BASTIEN Georges, Gaston [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, Yves Le Maner, Rolf Dupuy, Guillaume Davranche

Né le 21 décembre 1885 à Abbeville (Somme), mort en juin 1940 ; ouvrier du textile puis employé aux assurances sociales ; anarchiste et syndicaliste.

Né d’un père soldat (2e Bataillon de chasseurs à pied au Tonkin) et d’une mère couturière, Georges Bastien était le troisième d’une famille de 5 enfants. Après son certificat d’études, il devint apprenti dans le textile. Avant d’atteindre sa majorité, il fut un temps mineur à Roche-la-Molière (Loire).

D’un caractère renfermé et émotif semble-t-il, il émergea sur la scène militante amiénoise après la grande grève du textile de 1904.

En novembre 1904, il fut, avec Jules Lemaire* et Alcide Dumont*, l’un des fondateurs de l’hebdomadaire Germinal, lancé alors que le procès d’Alexandre Jacob s’annonçait devant les assises de la Somme. Les anarchistes d’Amiens firent de l’agitation en faveur de Jacob — une manifestation en sa faveur rassembla plusieurs centaines de personnes le 11 février 1905 —, et Germinal y gagna sa place dans le paysage politique local.

Lisant beaucoup, Bastien fut rapidement l’un des principaux rédacteurs de Germinal. Il semble même à cette époque avoir été appointé du journal et avoir vécu dans son local, jouant pendant quelques années le rôle de « permanent » du mouvement anarchiste dans la Somme. C’est ainsi que, de 1905 à 1907, il fut, avec Jules Lemaire*, un des principaux animateurs du groupe anarchiste La Jeunesse libre d’Amiens, et de la section locale de l’Association internationale antimilitariste (AIA). En 1906, Bastien devait d’ailleurs collaborer à son éphémère bulletin L’AIA (voir Almereyda).

En octobre 1905, Germinal édita à 10 000 exemplaires une brochure antimilitariste, Aux Conscrits, rédigée par Bastien. Le mois suivant, la police perquisitionna les locaux de Germinal, et mit Bastien et Lemaire sous les verrous. En janvier 1906, ils furent condamnés tous deux à neuf mois de prison pour l’article, « L’antimilitarisme et l’antipatriotisme » paru dans Germinal du 31 mai 1905. Ils comparurent une seconde fois, le 21 février, pour la brochure Aux conscrits, et furent condamnés respectivement à dix-huit mois et à quinze mois de prison, assortis de 1 000 francs d’amende chacun.

Les deux militants furent probablement libérés à l’occasion de l’amnistie du 14 juillet, car Georges Bastien assista au congrès confédéral de la CGT à Amiens, du 8 au 13 octobre 1906. Délégué du syndicat des ouvriers du textile d’Amiens, il fit partie des cosignataires de la motion Griffuelhes qui devait passer à la postérité sous le nom de Charte d’Amiens.

Georges Bastien manifesta tôt son penchant pour l’organisation du mouvement anarchiste. Il ne put se rendre au congrès international d’Amsterdam, qui préconisa la constitution de fédérations nationales, mais, dans Germinal du 7 septembre 1907, il fit un compte-rendu enthousiaste du congrès, titré « Vive l’Internationale anarchiste ».

En octobre 1907, Georges Bastien partit pour le service militaire après avoir rédigé un article « À mes camarades conscrits » dans Germinal du 18 octobre. Après trois semaines de caserne, il était déjà repéré comme « l’anarchiste » du régiment. Son capitaine lui présenta alors l’alternative suivante : se tenir tranquille ou déserter. Bastien préféra la seconde option et, en décembre, après 45 jours de régiment, il déserta et passa en Belgique. De là, il expliqua son geste dans Germinal des 12 décembre 1907 et 2 janvier 1908. Le 23 janvier 1908, il fut condamné par contumace à trois ans de prison et 500 francs d’amende pour l’article « À mes camarades conscrits ». Germinal lança alors une souscription intitulée « Pour Bastien ». En mai 1908, il fut expulsé de Belgique et se réfugia en Angleterre d’où il continua à collaborer à Germinal.

A Londres, il fréquenta un club anarchiste. On ne sait pas grand-chose de sa vie entre 1910 et 1919, mais il semble qu’il séjourna en Amérique du Sud, peut-être en Argentine. Il apprit en tout cas l’espagnol et traduisit Boule de suif dans cette langue.

Après la guerre, ayant bénéficié de l’amnistie, Georges Bastien revint s’installer à Amiens en 1919. Il reprit le militantisme et fut élu secrétaire du syndicat du textile d’Amiens.

