Né le 30 mars 1856 à Ciry le Noble (Saône-et-Loire) ; menuisier-ébéniste ; colporteur et correspondant des journaux anarchistes à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire).

Charles Voisin assistait du 5 au 11 juin 1881 au Congrès régional des ouvriers socialistes à Saint Etienne. Congrès auquel participaient également les anarchistes.
Lors de la quatrième séance Voisin fut désigné comme assesseur.
A la cinquième séance, consacrée à la question de la femme, Voisin parlait de la situation des veuves et des orphelins, des religieuses qui ne respectaient pas la liberté de conscience. Il parlait aussi du clergé que continuait à subventionner le gouvernement bourgeois.
Lors de la sixième séance les statuts de la Fédération ouvrière de la région de l’Est furent adoptés, l’un des articles prévoyant la non-admission des patrons dans les cercles, Charles Voisin et Jean Voisin, délégué des houillères d’Epinac, déclarèrent se retirer du congrès, ne plus prendre part aux délibérations, parce qu’occupant un ouvrier, ils étaient mis à la porte de la Fédération, ajoutant qu’ils étaient tout autant révolutionnaires que les autres délégués. Cet incident entraînait une suspension de séance. A la reprise, Voisin expliquait au public pourquoi il se trouvait en dehors du congrès à la suite du vote de cet article, il racontait qu’il avait été obligé de se mettre à son compte, parce qu’on l’avait chassé de tous côtés à cause de ses opinions. Il avait pu trouver de l’argent pour s’installer et se trouvait maintenant à occuper un ouvrier quelques mois de l’année, ouvrier qu’il payait « généreusement ». Le mot « généreusement  » faisant bondir un autre délégué qui déclarait « qu’un homme qui parle de rétribution généreuse, n’est pas un révolutionnaire ».
Ce fut à ce congrès ouvrier régional (deuxième congrès de la région de l’Est) qu’il rencontra Bordat*. Bernard*, Martin*, Régis Faure* qui y étaient également présents.
Selon le récit de Voisin, à son retour, on raconta qu’il était allé à ce congrès pour faire le mouchard. Au retour du congrès, il décidait donc de fonder avec quelques camarades dont Claude Champlion une chambre syndicale dans les premiers jours de la deuxième quinzaine du mois d’août. Ses camarades le nommèrent président et le chargèrent des formalités de constitution.
Le 7 août 1881, il reçut une lettre de Brassac-les-Mines en Haute Loire que lui adressait François Desvois. Celui-ci avait travaillé à Montceau-les-Mines de 1878 à avril 1881.
Desvois lui demandait de faire « bien des compliments à Baudet Louis, ainsi qu’à tous les frères ». Il ajoutait, « nous sommes entrain à vouloir monter une chambre syndicale mais il nous manque des renseignements et un statut, alors comme je sais que tu es président, tu peux nous renseigner ». « Plus rien à te dire, que nous faisons des frères de temps à autre... Tous les frères citoyens, se joignent à moi pour te faire des compliments et attendre des renseignements de ta part. Frère Charles, tu adresseras les statuts et les renseignements que tu pourras nous envoyer à Jourdieu à Brassac ». Après la signature de son nom Dervois faisait figurer les 3 points de la franc maçonnerie.
Il fit imprimer des lettres de convocation pour une réunion privée afin de constituer officiellement la chambre syndicale. Cette réunion qui devait se tenir à Ciry le Noble à l’auberge Bonnot n’aurait pas eu de suite à cause de la mort de Champlion dans le nuit du 26 au 27 août 1881.
Quelque temps après, la proposition lui fut faite par le Droit social de vendre les journaux à la commission. Il reçut une dizaine d’exemplaires qu’il vendit.
Le 26 mars 1882, le Droit social annonçait que Voisin était correspondant et dépositaire pour le canton de Montceau-les-Mines et l’arrondissement de Charolles.
