HÉRITIER Louis [Dictionnaire des anarchistes]

Par Marianne Enckell

Né à Genève le 19 mars 1862 (ou 1861 ?), mort de phtisie en 1898. Mécanicien, anarchiste puis socialiste.

Louis Héritier, fils d’un marchand de volailles de Genève, était parti très jeune pour Paris où il milita dans le courant blanquiste. Il fut expulsé de France suite à une manifestation sur la tombe de Théophile Ferré, le 7 novembre 1880 à Levallois-Perret.

Lors du meeting du 18 mars 1881 à Genève, où les anarchistes russes parlèrent de la récente exécution du tsar, Louis Héritier aurait déclaré : « Honneur à ceux qui ont tué le tigre couronné qui tenait le peuple russe dans ses griffes. » Entendu par la police, il ne fut pas autrement inquiété.

Au mois d’août, il était un des signataires d’une « petite pancarte rose » protestant contre l’arrêté d’expulsion contre Kropotkine (avec C. Thomachot, G. Herzig, F. Boralay, H. Nicoud, L. Ryss, A. Bongard, Ed. Briffod, E. Mayer, L. Dupraz).

En 1883, suite à l’interdiction d’affichage d’une « grande affiche vermillon rédigée en français et en allemand » appelant à la commémoration de la révolution allemande de 1848 et de la Commune de Paris, les anarchistes distribuèrent un « petit placard sur papier rouge » qui annonçait une réunion publique le 17 mars. L’affichage étant interdit, ils disaient : « nous avons adopté ce moyen de convocation, bien décidés désormais à ne plus rien attendre de l’autorité ».

A la fin juillet toutefois, ils essayèrent à nouveau de coller des affiches lors d’une manifestation de chômeurs, ce qui provoqua une échauffourée devant l’Hôtel-de-Ville de Genève. Héritier fut arrêté avec le journaliste Louis Grussel et l’assistant en médecine Pierre Laquière, russe, et détenu plusieurs jours. Au procès, le 5 septembre, il fut déclaré non coupable ainsi que ses six co-accusés, et libéré immédiatement sous les bravos.

En septembre 1884 encore, la police genevoise le considérait comme un des principaux anarchistes de Genève avec Grave, Perrare, Dumartheray et quelques autres ; "sans moyen d’existence, vit aux crochets des autres anarchistes". Mais il se rangea vite : lié avec le vieux Johann Philipp Becker, après des séjours en Allemagne, il rallia le courant syndical légaliste, puis le Parti socialiste genevois. Député au Grand Conseil genevois, il travailla au secrétariat ouvrier de langue française à Lausanne.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155901, notice HÉRITIER Louis [Dictionnaire des anarchistes] par Marianne Enckell, version mise en ligne le 20 mars 2014, dernière modification le 24 février 2018.

Par Marianne Enckell

SOURCES : Archives fédérales suisses, E21 13905, 14071 et 14072 — Journal de Genève, 28.8.1881, 14.3 et août-septembre 1883, 20 août 1898. — Album photographique des individus qui doivent être l’objet d’une surveillance spéciale aux frontières (Paris, Imprimerie Chaix, septembre 1894). — Marc Vuilleumier, "La naissance du Parti socialiste genevois", in Les origines du socialisme en Suisse romande, Lausanne, AEHMO, 1988.

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