IBAÑEZ GRACIA Tomás [Dictionnaire des anarchistes]

Par Marianne Enckell

Né le 16 janvier 1944 à Saragosse (Espagne) ; militant anarchiste en France puis en Espagne ; professeur de psychologie sociale.

Sa mère, Petra Gracia (1912-2008), militante des Jeunesses libertaires de Saragosse et tisserande de profession, passa clandestinement la frontière française avec lui en 1947.

Il participa à la création du groupe des jeunes libertaires (JL) de Marseille en 1960, avec notamment René Bianco*, Suzy Guy et l’aide précieuse d’André Arru* (Jean-René Saulière). En 1961, il fut appréhendé et condamné avec René pour détérioration (graffitis) de la façade du consulat espagnol à Marseille.

« Monté » à Paris en 1963 pour s’inscrire à la Sorbonne, il y rejoignit le groupe JL de Paris où militaient notamment Hélyette Bess et René Darras, s’inscrivit au GLI (Groupe des Liaisons internationales) de la Fédération anarchiste, où se trouvaient entre autres Marc Prévotel* et Pierre Blachier*, créa avec Richard Ladmiral la LEA (Liaison des Etudiants Anarchistes) où s’intégreront par la suite les étudiants anarchistes de Nanterre (Jean-Pierre Duteuil*, Daniel Cohn-Bendit* et bien d’autres), lança avec Michel Señer et les JL de Paris le CLJA (Comité de Liaison des Jeunes Anarchistes) qui regroupa les jeunes des diverses organisations parisiennes. A la fin de 1963 il participa au lancement du journal Action Libertaire, qui servira de couverture à la FIJL (Fédération Ibérique des Jeunesses Libertaires) mise hors la loi cette année même par le gouvernement français, et y publia régulièrement des articles jusqu’à sa disparition.

En 1964 il proposa au groupe JL de Paris la recherche d’un symbole qui soit fédérateur de l’ensemble des militants anarchistes et participa à la création collective du « A cerclé » dont il rédigera une bonne part du texte de présentation dans le numéro 48 (avril 1964) du bulletin Jeunes Libertaires. Il avait commencé à publier des articles dans ce bulletin dès 1962 ; il écrivit aussi dans le Monde libertaire dès 1964.

En 1965 il entra au comité de lecture du Monde libertaire, mais les responsabilités qu’il assumait au sein de la FIJL (toujours illégale) depuis qu’il était membre de sa Commission de relations en janvier 1966 réduisirent peu à peu son militantisme sur le plan français. Il participa au GAJ (Groupe Anarchiste de Jeunes) créé á l’issue du camping international libertaire organisé par la FIJL en 1965 á Aiguilles. En novembre 1965 il voyagea en Italie avec Octavio Alberola* pour poser les jalons de la Première Rencontre européenne de Jeunes Anarchistes que le CLJA organisa avec grand succès à Paris en avril 1966, à peine deux semaines avant l’enlèvement à Rome par le « Groupe 1er Mai » du représentant de l’Espagne franquiste auprès du Vatican. Ces rencontres européennes, avec des groupes hollandais, anglais, italiens et autres, se poursuivirent quelques années.

En mai 1968 il participa à la phase parisienne du « Mouvement du 22 Mars » mais il fut appréhendé à Renault-Flins le 10 juin et l’ordre d’expulsion de France se mua grâce à son statut de réfugié politique en assignation à résidence en Corrèze. Les bons offices de Robert Pagès, directeur du Laboratoire de psychologie sociale de la Sorbonne où il travaillait, permirent la levée de cette assignation quelques mois plus tard.

Rentré en Espagne en 1973, il participa activement après la mort de Franco à la reconstruction de la CNT (Confederación Nacional del Trabajo) qu’il quitta en mai 1979 lors de la scission, pour ne reprendre du militantisme anarcho-syndicaliste qu’en 1999 en rejoignant la CGT espagnole. Entre temps il fut cofondateur en 1988 de la revue d’orientation libertaire Archipielago, il participa à de nombreux colloques, rassemblements et rencontres, et continue toujours à publier dans de nombreuses revues.

À titre d’inventaire et sauf oubli, il a publié des articles dans les journaux et revues suivants : en français, Jeunes Libertaires, Action Libertaire, Le Monde Libertaire, IRL, Les Temps Maudits, Le coquelicot, A Contretemps, Réfractions ; en italien : Volontà, Libertaria, Bollettino Archivo G.Pinelli ; en espagnol : Nada, Archipielago, Polemica, Debate Libertario, Rojo y Negro, Catalunya, Libre Pensamiento. Certains de ses articles ont été traduits en grec et en portugais.

Parallèlement, il a exercé comme professeur de psychologie sociale à l’Université Autonome de Barcelone et a publié dans le domaine académique plus de cent titres entre livres, chapitres de livres et articles, en espagnol, français et anglais.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article156219, notice IBAÑEZ GRACIA Tomás [Dictionnaire des anarchistes] par Marianne Enckell, version mise en ligne le 11 mars 2014, dernière modification le 19 août 2015.

Par Marianne Enckell

ŒUVRE : Ne sont répertoriés ici que les livres et chapitres ayant un rapport à l’anarchisme.
Poder y Libertad. Barcelone, Editorial Hora, 1982. — « Pour un pouvoir politique libertaire » in Le Pouvoir et sa négation. Lyon, Atelier de Création Libertaire, 1984.— « Adieu à la révolution » in Un anarchisme contemporain, Venise 84. Vol.IV : La Révolution. Lyon, Atelier de Création Libertaire, 1986. — « Más allá de la Democracia » in Anarquisme : Exposició Internacional. Barcelone, FELA, 1994. — « La culture libertaire ? Non merci ! », in La Culture libertaire, Lyon, Atelier de Création libertaire, 1997. — Municiones para disidentes. Barcelone, Gedisa, 2001. — Contra la dominación. Barcelone, Gedisa, 2005. (traduit en italien chez Elèuthera, Milan). — ¿Por qué A ? Fragmentos dispersos para un anarquismo sin dogmas. Barcelona Editorial Anthropos, 2006. — Actualidad del anarquismo. Buenos Aires, Terramar Ediciones y Libros de Anarres (Col. Utopías Libertarias), 2007. — Fragments épars pour un anarchisme sans dogmes. Paris, Rue des cascades, 2010. — avec Salvador Gurucharri, Insurgencia libertaria : las Juventudes Libertarias en la lucha contra el franquismo. Barcelone, Virus, 2010 (Une résurgence anarchiste : Les Jeunesses Libertaires dans la lutte contre le franquisme : La F.I.J.L dans les années 1960, Acratie, 2012).

SOURCE : témoignage direct, janvier 2012

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