Né à Nantua (Ain) en 1858, ouvrier tisseur à Grenoble (Isère).

Il fut condamné pour vagabondage, et à deux mois de prison, par le conseil de guerre de Marseille, pour sommeil en faction. Envoyé, sur sa demande, dans l’infanterie légère d’Afrique, il devint sergent.
Gros travaillait à Vienne comme ouvrier tisseur lors de l’émeute du 30 avril 1890. Il présida la réunion publique du 30 avril au théâtre de Vienne et y présenta le compagnon Tennevin et Louise Michel à l’assemblée. Il aurait tenu les paroles suivantes « II faut mettre la maison du fabricant Isérable à l’index et, le jour de la revendication de nos droits, il faudrait y joindre la peau de l’animal ! » Puis encore lors d’une manifestation le 1er mai : « L’usine est une insulte à l’ouvrier. Les châteaux de vos maîtres vous appartiennent , c’est vous qui les avez gagnés : ils sont à vous. Pour obtenir quelque chose, il faut le prendre »,
Gros fut condamné par contumace à dix ans de travaux forcés pour avoir pris part à l’émeute organisée à Vienne le 30 avril 1890 et pour avoir aussi proféré ces propos, dans la réunion qui s’était tenue au théâtre de cette ville.
Après l’affaire de Vienne, il s’était réfugié en Suisse, où il travailla comme homme de peine chez un confiseur à Genève. Il séjourna ensuite à St-Louis-du-Rhône, puis se rendit à Marseille. Le 7 novembre 1892 il fut arrêté chez un filateur de cette ville où il était employé. Au moment de son arrestation il s’arma d’un couteau mais fut vite maîtrisé par les policiers.
Le 26 novembre 1892, il comparut devant la cour d’assises de l’Isère, accusé d’avoir provoqué directement au pillage, au dégât de denrées, marchandises, propriétés mobilières, commis en réunion ou bande et à force armée, au préjudice du sieur Brocard, provocation suivie d’effet ; d’avoir provoqué directement au meurtre du sieur Isérable, provocation non suivie d’effet.
Dans son interrogatoire, l’accusé affirma qu’il n’était pas anarchiste en 1890, mais simplement socialiste. « Aujourd’hui, dit-il, je suis un militant ; alors, je n’en étais pas un. L’accusation dénature les paroles que j’ai prononcées. J’ai fait voter que la manifestation du 1er mai serait pacifique ».
Gros se défendit avec beaucoup d’énergie. Il fit le tableau de la condition des ouvrières dans les ateliers de tissage. Il ajouta que les ouvrières font une concurrence terrible aux ouvriers. Elles sont moins payées, et les patrons s’enrichissent ainsi rapidement, tandis que les ouvriers sont des plus misérables.
Les témoins confirmèrent que Gros avait bien dit « il faut se rendre chez Isérable » et qu’il avait provoqué au meurtre et au pillage.
Les jury rendirent un verdict négatif sur la provocation au pillage et affirmatif, avec circonstances atténuantes, sur la provocation au meurtre non suivie d’effet.
Le tribunal condamna Gros à trois mois de prison.
Marié et père de trois enfants.

SOURCES : Le Temps 27 novembre 1892, Le Figaro 13 août 1890, Le Constitutionnel 9 novembre 1892 Gallica - « Les anarchistes contre la République, par Vivien Bouhey , Annexe 49.

Dominique Petit, complétée par Thierry Bertrand

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