RENAUD Jean, Célestin [dit Cointot] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Laurent Gallet

Né à Lons-le-Saunier (Jura) le 27 novembre 1841, mort à Marseille (Bouches-du-Rhône) le 20 janvier 1904 ; militant anarchiste.

Célibataire, J. Renaud vécut avec une femme dont il eut trois enfants. Le 1er novembre 1867, il fut condamné, par le tribunal correctionnel, à quinze jours de prison pour coups et blessures.

Au cours de la guerre franco-prussienne de 1870, il gagna le grade de sergent au 70e régiment de ligne et fut décoré de la médaille militaire (il sera privé du port de cette médaille et rayé des matricules par décret le 9 juillet 1885).
À la suite du congrès de Marseille, il fut décidé de fonder un comité fédéral du parti ouvrier socialiste de l’Est, afin de fédérer tous les travailleurs lyonnais, groupes d’ouvriers socialistes, sociétés coopératives et chambres syndicales. Ce comité organisa le congrès régional tenu à Lyon les 11, 12 et 13 juillet 1880, au cours duquel Renaud représenta un groupe de mécaniciens.
Il signa l’appel de la Fédération socialiste révolutionnaire pour le grand meeting du 30 octobre 1881 à L’Alcazar, motif pour lequel il fut renvoyé par son patron.

À la suite de la réunion du 16 août 1882, salle de la Perle, le commissaire de police de la Croix-Rousse dressa procès-verbal contre six des huit orateurs successifs. Renaud se vit reprocher d’avoir 1° par des discours prononcés dans une réunion publique, de directement provoquer à commettre les crimes de meurtre, d’incendie et contre la sûreté de l’État et 2° diffamé par les mêmes moyens les magistrats de la Cour d’Appel de Lyon et les jurés siégeant à la Cour d’assises du 16 courant.

Le 19 octobre 1882, la police perquisitionna les locaux du journal L’Étendard révolutionnaire, saisit les livres de comptabilité et d’abonnements et posa les scellés sur le numéro à paraître. Dans l’après-midi du 22 octobre, la Fédération révolutionnaire lyonnaise tint une grande réunion publique sur « les exploits de la police lyonnaise », réunion particulièrement houleuse au cours de laquelle un tabouret fut lancé en direction du commissaire de police. Au cours de la nuit suivante fut commis l’attentat de L’Assommoir (voir Cyvoct) attribué aux anarchistes.

Renaud fit l’objet d’un mandat d’arrêt décerné contre lui le 23 octobre. L’inculpation, qui concernait en outre les deux anarchistes Péjot* et Joly*, reposa sur les chefs suivants :

« 1° de meurtre et d’attentat ayant pour but soit d’exciter la guerre civile en armant ou portant les citoyens ou habitants à s’armer les uns contre les autres, soit de porter la dévastation, le massacre et le pillage dans une ou plusieurs communes.

2° de complot ayant pour but l’attentat ci dessus qualifié, lequel complot a été suivi d’un acte commis ou commencé pour en préparer l’exécution.

3° Péjot, Renaud et Joly, d’avoir par des discours cris et menaces proférées dans une réunion publique tenue dans la salle de l’Alcazar à Lyon le 22 octobre 1882, et notamment par les propos ci-dessus relatés, provoqué directement les auteurs de l’attentat ci-dessus qualifié à commettre ladite action, laquelle provocation a été suivie d’effet.

4° Péjot et Joly, d’outrages à un magistrat de l’ordre administratif dans l’exercice de ses fonctions

5° un inconnu à rechercher, de violence et voies de fait envers un magistrat de l’ordre administratif dans l’exercice de ses fonctions.

6° Péjot, Renaud et Joly, d’avoir par des discours, cris et menaces proférés dans une réunion publique tenue dans la salle de l’Alcazar à Lyon le 22 octobre 1882, et notamment par les propos ci-dessus relatés, provoqué directement l’auteur des violences et voies de fait ci-dessus qualifiées à commettre ladite action, laquelle provocation a été suivie d’effet.

