liste avec personnellement 853 voix sur 1 548 inscrits. Mais dix communistes étaient élus. Sa liste au deuxième tour l’emporta avec une moyenne de 720 voix. Il avait fait appel à l’épouse de l’ancien maire Charles Gaudin. Le 30 septembre 1945, il fut réélu au deuxième tour des élections conseiller général du canton du Luc avec 1 587 voix, distançant le candidat communiste. En l’absence du doyen d’âge du conseil général, il présida la séance inaugurale du 29 octobre 1945 et déclara notamment que la Troisième République restait « dans l’histoire le régime qui a donné au peuple français deux puissants leviers d’émancipation : l’instruction publique et les syndicats, et à la Nation : l’Empire colonial ». Il présida la commission des Travaux publics du conseil général, et fut membre des commissions de surveillance de la maison de retraite du Luc, des affaires économiques et du ravitaillement, des transports, de l’hydraulique, des bâtiments départementaux, du travail, de la natalité, de l’électrification des campagnes et des salaires du personnel des établissements hospitaliers. Barbarroux présenta notamment le rapport sur la réorganisation des moyens de transports à la séance du 28 novembre 1945.
Malade à partir de janvier 1946, Barbarroux, en 1947, sollicita à nouveau de la section socialiste SFIO du Luc, sa désignation comme candidat au poste de maire. Sa demande fut rejetée par 65 voix sur 68 votants. Ses obsèques civiles, peu après, furent l’occasion d’un grand rassemblement.
Barbarroux, d’un caractère très gai, qui truffait ses discours de références helléniques, résultat de lectures abondantes, partageait son activité militante entre Marseille et le Var. Il témoigne à bien des égards du Var « rouge » politique.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article15627, notice BARBARROUX Gabriel [BARBARROUX Alexis, Marie, Gabriel] par Jacques Girault, Antoine Olivesi, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 19 août 2017.

Par Jacques Girault, Antoine Olivesi

SOURCES : Arch. Nat. F7/12.976 ; 13.021 13.050 ; 19.090 ; 13.107. F17/27735 (dossier Le Baut). — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, V M 2/245 ; 250 ; 255 ; 256 ; M 6/3 851 ; 10 801 ; 10 803 ; 10 804 ; 10 805 ; 10 806 ; 10 807 ; 10 808. — Arch. Dép. Var, 2 M 3.48 ; 2 M 3.49 ; 2 M 3.52 ; 2 M 5.244 ; 2 M 5.245 ; 2 M 5.250 ; 2 M 5.263 ; 2 M 5.264 ; 2 M 5.286 ; 2 M 5.292 ; 2 M 7.35.3 ; 2 M 7.35.4 ; 4 M 45 ; 4 M 50 ; 4 M 59.4.1 ; 4 M 59.4.2 ; 18 M 93 ; 3 Z 2.5 ; 3 Z 4.29 — RGASPI, 495 270 5317. — Arch. J. Charlot (Centre d’histoire sociale du XXeme siècle, Université de Paris I, — Arch. privées : Institut M. Thorez, Archives de la section française de l’Internationale communiste : séries 14, 186. — Renseignements fournis par la mairie du Luc. — Renseignements fournis par la veuve de l’intéressé. — Sources orales multiples dont pour les Bouches-du-Rhône : Félix Gouin, Frédéric Roux-Zola, pour le Var : Marius Mari. — Presse locale. — D. Moulinard, Le Parti communiste à Marseille. Naissance et débuts (1919-1925), mémoire de maîtrise, Aix, 1970. — Notes de Jocelyne George et de Jean-Marie Guillon.

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