STEENS Achille [Dictionnaire des anarchistes]

Par Guillaume Davranche

Né début juillet 1871 à Levallois-Perret, mort à Nice le 31 décembre 1925 ; journaliste puis diplomate ; anarchiste dans les années 1890.

Publiciste et poète, Achille Steens était le petit-fils d’un militant de premier plan de la section belge de la Première Internationale, Eugène Steens. Sa mère Adeline Steens l’avait mis au monde sans être mariée, et l’enfant hérita donc du nom.

Arrivé à l’anarchisme par la bohème littéraire des années 1890, Achille Steens cofonda en 1896, avec Bernard Lazare* et Laurence Jerrold*, le Groupe d’art social.

Il est fort probable qu’à l’époque, par l’intermédiaire de Bernard Lazare, il ait fréquenté Fernand Pelloutier*. C’est ce qui expliquerait qu’en juillet 1896, il ait été délégué au congrès international socialiste de Londres, porteur d’un mandat de la Chambre syndicale des ouvriers du textile d’Amiens. Ce mandat lui permit de prendre part à la coalition allemano-libertaire qui domina la délégation française.

Le 10 septembre 1896, Achille Steens fit partie des fondateurs du Comité français de Cuba libre (CFCL), dont il fut nommé secrétaire-trésorier. Ce comité, influencé par les anarchistes et les blanquistes, publia son manifeste dans L’Intransigeant. Celui-ci était signé, outre Steens, du directeur du journal, Henri Rochefort (président), du député Ernest Roche, d’Amilcare Cipriani*, de Bernard Lazare, de Léopold Lacour (du Figaro), de Charles Malato*, de D’Anglemont et d’Argence (du Monde nouveau), de Léon Parsons* (de La Presse), de Casabona (de La Correspondance démocratique) et de Mestre Amábile (fondateur de la Ligue franco-américaine de l’enseignement).

Achille Steens fut ensuite un des principaux animateurs du CFCL, et devait organiser plusieurs de ses meetings jusqu’à sa mise en sommeil en mars 1897. En octobre 1896, il fit une tournée de conférences dans le sud de la France, avec Léon Parsons*, pour parler de Cuba et des résultats du congrès de Londres. Il habitait alors au 10, rue de l’Ecluse, à Paris 17e.

Le 28 décembre 1896, Steens prit la parole dans un grand meeting contre la monarchie espagnole salle Pétrelle avec Cipriani, Malato, Sébastien Faure*, Tortelier*, Francis Prost*, Amábile, Roche, Marcel Sembat et Edouard Vaillant. Les deux thèmes étaient : « La révolution cubaine et ses conséquences », suite à la mort au combat du révolutionnaire anti-esclavagiste Antonio Maceo, et « L’Inquisition en Espagne », suite aux 8 condamnations à mort après l’attentat de la rue Cambios Nuevos à Barcelone.

De mai à novembre 1897, Steens fut administrateur de la compagnie du Théâtre féministe international. En octobre 1897, il lança une revue culturelle franco-québécoise, La Revue des Deux-Frances, qui exista jusqu’en septembre 1899. Outre des nouvelles littéraires, Steens y poursuivit sa campagne en faveur de la révolution cubaine, et y accueillit des articles sur le féminisme, et en janvier 1898, un article de Bernard Lazare sur l’Affaire Dreyfus.

En février 1898, il apporta sa pierre au combat dreyfusard en fondant Le Sifflet, un hebdomadaire illustré qui parut jusqu’en juin 1899. Sur quatre pages, il y publiait des dessins satiriques d’Hermann Paul*, Félix Vallotton*, Louis Chevalier, Raoul Barré ou H.-G. Ibels.

Dans La Revue blanche de septembre 1898, il publia une série de portraits de militants importants qu’il avait pu rencontrer autour du congrès de Londres (Pouget*, Lazare, Vaillant, Landauer, Malatesta, Hyndman…).

Achille Steens fut ensuite rédacteur au Figaro, puis au Temps, et ami de l’avocat socialiste Pierre Laval. Après-guerre, il fut un temps consul de France à Belgrade, et fut le père du comédien Jean-Jacques Steen.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article156130, notice STEENS Achille [Dictionnaire des anarchistes] par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 9 mars 2014, dernière modification le 9 mars 2014.

Par Guillaume Davranche

ŒUVRE : Les Voix de l’aurore, premières poésies, L. Vanier, 1895.

SOURCES : témoignnage d’Eulalie Steens — L’Intransigeant du 11 septembre 1896 — Le Figaro du 10 juin et du 5 novembre 1897 — La Revue blanche de septembre 1898 — Paul Estrade, « Le Comité français de Cuba libre » (1896-1897), Actes du colloque « Cuba et la France », Bordeaux, décembre 1982 — Guillaume Davranche, « Pelloutier, Pouget, Hamon, Lazare et le retour de l’anarchisme au socialisme (1893-1900) », Cahiers d’histoire n°110, octobre-décembre 2009.

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