Il participa alors à la relance de l’hebdomadaire Germinal, dont il fut le gérant dès le premier numéro, paru le 29 août 1919. Sous-titré « journal du peuple », Germinal fut fondé avec le concours des syndicats révolutionnaires de la Somme, qui fournirent plus de la moitié des fonds de départ (la liste en est donnée dans le numéro du 10 janvier 1920). Le journal eut, dès les premiers mois, entre 3 500 et 5 500 lecteurs réguliers — avec un pic à 8 500 durant les grèves du printemps 1920 — localisés à 80 % sur Amiens. Le passage à 3 sous, en avril 1920, le fit cependant reculer. En juin, il ne comptait plus que 261 abonnés, qui remontèrent à 374 en août.

En 1919-1920, les anarchistes de la Somme soutenaient vigoureusement la Révolution russe. En tant que secrétaire du comité d’action contre la guerre d’Amiens, Bastien organisa plusieurs meetings contre l’intervention occidentale en Russie, et en solidarité avec les mutins de la mer Noire. Dans Germinal du 1er novembre 1919, il affirma : « Nous ne sommes pas bolcheviks. Mais nous nous battrons pour eux parce qu’ils représentent une action sincère, intègre et courageuse. »

Au cours de l’année 1920, il se montra cependant de plus en plus hostile au gouvernement de Moscou, tout en continuant à soutenir la révolution : « Vivent les Soviets ! Vive la Russie ! », écrivait-il dans Germinal du 14 août 1920. Le lendemain, un congrès rassemblait à Amiens les révolutionnaires de la Somme, de l’Oise et de la Seine-Maritime, toutes tendances confondues. Le soutien à la Révolution russe y était unanime. En revanche, les congressistes se divisèrent sur la solidarité avec le gouvernement bolchevik.

Le 17 septembre 1920, le congrès révolutionnaire régional tenu à Amiens départagea les uns et les autres. A une courte majorité de 23 voix sur 40, Second Casteu* et Georges Bastien firent voter la création de la Fédération communiste libertaire (FCL) du Nord, solidaire de la Révolution russe mais opposée au bolchevisme. La FCL comptait des groupes en Picardie, dans le Nord et le Pas-de-Calais. Bastien rendit compte de ce congrès dans Le Libertaire du 26 septembre. Trois semaines plus tard, les 14 et 15 novembre, il assista au congrès fondateur de l’Union anarchiste (UA), à laquelle s’affilia la FCL du Nord.

Il devait par la suite assister à presque tous les congrès de l’UA, et jouer un rôle important dans l’organisation.

Dès la fondation de la FCL du Nord, Germinal en devint l’organe. Au n°59 (9 octobre 1920) son sous-titre devint « organe communiste libertaire de la Somme et de l’Oise ». Cela n’entrava pas le succès de l’hebdomadaire, inégalé pour un journal libertaire régional : dès octobre, il compta deux éditions (Somme et Oise), à laquelle devait s’ajouter une édition pour le Nord et le Pas-de-Calais à partir de juillet 1925. En décembre 1921 il s’appuyait sur 980 abonnés (dont 300 dans la Somme et 380 dans l’Oise) et 140 membres de l’association des Amis de Germinal. Un service de librairie était assuré au siège, 12, place Fauvel, à Amiens. En 1922, quand Georges Bastien passa le relais à Lucien Graux*, le journal revendiquait entre 15 000 et 17 000 lecteurs (dont 1 500 à 2 500 abonnés). En décembre 1924, le journal tirerait à 4 500 exemplaires.

Au plan syndical, les révolutionnaires, toutes tendances confondues, s’activaient pour conquérir la majorité dans l’union départementale CGT de la Somme. Ce fut chose faite au congrès du 10 avril 1921, qui vit le renversement de la majorité par 77 voix contre 50 et 12 abstentions. Le secrétaire réformiste de l’UD, Buignet, fut alors remplacé par Roux, et Georges Bastien fut nommé secrétaire adjoint.

Au plan politique, Bastien appelait à un renforcement des structures de l’UA : « Nous n’obtiendrons notre maximum de rendement au point de vue propagande et action que par l’organisation », écrivait-il dans Le Libertaire du 16 septembre 1921. Les 26 et 27 novembre, il assista au congrès de Villeurbanne, et y plaida pour une séparation nette d’avec les individualistes, afin que l’UA puisse concurrencer efficacement le PS et le PCF.

Durant cette année 1921, Georges Bastien intervint également dans les mouvements de chômeurs d’Amiens.

