PAJAUD Julie, Louise, épouse SANDRÉ [dite Séraphine] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Marianne Enckell

Née en 1858, morte après 1934. Propagandiste anarchiste et anticléricale.

Julie Pajaud fut une active propagandiste anarchiste. Elle fut signalée dans un rapport de police du 25 juin 1898 comme étant mariée à un certain Sandré dont elle avait un fils. En 1899, elle vivait rue des Récolettes à Marseille et ses interventions dans les réunions étaient signalées par la police, notamment en juillet Salle Bouchard et dans le quartier de la Capelette.

Au début de l’année 1902 elle fit une tournée de propagande dans l’ouest de la France et notamment dans le Finistère où la police signala sa présence à Brest, Morlaix puis Rennes. Le 1er mars 1902, à la suite d’une conférence sur « l’inexistence de Dieu », elle fut condamnée par défaut par le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer à 6 mois de prison et 100f d’amende pour « excitation au meurtre, pillage et incendie ». Elle s’était réfugiée à Londres.

En 1904 elle participait à une nouvelle tournée de conférences ; elle était alors domiciliée à l’île de Ré en tant que veuve Sandré. Dans une lettre datée de Périgueux le 30 août 1904, elle écrivait à Louise Michel* : « Je suis en tournée depuis le 25 mai dernier, j’ai fait les départments de la Haute Vienne, de la Creuse, du Puy-de-Dôme, de la Haute Loire, de l’Aveyron, du Lot, de la Corrèze et de la Vienne (...) Je viens de faire (avec beaucoup de succès) la Dordogne (...) Le 24 à Montignac, j’ai eu une réception magnifique, les femmes m’ont reçue à bras ouverts aux cris de A mort, à l’eau, la Séraphine, la femme à barbe, la Louise Michel ! (...) Avant-hier à Saint-Léon (toujours en Dordogne) les femmes avaient des broches à rôtir ! pour m’embrocher comme gigot et autres volailles ! » (Fonds Louise Michel, IISG Amsterdam).

En 1906 elle fut arrêtée à Alès (Gard) sous la double inculpation « d’apologie de crime et insultes à l’armée ».

Martial Desmoulins*, qui la prénomme Amélie et l’avait rencontrée au début des années 1930 chez un vieux compagnon d’origine juive, ami d’Alexandre Jacob*, qui l’avait recueillie chez lui à Nice, l’évoquait en ces termes : « Ce fut une des propagandistes les plus fameuses de l’anticléricalisme après la Commune et jusqu’en 1914. Elle faisait ses conférences de ville en ville, souvent n’ayant pas d’argent pour aller à l’hôtel et prendre le train, couchant dans des granges et sur le trimard. J’ai connu des camarades de Périgueux et de Bordeaux qui avaient organisé des conférences avec la camarade Pajaud, ils en faisaient des éloges. Moi, jeune anarchiste, lorsque je la rencontrai, je ne la trouvai pas extraordinaire, brave femme que le copain gardait parce qu’il la connaissait depuis très longtemps. Donc Amélie Pajaud faisait chez le copain un peu la femme de ménage. Sébastien Faure* descendait chez ce copain avant de descendre chez Honorée Teyssier, qui fut à partir de 1936 la compagne de Louzon. Je me souviens que tous les deux racontaient leurs souvenirs. A. Pajaud avait parcouru toute la France sauf deux départements. Elle avait assisté avec émerveillement à la naissance de la CGT, à son organisation, et croyait que la révolution était une question de jours et de mois. En 1934, il me semble qu’elle se retira en Charente Maritime dont elle était originaire. » En effet, en 1934 André Lorulot* l’avait rencontrée à la Rochelle.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article156267, notice PAJAUD Julie, Louise, épouse SANDRÉ [dite Séraphine] [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Marianne Enckell, version mise en ligne le 7 mars 2014, dernière modification le 7 mars 2014.

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Marianne Enckell

SOURCES : Arch. Nat. BB 18/2 290, 128A05 — AD Cher 25 M39 – Temps Nouveaux, 21 mars 1902 & 24 février 1906 – L’Idée libre, janvier 1934 = DBMOF — Libertaire, année 1904 — Bulletin du CIRA, Marseille, n° 19-20, mai 1983 (Souvenirs de Martial Desmoulins) — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône 1M 1377 n°9. — Notes de Françoise Fontanelli — AF Finistère 4M335 télégramme du 21 février 1901 — IISG, Fonds Louise Michel.

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