Né le 21 octobre 1873 à Paris, tué le 8 mai 1903 en Abyssinie ; décorateur ; antimilitariste anarchiste.

C’est alors qu’il effectuait son service militaire dans une garnison de l’Est que Gaston Dubois-Desaulle fut arrêté : un sergent de sa compagnie, nommé Guillon, s’était fait envoyer, à plusieurs reprises, des colis de brochures qu’il distribuait autour de lui ; des perquisitions furent opérées dans le paquetage des hommes de la compagnie et dans celui de Dubois-Desaulle on trouva un journal qu’il s’amusait à écrire, où l’autorité militaire était fortement maltraitée. On avait également saisi sur lui un brouillon de lettre à Séverine* et trouvé dans ses affaires plusieurs livres : l’Origine des espèces de Darwin, les Maximes d’Epictète et Le livre de la voie et de la vertu de Lao Tseu. Ce fut suffisant pour qu’un conseil de guerre l’envoye aux Compagnies de discipline. Dubois-Desaulle déserta ; en plus du délit de désertion, il s’était sauvé avec ses effets d’ordonnance. Il fut repris et passa en conseil de guerre. Sa mère vint trouver Jean Grave* qui s’adressa à Séverine, pour lui demander d’entamer une campagne en sa faveur. L’intervention de Séverine fut efficace et Dubois-Desaulle fut finalement acquitté et nommé bibliothécaire dans un régiment où il termina tranquillement son temps de service.
Gaston Dubois-Desaulle collabora ensuite à La Revue Libertaire (Paris, 5 numéros du 15 décembre 1893 au 20 février 1894) d’Henri Gauche*, et dès la fin des années 1890 fit des causeries sur l’armée et les atrocités de Biribi à la Bibliothèque d’éducation libertaire. Fin septembre 1898 il alla à Reims où il logea chez Louis Léveillé* qui travaillait alors comme serrurier forgeron. Après avoir participé aux vendanges à Mesnil-sur-Oger, il envoya à Léveillé une carte postale l’informant qu’il ne reviendrait pas à Reims et retournait à Paris.
Avec Henri Guérin* et Charles Chatel*, il fonda, le 26 décembre 1899, le groupe de Propagande antimilitariste de Paris, qui fut la première organisation antimilitariste anarchiste. Ce groupe publia trois placards :
- en février 1900 : Crimes militaires, tiré à 10.000 exemplaires et dénonçant l’assassinat du disciplinaire Grenier (2e compagnie coloniale, Diego-Suarez, Madagascar), commis en 1898. Dubois-Desaulle qui vendait dans la rue cette affiche fut arrêté malgré son permis de colportage ; on le relâcha, mais après lui avoir pris ses affiches. Il fut poursuivi à la demande du général Gallieni.
- en décembre 1900 : Assassins galonnés, relatant le meurtre commis sur le disciplinaire Laflond à Madagascar.
- en janvier 1901 : Justice militaire. Relatant des faits qui s’étaient passés en 1898 à la 2e compagnie des disciplinaires des colonies (Madagascar), où les disciplinaires Jean et Brand, à la suite d’un jugement sommaire, avaient été exécutés.
Dans un article de la Revue blanche de janvier-avril 1901, Dubois-Desaulle suscita une certaine émotion en racontant, preuves photographiques à l’appui, que dans la citadelle du Château d’Oléron (Charente-Inférieure) il existait un bagne militaire où les disciplinaires étaient soumis à l’atroce supplice des « poucettes » (un instrument de fer qui emprisonnait les deux mains du condamné derrière son dos) et de la « crapaudine » (les deux mains étaient attachées derrière le dos aux deux pieds). A la suite de cet article, une enquête fut effectuée par l’armée et les crapaudines furent abandonnées, mais pas les poucettes. Dubois-Desaulle répliqua en publiant Les Poucettes humanitaires (Paris : Groupe de propagande antimilitariste de Paris, 1901 ; 7 p.) montrant l’état des pouces après une demi-journée d’emploi de l’instrument.
En fin d’année 1901, il fit une tournée de conférences antimilitaristes à Vierzon, Bourges, et dans plusieurs villes du Nord : Denain, Haveluy, Wallers, Escaudain et Anzin.
En mars 1902, le Groupe de propagande antimilitariste de Paris demanda des candidats pour la forme pour affichage antimilitariste sans timbre pendant la période électorale et, le 30 mars 1902, le groupe fit paraître une affiche simili officielle, reproduction d’un extrait du Journal Officiel, relatant les actes de cruauté et les atrocités commises à Biribi et portés dernièrement à la tribune de la Chambre.
Le 11 novembre 1902, aux côtés de Malato*, Vallier, Libertad*, Liard-Courtois*, Prost*, Dubois-Desaulle participa au meeting antimilitariste tenu par L’Idée Libre du XXe à la salle du Commerce, faubourg du Temple à Paris.
Dubois-Desaulle fut tué par un indigène Danakil, en avril 1903, au cours d’un voyage en Abyssinie où il accompagnait un Américain, Mac Miller, venu en Afrique pour y chasser le fauve. Son épouse resta abonnée au Libertaire.

ŒUVRE : Sous la casaque, Paris, 1899, relation du séjour que l’auteur fit aux compagnies de discipline. — Didier Harriel, ses faits et gestes recueillis et annotés (œuvre plus ou moins autobiographique) Paris, 1909 — Etude sur la bestialité au point de vue historique, médical et juridique (1905) — Prêtres et moines non conformistes en amour (1902) — Camisards, Peaux de lapins et Cocos, corps disciplinaires de l’armée française (1901) — La Faim et l’amour (1907) — Mémoires secrets de la lieutenance générale de police : les infames (Editions de la Raison) — Les mignons du marquis de Liembrune, en annexe de "Les infames sous l’ancien régime" de Paul d’Astré, 1902.

SOURCES : Le Libertaire, 16-23 mars 1901, 12-19 juin 1903, 31 oct-7 novembre 1903. — Les Temps Nouveaux, n° 20, 14 septembre 1907. — La Raison, 22 novembre 1903 — L’Ere Nouvelle, 1er juin 1903 — Note de Marianne Enckell — Le Figaro, 6 avril 1901 — Gil Blas, 4 août 1903 — L’Aurore, 30 mars 1902 et 8 novembre 1902 — Jean Grave, Le mouvement libertaire sous la 3ème république, op. cit. — AD Marne 30M102.

Iconogr. : portrait dans {La Faim et l’amour}, Bibl. Nat. 8° Y2/56 123.

Jean Maitron, notice complétée par Dominique Petit et Rolf Dupuy

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