Après la scission confédérale, en décembre 1921, les anarchistes de la Somme se divisèrent sur l’attitude à suivre. Alors que la majorité rejoignaient la CGTU, Georges Bastien et son syndicat des tisseurs firent un choix original : refusant d’entériner la scission confédérale, ils passèrent dans l’autonomie. Pendant quelques années, la Somme vit donc cohabiter une UD-CGT réformiste, une UD-CGTU où les libertaires pesaient fortement (voir Raymond Barbet) et, à Amiens, une union locale autonome dont le chef de file était Georges Bastien. En 1922, il fut élu secrétaire de la bourse du travail, sans doute avec les voix des autonomes et des unitaires.

Bastien plaidait alors pour une transformation complète des structures syndicales et une sorte de retour à la Fédération des bourses de Fernand Pelloutier. Dans La Revue anarchiste n°5, de mai 1922, il publia une contribution dans le cadre du débat sur le fonctionnarisme syndical, où il proposait une solution radicale : « Supprimons le bureau confédéral, les bureaux fédéraux, les autres organismes départementaux ou régionaux, et nous supprimerons, en même temps que la fonction, le fonctionnaire. Que toute la force active du syndicalisme se fasse localement, par l’union en un syndicat unique ou en une liaison étroite de tous les éléments corporatifs d’une localité. [...] Que toute l’action, l’éducation, la propagande soit faite directement par les syndiqués, chez eux, et non plus là-haut, à Paris. » La même année, dans une brochure intitulée Pour la rénovation du syndicalisme, éditée par son Syndicat des tisseurs d’Amiens, il préconisait la suppression des fédérations professionnelles, et l’organisation des syndicats sur la seule base territoriale, avec pour lien national une fédération des bourses du travail.

Au congrès de l’UA de Levallois-Perret, du 2 au 4 décembre 1922, Georges Bastien préconisa que l’UA soit constituée de fédérations régionales sur le modèle de la FCL du Nord. Faisant le bilan du congrès dans Germinal du 8 décembre, il tourna encore en dérision les individualistes parlant du « surhomme nietzschéen » et estima que, séparés d’eux, les anarchistes pouvaient « jouer un rôle dans la lutte des classes ».

En mars 1923, le mouvement syndical entra en conflit avec le maire d’Amiens, Caumartin, qui voulait interdire l’entrée de la bourse du travail aux syndicats unitaires et autonomes. Bastien et ses amis ripostèrent, et le maire dut céder.

Au congrès de l’UA à Paris les 12-13 août 1923, Bastien fut nommé au comité de rédaction du Libertaire.

Deux jours plus tard, le 15 août, il fut au centre d’une initiative en faveur de la réunification syndicale. A Amiens, une assemblée réunit les délégués des syndicats confédérés, unitaires et autonomes sous la présidence de Bastien (autonomes), assisté des secrétaires des UD-CGTU (Mullier) et CGT (Sellier). L’assemblée adopta à l’unanimité un manifeste, rédigé par Bastien, demandant la reconstitution de l’unité syndicale nationale, pour aller vers une internationale unique, « afin que disparaisse l’affaiblissement des forces ouvrières devant la réaction et les menaces de guerre ». Le manifeste appelait à une « besogne d’apaisement », et au « respect des décisions de la majorité et du droit d’opinion des minorités mais en dehors de tout groupement d’affinités ou de tendances ». Il invoquait la Charte d’Amiens, adoptée dix-sept ans auparavant. Le texte reçut les signatures de Bastien pour les autonomes ; Buignet, Sellier et Georges Morel* pour les confédérés, et de Beaurain, Aubry et Dupuis pour les unitaires. Il fut publié dans La Voix du peuple du 19 août 1923. Un Comité d’action pour l’unité fut constitué, comprenant 3 unitaires, 3 confédérés et 1 autonome. Il se réunit le 26 août pour lancer un appel aux syndicats de tout le pays, qui fut publié dans L’Humanité du 3 septembre 1923.

Cette initiative en faveur de la réunification syndicale eut des prolongements durant toute l’année 1924, insufflant un climat moins délétère que dans d’autres départements entre les trois tronçons du syndicalisme. Mais elle n’eut guère de relais au-delà de la Somme, notamment du fait de l’assassinat de Clos* et Poncet* en janvier 1924, et des déchirements de la CGTU qui s’ensuivirent.

En mars et avril 1924, Georges Bastien s’investit dans la grande grève des tisseurs, fileurs et teinturiers d’Amiens, qui vit 21 usines textiles débrayer et plus de 3 000 ouvrières et ouvriers entrer en lutte. Autonomes et unitaires coorganisèrent une réunion quotidienne à la bourse pour soutenir la lutte et, le 1er mai, 5 000 personnes défilèrent. Malgré tout, après 80 jours de lutte, le conflit s’acheva sur un insuccès. En mai, Bastien fut candidat abstentionniste aux législatives.

