GOGUELIA Georges (Georgi GOGELIA, dit K. Orgueiani, K. Iliachvili) [Dictionnaire des anarchistes]

Par Rolf Dupuy, Marianne Enckell

Né le 6 septembre 1878 à Koutais (Koutaissi, Géorgie), mort le 21 décembre 1924 à Tiflis/Tbilissi (Géorgie) ; chimiste ; militant anarchiste à Genève et à Paris.

Etudiant issu d’une famille aisée, Georgi Goguelia émigra en 1897 en France puis en Suisse, où il obtint son diplôme à l’Ecole d’agriculture du canton de Vaud en mars 1899.

Il participa le 5 avril 1901 à une manifestation d’étudiants russes à Genève, qui décrochèrent l’écusson tsariste apposé sur la façade du consulat de Russie et le piétinèrent, au grand scandale de la presse locale. Il fonda en 1903 le groupe anarchiste et le mensuel Khleb i Volia (Genève, n°1, août 1903, à n° 24, novembre 1905) avec sa compagne Lydia Ikonnikova (qui avait soutenu sa thèse de médecine à Lausanne en 1901) et Maria Korn (Goldsmith*). Il habitait alors 12, rue du Grand Bureau (Genève-Acacias).

Quelques copies du journal, imprimé par Emile Held*, 49 rue de Carouge à Genève, passèrent clandestinement par la Pologne et l’Ukraine pour le jeune groupe anarchiste de Bialystok, Borba (La Lutte), qui comptait une douzaine de membres et qui reproduisit à la main des copies des articles ou textes, diffusées ensuite jusqu’à Odessa et même dans l’Oural. Le groupe Khleb i Volia publia également des brochures de Bakounine* et Kropotkine* ainsi que des traductions en russe de textes de Grave*, Malatesta ou Elisée Reclus*. Goguelia fut en 1905 l’auteur d’une brochure sur les martyrs de Chicago.

Prenant comme modèle la CGT française, le groupe se prononçait en faveur du
syndicalisme révolutionnaire et pour la création en Russie de syndicats et bourses du travail. La police genevoise tenait « Victor Gogeliani » pour « le chef du Parti poltique géorgien ».

Un peu avant la grande guerre il militait à Paris (où il habitait 44, rue des Boulangers, 5e arr., avec son épouse Lydia) au groupe anarchiste communiste russe qui comptait une cinquantaine de membres. Il collaborait à la même époque au journal anarcho-syndicaliste russe Golos Truda publié depuis 1911 aux États-Unis et Canada. En 1912, il s’occupa d’un numéro spécial pour le 70e anniversaire de Kropotkine*.

En 1914 participa à un meeting commémorant le centenaire de la naissance de Bakounine, où il fut l’un des orateurs aux côtés de Maria Korn, Rogdaeff*, Zabrezhnev, Sébastien Faure* et Georges Yvetot*. À la déclaration de guerre, il fut arrêté tout comme des dizaines d’anarchistes étrangers puis expulsé de France. En 1916 il était membre du groupe anarchiste communiste de Genève, condamnait les signataires du Manifeste des Seize qualifiés "d’anarcho-patriotes" et éditait avec Roshchin le journal des groupes anarcho-communistes de Zurich et Genève Put’k Svobode (Genève, un seul n° en mai 1917).

Georgi Gogelia retourna au Caucase lors de la révolution et continua de défendre les théories anarcho-syndicalistes. Mais en août 1920 sa compagne Lydia Ikonnikova écrivait à Louis Bertoni* qu’il était invalide, sans donner plus de détails.

Louis Bertoni*, qui avait reçu un télégramme de Rogdaeff annonçant la mort de leur ami commun, lui rendit hommage : « Georges Goguelia, qui fut des nôtres il y a vingt-cinq ans, lorsque nous avons lancé le Réveil, n’aimait guère parler de lui-même, aussi ne connaissions-nous pas la part importante prise par lui au mouvement russe… Nous avons donné de lui plusieurs articles intéressants, mais c’est surtout en langue russe et géorgienne qu’il a puissamment contribué à la propagande anarchique, signant ses écrits de plusieurs pseudonymes… Il a aussi été rédacteur d’un quotidien géorgien, Khma (Réveil, sauf erreur), se donnant sans cesse, malgré sa santé depuis longtemps compromise, à une lourde besogne de propagandiste. »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article156210, notice GOGUELIA Georges (Georgi GOGELIA, dit K. Orgueiani, K. Iliachvili) [Dictionnaire des anarchistes] par Rolf Dupuy, Marianne Enckell, version mise en ligne le 12 mars 2014, dernière modification le 7 février 2019.

Par Rolf Dupuy, Marianne Enckell

SOURCES : P. Avrich, The Russian anarchists, op. cit. — Feuille d’Avis de Lausanne, 18 mars 1899. — Journal de Genève, 7 avril 1901. — Le Réveil, 17 janvier 1925. — AEG, Service de la police administrative et judiciaire, Genève. – Archives Max Nettlau, IISG Amsterdam. —Luigi Bertoni Papers, IISG Amsterdam.

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