Né le 5 mai 1861 à Lyon, décédé le 10 janvier 1945 à Paris ; journaliste ; anarchiste, boulangiste puis nationaliste.

Lucien Pemjean (1892)
Album Bertillon, 1894.
Lucien Pemjean vint très tôt aux idées socialistes. La revue poétique Le Parnasse le cita dès août 1879 pour un poème, « Sancta Libertas », célébrant la liberté par le travail.
Il rallia l’anarchisme en 1882, en collaborant au Droit social, de Lyon. En 1884, il publia un livre résolument internationaliste, Plus de frontières, qui fut commenté dans la presse sympathisante.
Probablement insoumis au service militaire, il s’installa à Bruxelles et y fonda L’Insurgé, qui sortit 9 numéros de mars à mai 1885. En août, la police le nota comme « déserteur ».
En février 1886, il était à Londres, et participait au Club international de Stephen Mews, dans Rathbone Place.
Dans le premier numéro de L’Autonomie individuelle, en mai 1887, il publia un article réclamant la tenue d’un congrès devant se prononcer sur l’attitude des anarchistes en cas de nouvelle guerre européenne.
En 1888-1889, Lucien Pemjean fut un des rares anarchistes, avec Edouard Soudey*, à rallier le boulangisme. En mai 1889, il publia Cent ans après 1789-1889, une attaque contre le régime parlementaire préfacée par le général Boulanger. En septembre 1889, à l’occasion des élections législatives, Pemjean publia 3 numéros d’un journal politique illustré intitulé L’Assaut. En octobre, il se rendit à Toulouse pour soutenir l’élection du boulangiste Susini. Le 29 octobre, il participait à la manifestation boulangiste organisée à l’occasion des funérailles de l’oncle du général Boulanger.
En mars-avril 1890, il relança seul L’Assaut, pour 5 numéros. Il habitait alors au 326, rue Marcadet, à Paris 18e. Le 1er mai 1890, la police perquisitionna chez lui et découvrit de la littérature boulangiste et 155 triques et bâtons ferrés apparemment destinés à être distribués. Il fut néanmoins laissé en liberté.
En mai 1891, il édita, avec Michel Morphy, une affiche protestant contre les massacres de Fourmies, qu’il fit apposer sur les murs de Belleville et de Ménilmontant. Par la suite il se réinstalla en Belgique. Il en fut expulsé le 10 octobre 1891 après qu’il ait adressé un manifeste à la population à l’occasion des obsèques du général Boulanger.
Par la suite, sans doute mis à l’écart, il continua de militer mais en franc-tireur, sans lien avec le reste du mouvement anarchiste.
Pour le 1er mai 1892, il fit placarder un manifeste aux ouvriers à teneur antimilitariste, et adressa à divers généraux une lettre-circulaire injurieuse pour l’armée. Pour cela, la cour d’assises de la Seine le condamna par défaut le 24 septembre à deux ans de prison et 3000 francs d’amende. Ayant fait opposition, la peine fut ramenée le 18 novembre à huit mois de prison et 500 francs d’amende.
L’affaire de Panama lui donna l’occasion d’une belle démonstration de culot. Le 27 décembre 1892, il participa à un meeting à la Maison du peuple, à Montmartre, où péroraient différents chefs socialistes : Camélinat, Guesde, Allemane, Andrieux, Boiscervoise. Plusieurs anarchistes s’exprimèrent également : Tortelier*, Prolo*, Georges Brunet* et Leboucher*. Prenant semble-t-il tout le monde au dépourvu, Lucien Pemjean fit acclamer par les 2 000 participants la proposition de création d’une commission de 11 membres choisis dans toutes les fractions socialistes afin de convoquer le peuple au Palais-Bourbon le jour de la rentrée parlementaire, le 10 janvier, et de lancer un appel à l’armée. Les différents chefs socialistes firent mine d’approuver, sans aucune intention d’exécuter la proposition de Pemjean.