En août 1924, Georges Bastien quitta la Somme pour s’installer à Paris. En effet, à partir du 19 août, il remplaça Colomer comme secrétaire de rédaction du Libertaire quotidien. De décembre 1924 à mars 1925, il fut également celui de La Revue anarchiste. Il devint alors un des orateurs habituels des meetings libertaires. A celui du Comité de défense sociale organisée le samedi 20 septembre 1924, il déclara que les anarchistes étaient contre toutes les dictatures « aussi bien celle de Primo de Rivera que celle de Moscou ». Durant cette période, L’Humanité n’appela plus Le Libertaire que « le journal de Bastien-Boudoux » (voir Boudoux). A cette époque, Bastien collabora également à La Revue internationale anarchiste gérée par Séverin Férandel*.

Quand l’Union fédérative des syndicats autonomes (UFSA) se constitua, début novembre 1924 (voir Lucien Huart), pour regrouper les sortants de la CGTU, les syndicats de la Somme en restèrent à l’écart. A son secrétaire, Jean Moiny, qui protestait contre une tentative d’instrumentalisation de l’UFSA par les anarchistes, Bastien répondit avec dédain dans Le Libertaire du 28 novembre 1924 en qualifiant l’UFSA de « vasouillards ne représentant qu’eux-mêmes » et en concluant : « si le mot de libertaire vous choque », « Allez voir Marc Sangnier et Marcel Cachin ».

Le 4 juillet 1925, Georges Bastien passa le secrétariat de rédaction du Libertaire, redevenu hebdomadaire, à Chazoff. Il retourna vivre à Amiens et reprit la tête des syndicats autonomes d’Amiens, tout en restant membre de la commission administrative de l’UA. Dans Le Libertaire du 2 octobre 1925, il s’en prit de nouveau aux individualistes : « Ils ont tous peur de voir mutiler leur moi dans une organisation. C’est pourquoi ils la rejettent d’une façon catégorique ou détournée en chicanant sur chaque minuscule détail. Tout leur être répugne à l’association régulière. » Dans les années qui suivirent, Georges Bastien fut un partisan intransigeant de la Plateforme (voir Piotr Archinov).

A partir de 1925 et pour les années suivantes, il fut un contributeur important de L’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure, pour laquelle il rédigea les articles « Agraire (la question) », « Agricole (le travail) », « Centralisme », « Coopération », « Coopératisme », « Coopératives de consommation », « Emancipation », « Dictateur », « Dictature », « Envie », « Machinisme », « Manifestation », « Manufacture », « Milliardaire », « Militarisme », « Mine », « Monopole », « Mouvement social », « Mutualisme, mutuellisme, mutualité » et « Népotisme ».

Le 7 novembre 1926, les syndicats autonomes de la Somme prirent part à la grève générale lancée par la CGTU, et Bastien fut leur représentant au meeting unitaire à Amiens.

Les 15 et 16 novembre 1926, il fut délégué des syndicats autonomes de la Somme au congrès qui, à Lyon, fonda la CGT-SR (voir Pierre Besnard). Avec Albert Guigui et Julien Le Pen, il s’opposa à la création de cette « 3e CGT », estimant qu’elle allait accentuer la division syndicale, tout en isolant les anarchistes.

En décembre 1926, il constitua un comité de chômeurs à Amiens et fit appel, pour le soutenir, à l’unité CGT-CGTU-autonomes. En février 1927 un nouveau comité de chômeurs fut formé avec Bastien comme représentant des autonomes, Sellier pour la CGT et Leclercq comme trésorier.

Au cours de l’année 1927, alors que certains syndicats autonomes adhéraient à la CGT-SR, d’autres se rapprochèrent de la CGT avant de s’y affilier. C’est le choix que fit Bastien, qui fut bientôt secrétaire de l’union locale CGT d’Amiens.

En parallèle, Bastien continuait de s’occuper de Germinal. Le 16 octobre 1927, il fut délégué par l’hebdomadaire au VIIe congrès de la FCL qui se tint à Croix (Nord) et où étaient représentés les groupes de Lille, Tourcoing, Roubaix, Wasquehal, Croix, Wattrelos, Marcq-en-Bareul, Dunkerque, Lens, Béthune, Sallaumines, Calonne, Liévin et Hénin-Liétard. En avril 1928, il fut de nouveau candidat abstentionniste aux législatives.

