Né le 11 novembre 1876 à Paris 9e, mort le 31 décembre 1958 à Paris ; architecte-décorateur, créateur de mobilier, artiste-peintre, écrivain, critique d’art, décorateur de théâtre et de cinéma, céramiste ; anarchiste, socialiste puis communiste.

Francis Jourdain (1925)
Portrait par Pierre Gencey.
Fils du célèbre architecte et critique d’art Frantz Jourdain, le jeune Francis Jourdain côtoya très tôt, dans l’entourage de son père, de grands artistes et intellectuels de l’époque : Alphonse Daudet, Émile Zola, Claude Monet, les frères Goncourt, etc. Enfant très timide, il étudia au lycée Condorcet et obtint son baccalauréat en 1893.
Dès l’âge de 15 ans, Francis Jourdain fréquenta les anarchistes autour de Jean Grave, un ami de son père. Il écrivit alors de nombreux articles dans des revues anarchistes, notamment dans La Révolte. Par la suite, il devait régulièrement donner des tableaux pour les tombolas de soutien à l’hebdomadaire de Jean Grave.
Fin 1893, Francis Jourdain commença un apprentissage chez le maître verrier Clamens à Angers pour préparer le concours d’ouvrier d’art organisé annuellement à Paris et en province. Reçu premier l’année suivante, il bénéficia d’une réduction à dix mois du service militaire, privilège accordé à chaque lauréat, ce qui compta beaucoup pour Francis et son père, tous les deux fervents antimilitaristes. Francis Jourdain devint progressivement une des figures du Paris artistique et littéraire, fréquentant entre autres Jehan Rictus, Léon-Paul Fargue, Laurent Tailhade, Valloton, Steinlen, Guillaume Apollinaire, Toulouse-Lautrec...
Francis Jourdain fut l’un des organisateurs d’une manifestation de sympathie organisée à la gare Saint-Lazare le 13 novembre 1895 pour le retour de Louise Michel à Paris.
Entre 1898 et 1900, il travailla comme assistant du peintre Albert Besnard. Parallèlement, il exposait fréquemment au Salon des Indépendants et à la Société nationale des beaux-arts. Durant l’Affaire, il prit publiquement parti pour Dreyfus et se rapprocha du Libertaire de Sébastien Faure. Il y resta attaché, et fut un des piliers de la petite équipe de l’hebdomadaire dans les années qui suivirent l’Affaire.
En 1901, à l’instar de son père, de Roger Marx, d’Octave Mirbeau ou encore d’Alexandre Charpentier, Francis Jourdain fut l’un des fondateurs de L’Art pour tous, première société de visites-conférences constituée à l’initiative d’un ouvrier mécanicien, Édouard Massieux, avec le soutien de l’écrivain anarchisant Louis Lumet. L’Art pour tous, étroitement lié aux universités populaires, organisait des visites guidées de musées le dimanche matin, et Francis Jourdain fit partie des guides.
Durant l’été 1901, sur la requête de Fernand Desprès*, il fit circuler dans les milieux littéraires une pétition pour faire libérer un jeune anarchiste emprisonné à la Petite-Roquette, Eugène Vigo (voir Miguel Almereyda).
D’avril à juin 1902, Francis Jourdain fut administrateur du Libertaire. Peu doctrinaire, volontiers éclectique et observateur amusé des « séditieux » qui l’entouraient, il sympathisait indifféremment avec des personnages aussi divers qu’Émile Janvion, Sébastien Faure, Matha, Albert Libertad et Miguel Almereyda. Il se lia d’une profonde amitié avec Élie Faure.
Durant le 2e semestre 1904, il collabora à la revue d’Ernest Girault, Libre Examen. En juin de la même année, il participa, avec Janvion, Vallina, Delalé et Yvetot (voir ces noms), au Congrès international antimilitariste d’Amsterdam au terme duquel fut créée l’Association internationale antimilitariste (AIA).
A la mort de Louise Michel, Jourdain fut un des organisateurs de ses obsèques parisiennes, qui donnèrent lieu à une manifestation monstre le dimanche 22 janvier 1905. Le même dimanche, à Saint-Pétersbourg, fut "rouge", le tsar faisant tirer sur la foule. Peu après, Jourdain dirigea, pour le compte de l’AIA l’édition du numéro unique d’un bulletin de propagande sur la Révolution russe, La Rue. Publié le 14 ou le 16 février 1905, il était illustré par Hermann Paul et Steinlen, avec des textes de Laurent Tailhade, Kropotkine, Émile Pouget, Sébastien Faure, Anatole France, Georges Darien, Malato, Octave Mirbeau, Roubanovitch et Séverine.
Jourdain s’éloigna ensuite du militantisme, donnant de plus en plus de temps à ses activités artistiques. Avec ses amis écrivains Charles-Louis Philippe, Marguerite Audoux, Léon-Paul Fargue ou encore Léon Werth, il fit partie du « Groupe de Carnetin ». Chaque dimanche, entre 1904 et 1907, le groupe se retrouvait dans une maison louée en commun dans ce village de Seine-et-Marne pour travailler et échapper à la vie parisienne.
Devenu pensionnaire de la galerie Druet, Francis Jourdain y tint sa première exposition personnelle en 1906.
En 1909, il collabora à l’éphémère quotidien d’Émile Pouget, La Révolution.
Francis Jourdain épousa Agathe Laurençin, avec qui il eut deux enfants. La famille vécut quelque temps à Contrevoult (Seine-et-Marne) puis s’installa à Esbly en 1911. L’année suivante, il y monta un petit atelier de menuiserie, Les Ateliers modernes, rue du Chemin-de-Fer. Avec ses amis Léon Werth et Octave Mirbeau, il écrivit beaucoup pour la revue littéraire et artistique de Georges Besson fondée en 1912, Les Cahiers d’aujourd’hui.
Alors qu’il n’avait plus d’activité politique depuis plusieurs années, Francis Jourdain, répondant à l’appel de Miguel Almereyda, annonça son adhésion au Parti socialiste dans La Guerre sociale du 11 décembre 1912.
Par la suite, hostile à l’union sacrée, il devait s’enthousiasmer pour la Révolution russe et sympathiser avec le Parti communiste. Ayant néanmoins conservé quelques relations de sa période anarchiste, il collabora à l’occasion à la revue Plus loin (voir Marc Pierrot) et, en 1933, réalisa les décors pour le film L’Atalante du fils d’Almereyda, Jean Vigo.
Engagé dans la Résistance, Francis Jourdain adhéra au PCF en 1944 et fut président du Secours populaire de 1948 à sa mort. Dans ses Mémoires, notamment le second volume, Sans remord ni rancune, il devait laisser de truculents portraits des militants qu’il avait fréquentés dans sa période anarchiste.
Pour plus détail sur l’itinéraire de Francis Jourdain après 1912, et sur son œuvre dans les beaux-arts et les arts appliqués, consulter sa notice dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français.

