PAUWELS Désiré, Joseph [Dictionnaire des anarchistes]

Par Marianne Enckell, Dominique Petit

Né le 29 janvier 1864 à Courcelles (Hainaut, Belgique) ; ouvrier mégissier ; anarchiste.

Pauwels, 1891
Pauwels, 1891

Le 15 mars 1894, deux ans jour pour jour après l’attentat à la caserne Lobau (voir Théodule Meunier), Pauwels mourait lors de l’explosion anticipée d’une bombe qu’il avait amenée à l’intérieur de l’église de la Madeleine, à Paris.

Le père de Pauwels était un ouvrier jouissant d’une certaine aisance. Il mourut peu après la naissance de son fils. Celui-ci était un enfant malingre, sourd, affligé d’une maladie des yeux. Il quitta Courcelles en 1878, puis revint en Belgique en 1884 pour tirer au sort. Il eut un mauvais numéro, mais il disparut ensuite pour ne pas faire son service militaire. Il y était donc recherché comme réfractaire.

De 1883 au commencement de 1891, Pauwels habita Saint-Denis, 23, rue du Port, et travailla à la mégisserie de MM. Combes et Oriol, rue Croulebarbe à Paris.
Il fit partie en 1883, du club « les Egaux de Montmartre ». C’est là qu’il connut Vaillant*, qui faisait partie de ce petit cercle où se réunissaient de nombreux propagandistes par le fait, à l’angle des rues de la Nation et Clignancourt ; il s’y était lié avec Chaumentin*, Bastard*, Béala* ; il y connut également "Léon Léger", alias Ravachol*. Une vive discussion éclata un jour ; elle faillit être suivie de voies de fait et, depuis lors, « Nez-Pointu », c’était le sobriquet de Pauwels, ne revint plus rue de Clignancourt. Les Egaux de Montmartre se séparèrent en 1886.
Pauwels fut peut-être été parmi les rédacteurs du périodique Terre et Liberté (1884-1885, voir Antoine Rieffel).

Le 10 février 1886, il épousa Albertine Lordon, née à Saint-Denis le 3 avril 1863. Une fille naquit de cette union. Après son mariage, il passa successivement dans les établissements de MM. Delaunay-Belleville et Floquet, marchands de peaux à Saint-Denis.

Il fut compromis dans la bagarre anarchiste de Levallois-Perret, le 1er mai 1891. Le 2 mai, M. Ronquier, commissaire de police de la circonscription-nord de Saint-Denis, se présenta à son domicile pour lui signifier un arrêté d’expulsion signé par M. Constans, ministre de l’Intérieur ; mais l’anarchiste était absent chez lui et à la tannerie Floquet, où il travaillait, on ne l’avait pas vu depuis trois jours. Paul Reclus* l’abrita quelques semaines, et c’est chez lui qu’il fut pris.

Pauwels se réfugia dans le duché de Luxembourg où sa femme le rejoignit bientôt, lui amenant leur fille Gabrielle alors âgée de cinq ans. Au bout de six mois, Pauwels, traqué par la police du pays qui lui avait donné asile, se décida à rentrer en France où il parvint à se soustraire à toutes les recherches. Mais sa femme, ne voulant pas vivre plus longtemps avec un compagnon dont les sentiments étaient absolument différents des siens, prit la résolution de venir habiter chez ses parents à Saint-Denis.

En 1892, Pauwels se réfugia à Varangéville, près de Nancy, dans une fabrique de soude, dont le chef chimiste était Paul Reclus*. Il trouva à s’employer dans cette usine pendant plusieurs mois, où il n’était connu que sous le nom de Meunier. C’est là qu’il fit la connaissance d’Elisée Bastard*. Paul Reclus avait 3 à 400 ouvriers et parmi eux deux ou trois d’opinions anarchistes. La découverte de ce fait par la police fut suivie de leur renvoi accompagné d’une certaine mise en scène. Parmi les ouvriers renvoyés de l’usine de Varangéville, il y avait Pauwels.

Puis il erra à la recherche de travail, en Allemagne, en Suisse, en Angleterre, en Espagne, tous pays où l’on ne parlait pas français, la seule langue qu’il connût. « La vie de misère, de déveine, de désespoir que vécut alors ce malheureux n’est pas croyable. Seule, l’amitié de quelques camarades, parmi lesquels j’étais, le soutenait encore », dira Paul Reclus. Du 15 novembre au 7 décembre 1892, il habita Genève, où il partageait la chambre de l’anarchiste Carry*, puis passa quelque temps à Lausanne où il travailla dans son métier d’ouvrier mégissier et d’où il se rendit ensuite à Barcelone. Il habitait un village près de Barcelone et recevait sa correspondance au club anarchiste, 51, rue Olégario. Il écrivit aux camarades de Genève, le 4 janvier 1893, qu’il s’y trouvait « dans une purée épouvantable ». Il quitta Barcelone après l’attentat au théâtre du Liceo, en novembre 1893.