Le 24 juin 1928, il présida le congrès de l’UD-CGT de la Somme. Du 16 au 18 septembre, il fut délégué au congrès de la fédération CGT du Textile. Secrétaire de l’UD par intérim du 23 novembre 1930 au 15 mars 1931, il en devint ensuite secrétaire titulaire. Parallèlement, de 1930 à 1935, il fut le gérant du Réveil syndical de la Somme, organe de la bourse du travail.

Durant cette période, Bastien collabora au journal belge L’Emancipateur de Camille Mattart*, ainsi qu’à une nouvelle Revue anarchiste, éclectique et sans lien avec celle de l’UA dont il avait été secrétaire de rédaction en 1925. Il continuait également de rédiger, pour Germinal, des échos signés Mordine. Cependant, faute d’une équipe d’animation suffisante, l’hebdomadaire devait cesser de paraître au 723e numéro, le 1er juillet 1933.

Le 16 janvier 1933, Georges Bastien fut un des orateurs du grand meeting de la salle Wagram pour l’amnistie générale des détenus politiques et des militants néomalthusiens.

La journée du 6 février 1934 mit la question de l’unité d’action antifasciste au centre des débats. Délégué au comité confédéral national de la CGT des 20 et 21 février 1934, Georges Bastien fit une déclaration remarquée en annonçant que l’UD de la Somme avait constitué une milice ouvrière antifasciste. Il se montra en revanche hostile au « front unique » réclamé par le PCF.

A la même période, il fut, avec Louis Lecoin, Sébastien Faure et Pierre Le Meillour*, à l’initiative de l’appel à un congrès général anarchiste pour examiner la question de l’unité d’action antifasciste. Ce fut le « congrès d’unité » des 20 et 21 mai 1934 à Paris, qui acta la réunification de l’Union anarchiste communiste révolutionnaire (UACR) et de l’Association des fédéralistes anarchistes (AFA) ainsi que de divers groupes locaux.

Représentant le syndicat du textile d’Amiens au congrès confédéral CGT tenu à Paris du 24 au 27 septembre 1935, Bastien vota pour le rapport moral et pour l’unité syndicale. Le 2 octobre, il prit la parole au nom de la CGT dans un grand meeting du comité d’action antifasciste d’Amiens, avec des représentants de la LICP, de la CGTU, du PCF et de la SFIO. Une fois la fusion réalisée dans la Somme, Bastien céda le poste de secrétaire à l’ex-unitaire Lenglet, mais continua à siéger à la commission administrative.

Devenu directeur de la caisse départementale Le Travail, à Amiens, affiliée à la Fédération nationale des mutuelles ouvrières, il donna des articles à la revue Plus loin du docteur Pierrot, jusqu’à sa disparition en 1939.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article156151, notice BASTIEN Georges, Gaston [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, Yves Le Maner, Rolf Dupuy, Guillaume Davranche, version mise en ligne le 28 février 2014, dernière modification le 10 avril 2014.

Par Jean Maitron, Yves Le Maner, Rolf Dupuy, Guillaume Davranche

ŒUVRE : Pour la rénovation du syndicalisme, édité par le Syndicat autonome des tisseurs d’Amiens, 16 p., 1922 — La Société libertaire, éditions de Germinal, 1926, 32 p. — Anarchisme et coopération, Paris, La Brochure mensuelle, 1929, 36 p.

SOURCES : Arch. Nat. BB 18/2290 (128 A05) et BB 18/2372 (128 A08) — Arch. Nat. F7/13020, dont rapport du 16 avril 1923 — AD Somme M 90366 ; Z 317 (Le Cri du Peuple, 20 mars 1921, 17 avril 1921, 3 juillet 1921) ; Z 691 (Le Travailleur de Somme et Oise, 20-26 octobre 1934) — L’Humanité du 12 avril 1920, du 3 septembre 1923, du 1er décembre 1924 du 20 décembre 1932 — Le Peuple, 19 août 1923 et 26 juin 1928 — L’Ouvrier du Textile, décembre 1928 — Collection de GerminalL’Humanité du 17 janvier 1933 — L’Unique n°2, juillet 1945 — enquête orale de M. Hubscher — Jean Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, Gallimard, 1975 — René Bianco « Un siècle de presse... », op. cit. — Jean Loiselle, « Georges Bastien, anarcho-syndicaliste amiénois : un itinéraire politique (1904-1935) », mémoire de maîtrise, université de Picardie Jules-Verne, 1995 — David Berry, A History of the French Anarchist Movement, Greenwood Press, 2002 — Renaud Quillet, La Gauche dans la Somme, Encrage, 2009 — notes de Julien Cahon.

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