Né à Guadalcanal (Espagne) le 29 juin 1879, mort à Mexico (Mexique) le 16 février 1970 ; médecin ; anarchiste.

Très jeune, Pedro Vallina Martinez avait adhéré au Cercle républicain de Guadalcanal, en Andalousie. Assez rapidement, il se revendiqua anarchiste. Il fit ses études à Séville et à Cadix.
En octobre 1901 il participa au IIe congrès de la Fédération des sociétés ouvrières de la région espagnole (FSORE), à Madrid. Condamné à huit ans de travaux forcés pour propagande anarchiste, il se réfugia en France et s’établit à Paris en octobre 1902.
Il s’y lia avec l’anarchiste autrichien Siegfried Nacht, par l’intermédiaire de Malato.
En 1904 il mena une vaste campagne de soutien aux grèves et contre la répression en Espagne (évènements d’Alcala del Valle) qui se termina par une importante manifestation le 12 mars à Paris.
Du 26 au 28 juin 1904, il prit part au congrès d’Amsterdam qui fonda l’Association internationale antimilitariste. Francis Jourdain* le décrivit alors comme un « petit Espagnol aux yeux de myope distrait, vêtu d’un veston d’alpaga et d’un pantalon blanc. Les mains au dos tenaient un simili-panama que je ne vis jamais posé sur les beaux cheveux bruns, car sous ces cheveux, il y avait un crâne, et ce crâne était victime d’une perpétuelle céphalalgie qui ne s’accommodait d’aucune coiffure. » Selon Jourdain c’est presque par hasard, parce qu’il avait accompagné Siegfried Nacht à la gare du Nord, que Vallina se trouva embarqué pour Amsterdam. Le congrès fonda l’Association internationale antimilitariste (AIA) et, en septembre, Vallina cofonda avec Miguel Almereyda, la section de Paris 5e de l’AIA, dans le Quartier latin, qui compta une vingtaine de membres.
En mai 1905 Pedro Vallina fut impliqué, avec trois autres militants, dans l’affaire de l’attentat contre Alphonse XIII, rue de Rohan (voir Charles Malato). Le « Procès des quatre » se tint du 27 au 30 novembre. Devant l’obscurité de l’affaire, manifestement encombrée de manipulations policières espagnoles comme françaises, les quatre prévenus furent acquittés.
Le 3 février 1906, il fut initié à l’obédience maçonnique Le Droit humain, puis affilié à la loge la Jérusalem écossaise.
Fin avril 1906, en pleine préparation de la grève générale du 1er mai, les anarchistes étrangers considérés comme dangereux furent arrêtés et, quelques jours plus tard, expulsés de France. Vallina et Nacht étaient du lot et s’installèrent alors à Londres. Vallina y termina ses études de médecine et y séjourna jusqu’en 1914.
Avec Christiaan Cornelissen, Alexandre Schapiro et Rudolf Rocker, il participa aux préparatifs et à la tenue du congrès syndicaliste révolutionnaire international de 1913 à Londres.
Le 12 février 1915, avec 35 autres personnalités anarchistes de toutes nationalités, il fut signataire du manifeste L’Internationale anarchiste et la guerre, paru à Londres et appelant les travailleurs à cesser de s’entretuer pour tourner leurs armes contre les capitalistes.
Rentré en Espagne, il s’établit à Séville où, à partir de 1917, il publia la revue Paginas Libres. En 1918, il fut délégué d’Andalousie au Congrès national anarchiste tenu à Barcelone. Pedro Vallina était opposé à la formation de syndicats uniques au sein de la CNT. Sa maison était toujours ouverte à tous les persécutés et il fut l’organisateur du sanatorium ouvrier de Castillana, géré par la CNT.
En 1924 il se réfugia au Maroc, à Tanger et à Casablanca, dont il fut expulsé après avoir été dénoncé par un médecin local. Il s’installa alors au Portugal.
En 1936 il était médecin à Almaden et prit part à la révolution. Après avoir participé, en juillet 1936, à l’organisation d’une colonne de 500 mineurs qui libéra le village de Santa Eufemia, il fut nommé président du Comité révolutionnaire d’Almaden et participa à la collectivisation des mines. Le 15 août, il fut chargé des services de santé à Madrid et fut le responsable de l’Hôpital CNT de la colonne Del Rosal à Cañete. En 1937 il fut médecin sur le front d’Albacete. De décembre 1938 à janvier 1939, il fut médecin militaire à l’hôpital Bonanora et, lors de la Retirada, il assura l’évacuation vers la France de l’hôpital Massanet de Cabrenys.
Réfugié en France, il fut interné à Argelès avec sa femme, Josephine Colbach de Vallina. Le 8 mai 1939, celle-ci écrivait à Nacht au sujet du camp : « C’est une immense prison inhumaine avec plus de 100 000 personnes sur la plage [...]. Je te suis très reconnaissante de penser à nous aider, car aider Vallina veut dire aider toute sa famille [...]. Je n’aurais jamais cru que nous perdrions cette guerre, et nous avons presque perdu la révolution dès le début »
Pedro Vallina parvint à s’embarquer pour le Mexique où en 1942, où il tenta vainement de valider ses diplômes de médecin. Il s’installa dans l’État d’Oaxaca où, en 1943, il fonda à Loma Bonita le Consulto medicoquirurgico Ricardo Flores Magon, du nom du célèbre anarchiste mexicain. Il se consacra à la santé des Indiens d’Oaxaca, et en particulier à la lutte contre le paludisme pour laquelle il obtiendra plus tard un prix honorifique.

ŒUVRE : Cronica de un revolucionario : con trazos de la vida de Fermin Salvochea, Solidaridad Obrera, 1958 — Mis Memorias, Tierra y Libertad, Mexico, 2 vol., 1968 -1971.

SOURCES : Arch. Nat. F7/12513. — La Croix du 8 mai 1906. — Francis Jourdain, Sans remords ni rancune, Corrêa, 1954. — Le Combat syndicaliste, 5 mars 1970 & 8 avril 1971. — Espoir, 12 avril 1970. — Werner Portman, Die wilden Schäfe, Max und Siegfried Nacht, zwei jüdische radikale Existenzen, Münster, Unrast, 2008.

Guillaume Davranche, Rolf Dupuy, Marianne Enckell

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