Le militant avait néanmoins attiré l’attention de la police. Il fut arrêté le 31 décembre 1892 au soir et incarcéré à Sainte-Pélagie pour y purger la peine à laquelle il avait été condamné. Il y partagea sa cellule avec Pol Martinet* et Michel Zévaco*, y croisa brièvement Aristide Gardrat* et y rencontra le leader antisémite Édouard Drumont. Il en sortit à l’occasion d’une amnistie en juin 1893.
Le 12 août 1893, il organisa aux murs des fédérés un hommage à Gardrat, mort quelques jours avant. Le même mois, il fut « candidat de bataille » dans le 1er arrondissement de Lyon, ville dans laquelle il était pourtant interdit de séjour.
Dans La Revue libertaire du 5 mars 1894, il publia un article, « Expiation », faisant l’apologie d’Auguste Vaillant. Cela lui valut d’être arrêté le 8 mars à son domicile, au 31, rue Saint-Louis-en-l’Isle, sur l’île de la Cité. Le 11 mai, il comparut devant les assises de la Seine où l’avocat général Bulot, pour impressionner le jury, déclara qu’il avait plus de preuves qu’il n’en fallait pour faire condamner Pemjean pour complicité dans les attentats. Malgré cela, le jury l’acquitta. Il fut néanmoins retenu car on le destinait au procès pour « association de malfaiteurs », qui devait être le « procès des Trente » en août 1894 (voir Élisée Bastard). Le 13 mai, profitant de l’inattention d’un garde municipal, il parvint à s’évader du palais de justice.
Il se réfugia alors à Londres. De là, le 4 août, il écrivit au ministre de la Justice pour demander à être inculpé dans le cadre du « procès des trente » ou à bénéficier immédiatement d’un non-lieu. Sa femme le rejoignit avec sa fille, et fut hébergée quelque temps, en décembre, chez Constant Martin*. Il semble que le couple Pemjean se tint à l’écart du milieu des proscrits et vécut dans la misère. L’épouse de Pemjean demanda conseil à Louise Michel alors qu’ils envisageaient d’émigrer en Argentine. Finalement, le couple s’installa dans la banlieue londonienne, à Walton-on-Thames, où il résidait en mars 1896. Malato voyait alors en Lucien Pemjean un « esprit lucide, actif, agréable, dont on ne peut que regretter les versatilités politiques ». Il s’était décidé, selon lui, à « revenir à l’anarchie, ses premières amours, que le boulangisme et l’antisémitisme lui avaient fait plaquer comme une maîtresse importune ».
Ce retour fut éphémère. À l’occasion de l’Affaire Dreyfus, en 1898-1899, Lucien Pemjean rallia le camp antisémite et entama une carrière littéraire, publiant romans populaires et pièces de théâtre. Dans les années 1920, il fut directeur littéraire des éditions Baudinière puis, dans les années 1930, réapparut sur la scène d’extrême droite en publiant Vers l’invasion (1933), La Maffia judéo-maçonnique (1934) et, jusqu’en 1939, un mensuel conspirationniste nommé Grand Occident. Il fut arrêté en septembre 1944 pour faits de collaboration et mourut à l’hôpital quelques mois plus tard.

ŒUVRE (de sa période anarchiste) : Plus de frontières, Librairie socialiste internationale, 1884 — Cent ans après 1789-1889, Savine, 1889.

SOURCES : Le Parnasse, août 1879 — L’Intransigeant des 6 août et 17 septembre 1889 et du 6 janvier 1893 — Le Journal des débats du 1er mai 1890 — Le Petit Blésois, 30 décembre 1892 — La Presse du 23 mai 1890, du 9 mai et du 12 octobre 1891, du 19 novembre 1892, et du 28 décembre 1892 au 21 janvier 1893, du 6 au 10 août 1893, du 9 mars 1894, du 12 au 20 mai 1894, du 5 août 1894 — Charles Malato, Les Joyeusetés de l’exil, Stock, 1897.

Guillaume Davranche

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