Né le 18 mars 1859 à Joyeuse (Ardèche) ; ouvrier moulinier, puis revendeur de légumes ; militant anarchiste lyonnais.

Jolly appartint à la fédération révolutionnaire de la région de l’Est qui, en mars 1881 – c’est-à-dire quelques semaines avant la tenue à Paris du congrès régional du Centre qui marqua la scission entre socialistes et anarchistes – groupait la plupart des anarchistes de la région de l’Est.
Il se fit remarquer par la police le 22 octobre 1882 lors d’une réunion publique organisée salle de l’Alcazar. Il y appelait les compagnons à résister les armes à la main aux perquisitions et proposait de se sacrifier « pour tuer le président de la République et n’importe quel être, voire même le commissaire de police présent à la réunion ». Le 24 octobre, recherché, il réussit à échapper de justesse aux agents et se réfugia en Suisse. Le 6 décembre 1882, par défaut, la cour d’assises du Rhône le condamna à deux ans de prison et 3 000 f d’amende pour provocation au meurtre et au pillage et offenses au président de la République. En outre, lorsque le parquet poursuivit les anarchistes accusés de reconstitution d’une association internationale des travailleurs, Jolly fit partie des accusés et, le 19 janvier 1883, le tribunal correctionnel de Lyon lui infligea, une nouvelle fois par défaut, cinq ans de prison, 2 000 f d’amende, dix ans de surveillance et cinq ans d’interdiction des droits civils.
De retour à Lyon, Jolly fut arrêté le 29 octobre 1887. Le tribunal correctionnel, réuni pour statuer sur son opposition au jugement du 19 janvier 1883, acquitta purement et simplement l’accusé ; par contre, le 15 février 1888, la cour d’assises refusa de réviser son jugement. Cependant, par décret du 3 avril 1888, le président de la République accorda la remise de la peine infligée le 6 décembre 1882 par la cour d’assises.
Tant de mansuétude éveilla des soupçons dans les milieux anarchistes lyonnais, d’autant que l’attitude de Jolly était suspecte : le 15 février 1888, en sortant du Palais de justice, n’avait-il pas marché dans la ville un long moment avec le commissaire de police Arnaud et l’agent Colomb et ne leur avait-il pas serré la main en les quittant ? Lors d’une réunion privée tenue 4, place Raspail, les compagnons lyonnais de Jolly dressèrent contre lui un véritable réquisitoire. Dès lors il s’éloigna des milieux anarchistes et, en 1894, il était rayé de la liste des anarchistes soumis à la surveillance de la police. Peu après, sur demande de sa femme, Jolly était interné à l’asile psychiatrique de Bron (janvier 1895).
Il était marié et père de deux enfants.

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 4 M 17. — M. Massard, Histoire de mouvement anarchiste à Lyon, 1880-1894, DES, Lyon, 1954. — Le Procès des anarchistes devant la police correctionnelle et la cour d’appel de Lyon, Lyon, 1883.

Maurice Moissonnier, Laurent Gallet

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