Revenu en France, il trouva du travail dans la même fabrique qu’Auguste Vaillant*. Pauwels prit même pension chez lui pendant quelques jours. Alors qu’il avait quitté Vaillant, il rencontra Paul Reclus et ne lui parla pas de ses projets.

En effet, Pauwels était décidé à tendre des pièges à deux commissaires de police qui avaient participé à la répression des anarchistes. Il s’agissait du commissaire Bélouino qui leur avait donné une chasse acharnée, interrompant leurs réunions, fermant les salles où ils se rassemblaient, n’hésitant pas à les arrêter dans la rue lorsqu’ils chantaient leurs chansons antipatriotiques après les opérations du tirage au sort ou les jours de conseil de révision. C’était également M. Belouino qui aida le service des recherches de la Préfecture de police à découvrir le domicile de Ravachol à Saint-Denis, après les attentats du boulevard Saint-Germain et de la rue de Clichy. Quant à M. Dresch, commissaire du quartier de la Porte-Saint-Martin, c’est à lui que l’on devait l’arrestation de Ravachol.

Pauwels se procura les papiers d’un nommé Etienne Rabardy, ouvrier mécanicien à Rouen, et sous ce nom pris une chambre à l’hôtel Calabresi, 69 rue Saint-Jacques à Paris, le 21 février 1894. Il installa une bombe à renversement au-dessus de la porte de la chambre, l’engin devant tomber et exploser dès l’ouverture de la porte. Il adressa aussitôt une lettre à M. Bélouino dont le commissariat se trouvait à proximité, dans laquelle il lui annonça son suicide, dans le but de le faire venir à sa chambre. Mais c’est un agent de police qui se déplaça et fît exploser la bombe ; il ne fut que blessé, par contre l’explosion fit une morte et 3 blessés.

Le 20 février, Pauwels recommença la même opération à l’hôtel La Renaissance, 47 rue du Faubourg Saint-Martin, et envoya la même lettre au commissaire M. Dresch. La police cette fois fit exploser la bombe après avoir évacué l’hôtel. Il n’y eut que des dégâts matériels.

Concernant l’explosion de la Madeleine, est-ce un accident ? Ce sera la version officielle : une mauvaise manipulation. Paul Reclus, dans une lettre, considéra que c’était un suicide dû à la misère. Cette version du suicide fut étayée par le fait que l’on retrouva une balle de son pistolet dans sa tête mais la balle manquante dans le barillet n’était pas en face du percuteur. Quant au pistolet, était-il à côté de lui ou dans sa poche ? Les versions sont contradictoires. Le suicide serait-il consécutif au fait que la bombe ayant explosé malencontreusement, Pauwels aurait mis fin à ses jours, pour ne pas tomber vivant dans les mains de la police ?

Dans une lettre au journal l’Intransigeant, il avait écrit : « La mort est loin de m’enrayer, puisque j’ai porté mes bombes plus de quinze jours sur moi et qu’elles pouvaient éclater d’un moment à l’autre. ». Dans une lettre à un ami : « j’ai voulu faire un acte de propagande dans une église pour leur faire peur comme ça ils n’oseront plus aller au café et à l’église. Ne dis rien à personne de ce que je t’écris, car je ferai tout pour leur échapper et recommencer, mais si j’ai la déveine d’être pris cette fois-ci, tu peux être tranquille je ne dirai rien et je saurai marcher à la guillotine comme Ravachol et Vaillant. »

Dans sa poche on retrouva une lettre de Bastard ainsi qu’un billet de retour en train vers Barcelone.

Jean Grave*, qui n’est pas tendre dans ses mémoires, dit toutefois de Pauwels que c’était « un bon camarade, sincère et connu de nous tous ». On sait peu de choses de sa biographie : Nettlau* le prénomma Jean, d’autres Amédée, le Journal de Genève Philibert Désiré Joseph.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article156269, notice PAUWELS Désiré, Joseph [Dictionnaire des anarchistes] par Marianne Enckell, Dominique Petit, version mise en ligne le 6 mars 2014, dernière modification le 4 juillet 2019.

Par Marianne Enckell, Dominique Petit

Pauwels, 1891
Pauwels, 1891

SOURCES : Journal des Débats, mars et avril 1894. — Journal de Genève, mars et avril 1894. — Le Petit Parisien, 21 février 1894, 16 mars et 17 mars 1894, 10 mai, 9 août 1894. — Le Matin, 21 février 1894, 23 février, 16, 17, 18 et 19 mars, 21 mars, 23 et 24 mars, 10 mai 1894, 14 septembre 1896. — Le Figaro, 21 juillet 1894. — Le Temps, 9 juin 1894. — Jean Grave, Mémoires d’un anarchiste, 1854-1920, rééd. Paris, 2009.
ICONOGRAPHIE : Petit journal 1894, reproduit dans La terreur noire d’André Salmon ?, éd. L’Echappée ; explosion rue St Jacques : Ephéméride anarchiste, 20 février.

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