ŒUVRE : Les Dents sans couteau : lettres de Moscou à mes cousins Pierre et Paul, Secours Ouvrier International, 1928, 31 p. — Ingres, Éditions Braun, 1930, 60 p. — Madagascar, l’île du bonheur (en collaboration avec Robert Foissin), Bureau d’Éditions, collection Les dossiers de la colonisation, 1933, 43 p. — Faut-il donner des colonies à Hitler ?, Bureau d’Éditions, collection Stratégie et tactique de la lutte contre la guerre et le fascisme, 1936, 15 p. — Chardin, Éditions Braun, [1940], 60 p.— Luc et quelques autres, La Bibliothèque française, 1946, 224 p. — Pierre Bonnard et les vertus de la liberté, Éditions Skira, 1946, 8 p. — Lautrec, Éditions Marguerat, 1948, 31 p. — Utrillo, Éditions Braun, 1949, 33 p. — Né en 76, Éditions du Pavillon, 1951, 295 p. — Toulouse-Lautrec, Éditions Pierre Tisné, 1952, 95 p. — Sans remords ni rancune, Éditions Corrêa, 1953, 317 p. — L’Impressionnisme, Éditions Braun, 1953, 60 p. — Jours d’alarme, Éditions Corrêa, 1954, 253 p. — Toulouse – Lautrec, Éditions Braun, 1954, 60 p. — Un grand imagier : Alexandre Steinlen, Édition Cercle d’Art, 1954, 143 p. — Amour de Paris, Editions Au vent d’Arles, 1955, 65 p. — Marquet, Editions Cercle d’Art, 1959, 218 p. — De mon temps, Éditions François Maspero, 1963, 177 p.

SOURCES : Fonds Francis Jourdain, Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis (notamment archives sur les commandes et importante correspondance échangée avec Élie Faure). — Arlette Barré-Despond (avec la collaboration de Suzanne Tise), Jourdain : Frantz 1847-1935, Francis 1876-1958, Frantz-Philippe 1906, Éditions du Regard, 1988, 412 p. — Emmanuel Bénézit, Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays par un groupe d’écrivains spécialistes français et étrangers, tome 5, Gründ, 1999, 958 p. — notice biographique par Axelle Brodiez sur http://francisjourdain.com.

Anysia L’Hôtellier, adapté et complété par Guillaume Davranche

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