Né le 25 juin 1905 à Montigny-lès-Metz (Moselle) ; mort début juin 1998. Mécanicien, coopérateur, correcteur, écrivain. Militant du Parti communiste, puis du Parti populaire français ; syndicaliste, puis proche des libertaires.

Fils de Nicolas Kirsch, conducteur de locomotive, et de Léontine Mettelin, couturière, Maurice Lime vécut jusqu’à l’armistice de 1918 en Lorraine sous domination allemande. Après l’école primaire, il entra, en 1919, comme apprenti mécanicien aux aciéries de Rombas et devint compagnon deux ans plus tard.
Après un court passage dans les milieux anarchistes, il adhéra, pendant son apprentissage, à la CGTU dont son frère Marcel Kirsch était permanent. Militant combatif, il fut licencié en 1923. Sans travail, il s’engagea en juin 1923, dans la Marine nationale où il devint quartier-maître mécanicien à bord d’un sous-marin.
Démobilisé en juin 1926, il travailla en plusieurs endroits avant de se fixer, en 1927, en région parisienne. C’est en 1926 qu’il adhéra au Parti communiste. Devenu secrétaire de cellule, il assista en 1928, au congrès régional du Parti communiste à Clichy, salle Reflut, congrès qui fut interrompu par une violente échauffourée avec la police. Grièvement blessé, arrêté et condamné à cent francs d’amende et un an de prison (ou trois ans selon lui-même) dont il accomplit sept mois, il mit à profit ce temps pour approfondir ses connaissances.
Ces années furent celles d’un militantisme intense ponctué par des licenciements successifs jusqu’au jour où, en novembre 1931, il entra comme outilleur aux Compteurs de Montrouge, place qu’il quitta en mars 1938, lassé de l’hostilité des membres de la cellule communiste, pour entrer à la coopérative de production l’AOIP.
À partir de 1930, il s’opposa de plus en plus vivement à la ligne du Parti communiste jusqu’à son exclusion en 1936 parce qu’il avait protesté contre les procès de Moscou. En juin 1936, il donna son adhésion au Parti populaire français fondé par Jacques Doriot. Affecté spécial en 1939, Maurice Lime ne fut pas mobilisé. Devenu sociétaire de l’AOIP, il accéda au poste de secrétaire du conseil d’administration. Démissionnaire en 1942, il travailla ensuite comme interprète technique dans un entrepôt de pièces automobiles à Paris. Toujours membre du PPF, il tenta de rejoindre la Lorraine au moment de la Libération de Paris, puis accompagna les cadres du PPF en fuite vers l’Allemagne comme traducteur. Après la mort de Doriot, il parvint à passer en Suisse, mais arrêté, puis extradé, fut emprisonné à Fresnes. Comparaissant comme prévenu libre devant la Cour de justice, il fut condamné à cinq ans d’indignité nationale, " condamnation d’autant plus anodine, écrivit-il peu après, que depuis l’affaire de Clichy, j’étais privé de mes droits civiques à vie ".
Il reprit ensuite son métier d’outilleur, puis, après divers emplois, devint correcteur d’imprimerie. En 1953, il lança un petit périodique de quatre pages, Après l’boulot, " cahiers mensuels de littérature ouvrière ". Il collabora aussi à la Révolution prolétarienne, à Liberté de Louis Lecoin*, au Réfractaire de May Picqueray* et à L’Homme libre de Marcel Renoulet*.
Toujours militant syndicaliste, ses préoccupations littéraires prirent le pas sur les autres. La plupart de ses romans s’inspirent de sa propre existence. Déjà, en 1935, grâce à B. Grœthuysen, lecteur à la NRF, qui avait transmis son manuscrit Pays conquis (ESI, 1935), relatant sa jeunesse dans la Lorraine déchirée entre la France et l’Allemagne, il avait fait la connaissance d’André Gide. Il fit le récit de cette relation dans : Gide tel que je l’ai connu (Julliard, 1952). Puis, ce fut Cellule 8, 14e rayon (Aubier, 1941) dont l’action est située aux Compteurs de Montrouge ; Les Belles Journées (Éd. Brière, 1949) dépeignant l’atmosphère des ateliers en mai-juin 1936 ; Le Caïd du bord (Julliard, 1952) inspiré de son expérience de marin ; enfin, Métro, place des Fêtes (Debresse, 1960).
Maurice Lime donna des essais, dont Marxisme et dialectique (Éd. Siboney, 1947 sous le pseudonyme de Victor Kronstadt), réponse critique à Matérialisme dialectique et matérialisme historique de Staline, puis, aux Editions syndicalistes, Les syndicats américains dans un tournant (1966), La société des loisirs, du "Droit à la paresse" de Paul Lafargue aux "40 000 heures" de Jean Fourastié (1968), et Structuralisme, dialectique et technocratie (1969). Dans son autobiographie romancée, Les risques de la sincérité (1975), il défend la thèse, jugée fantaisiste, de l’assassinat de Jacques Doriot par les Allemands.
Maurice Lime avait épousé, en mars 1939, Suzanne Monjauvis, modiste, sœur de Lucien Monjauvis qui fut député du XIIIe arr. de Paris.

ŒUVRE : ouvrages cités dans la notice.

SOURCES : L’Humanité, 28 avril, 6 et 13 mai, 6 juin 1929. — J.-P. Brunet, Doriot, Paris, Balland, 1986, pp. 492-493. — Autobiographie, Les risques de la sincérité, La Pensée universelle, 1975 – Nécrologie, L’Homme libre, octobre 1998 – R. Bianco, Un siècle de presse, op. cit.

Jean Prugnot, notice complétée par Marianne Enckell

Version imprimable de cet article Version imprimable