Le 9 avril 1882, la chambre syndicale de la métallurgie de Gueugnon lui écrivait pour exprimer leur déception de ne pas l’avoir vu à leur réunion de la veille et lui demandaient de faire parvenir 4 exemplaires du Droit social chez Lacroute Lauseron, couvreur à Gueugnon et un exemplaire chez Discours fils au Chêne Messard par Gueugnon. La chambre syndicale prenait un abonnement de 3 mois à 4 exemplaires réglé par Vennier et espérait bien le voir dans un mois, « en attendant le grand jour ».
Dans le Droit social du 16 avril 1882, Voisin dénonçait les agissements du facteur de Percy qui criait à haute voix que ceux qui recevaient le journal étaient des partageux, des révolutionnaires que le gouvernement « saura bien les mettre à l’ordre ».
Voisin s’occupa à cette époque de la souscription pour l’achat d’un revolver d’honneur à Fournier et d’un deuxième revolver à celui qui suivrait son exemple. Trois listes de souscription avaient été retrouvées chez lui lors d’une perquisition. Fournier, jeune ouvrier sans travail, avait tiré à Roanne sur le patron Bréchard, le 24 mars 1882.
Le 14 mai 1882, Bordat* de Lyon lui envoya une lettre sur une ville russe où la population avait brulé la vieille ville. La lettre se terminait par cette phrase : « Repensez au sujet anarchiste. Préparons-nous le plus vite possible ».
Depuis le 25 juin 1882, il se faisait adresser régulièrement des exemplaires du Droit social ( 100 du n°20, 80 des n° 21 à 24) puis de l’Etendard révolutionnaire (de 80 à 150 exemplaires selon les numéros).
A la suite de la réunion internationale de Genève en août 1882 où un délégué de Montceau-les-Mines assistait, des membre du Droit social écrivirent le 18 août à Voisin pour obtenir des renseignements sur ce délégué qui leur paraissait douteux.
Durant les événements de Montceau-les-Mines, à la fin du mois d’août, Voisin distribuait les invendus du 20 et du 27 août de l’Etendard révolutionnaire aux soldats du 134ème de ligne, logés à l’école des frères de Magny.
Le 4 septembre 1882, il adressait un article à l’Etendard révolutionnaire qui était publié dans le numéro du 10 septembre et intitulé « Les troubles de Monceau-les-Mines ». Dans cet article Voisin expliquait qu’il était le correspondant particulier du journal et qu’il avait mis à la poste de Magny-de-Montceau dix lettres soustraites par les agents du gouvernement. Selon lui, du matin au soir il avait sur le dos une collection de gendarmes, il fut un moment arrêté et perquisitionné, on chercha à lui faire donner « les chefs du mouvement ». Dans ce même numéro, Voisin qualifia les troubles de Monceau-les-Mines de « prélude de la Révolution prochaine » qui « n’eurent d’autre but que de jeter la première étincelle de la Révolution sociale ».
En septembre il reçut la visite de Bordat qui lui demanda des renseignements sur la situation à Monceau-les-Mines où il resta 24 heures puis repassa chez Voisin à son retour. Bordat passa deux nuits chez lui.
Le 14 octobre, la gendarmerie saisit à son domicile, 100 exemplaires de l’Etendard révolutionnaire.
À la suite des violentes manifestations des mineurs de Montceau-les-Mines d’août 1882 et des attentats à la bombe perpétrés à Lyon en octobre 1882, Voisin fut impliqué dans le procès, dit « Procès des 66 » qui s’ouvrit à Lyon, devant le tribunal correctionnel, le 8 janvier 1883. Voisin fut rangé dans la deuxième catégorie des prévenus (voir Bordat Toussaint).
Il fut condamné, le 19 janvier 1883, à quinze mois de prison, 200 f d’amende et cinq ans de privation des droits civils. Cette peine fut réduite, par arrêt de la cour d’appel de Lyon, le 13 mars 1883, à un an de prison, 100 f d’amende et cinq ans de privation des droits.

SOURCES : 2 U 433 et 2 U 434 Arc. Dép. Du Rhône – Le Républicain de la Loire 10, 11, 12 juin 1881 - Le Procès des anarchistes devant la police correctionnelle et la Cour d’appel de Lyon, Lyon, 1883.

Jean Maitron révisé par Dominique Petit

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