7° Péjot et Joly, d’avoir par des discours cris et menaces proférés dans une réunion publique tenue dans la salle de l’Alcazar à Lyon le 22 octobre 1882 et notamment par les propos ci-dessus relatés commis une offense au Président de la République ».

Le 6 décembre 1882, Renaud fut jugé par défaut – il avait gagné la Suisse – et condamné à 2 ans de prison et 3000 francs d’amende en vertu de la loi de 1881 sur la presse.

Impliqué dans le procès, dit « Procès des 66 » qui s’ouvrit à Lyon devant le tribunal correctionnel, le 8 janvier 1883, Renaud fit partie des prévenus de la première catégorie (voir Bordat Toussaint). Lors des débats, Tressaud* lut une déclaration de principes collective à l’audience du 12 janvier dont Renaud fut l’un des signataires.

Il fut condamné par défaut, le 19 janvier 1883, à cinq ans de prison, 2 000 f d’amende et dix ans d’interdiction des droits civils, civiques et de famille et 10 ans de surveillance.

Renaud revint à Lyon en 1884 et vécut caché avec sa famille. Mis en éveil par les recherches dont il était l’objet, il se rendit à Marseille où sous un faux nom il prit part à de nombreuses menées révolutionnaires. Soupçonné d’un vol de dynamite, il fut arrêté, transféré à Lyon, jugé le 27 mai 1885 et condamné à dix-huit mois de prison, 100 f d’amende et cinq ans de privation des droits civils. Un décret du 8 janvier 1886 l’ayant gracié du reste de sa peine, il revint à Lyon le 17 janvier 1886 et chercha sans succès du travail.

C’est alors qu’il décida de gagner Paris où il trouva à s’embaucher comme ouvrier métallurgiste à l’usine des Produits chimiques de Saint-Denis où il fit la connaissance de l’ingénieur Paul Reclus*, neveu d’Élisée Reclus*, en compagnie duquel il gagna Bessèges (Gard) et trouva du travail à la Compagnie des Fonderies et Forges.

Renaud organisa alors la chambre syndicale des Travailleurs réunis de Bessèges, association qui était un véritable groupe anarchiste (Renaud était lui-même correspondant du journal anarchiste Le Révolté), s’étendant aux professions les plus variées : mineurs, vanniers, métallurgistes, commerçants, cordonniers, horlogers, etc. Cela lui valut de nouveaux désagréments et il fut renvoyé de la Compagnie le 17 mai 1886 ; il quitta Bessèges le 28. De retour à Lyon, il participa le 6 décembre 1886 à une manifestation spontannée qui se mit en marche à l’issue d’une réunion, tenue dans l’après-midi, organisée par la commission des ouvriers sans travail et des syndicats lyonnais. La manifestation se rendit à l’hôtel de ville puis au domicile du maire de Lyon afin d’exiger du travail.

Au cours de l’année 1887, Renaud sembla s’être rapproché des blanquistes, quoique la police l’ait considéré toujours anarchiste en 1889. En 1894, il fut signalé à Saint-Etienne.

Renaud était noté par la police comme très intelligent et « agitateur dangereux au tempérament très exalté, s’occupant de politique révolutionnaire ainsi que de mouvements grévistes qu’il cherche à déterminer dans les localités où il passe et où il répand le journal communiste anarchiste Le Révolté ».
Un Renaud figure au fichier des Communards de Lyon. Nous ignorons s’il y a identité.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155957, notice RENAUD Jean, Célestin [dit Cointot] [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Laurent Gallet, version mise en ligne le 17 mars 2014, dernière modification le 19 mars 2014.

Par Jean Maitron, notice complétée par Laurent Gallet

SOURCES : Arch. Dép. Gard, 6 M 1414 (1). — Arch. Dép. Rhône, 4M246, 4M248, 4M305, 4M307, 2U464, 2U498. — Le Procès des anarchistes devant la police correctionnelle de la cour d’appel de Lyon, Lyon, 1883.

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