Né à Lyon (3e arr.) le 10 novembre 1862 de père inconnu et de Marie, Philomène Gleizal ; ouvrier tapissier et mécanicien ; marié, père d’un enfant ; domicilié, cours Vitton, à Lyon ; militant anarchiste.

Lors de la condamnation de Dejoux* (25 mai 1882) comme gérant du Droit social, Gleizal s’écria “Vive la Révolution sociale !” Arrêté pour ce fait, il fut remis immédiatement en liberté.
Dans les jours qui suivirent le double attentat à l’Assommoir et au bureau de Recrutement (voir Cyvoct), le commissaire spécial fut informé par un agent provocateur que Gleizal, Pierre Pinoy, Michel Hugonnard, Jean Marie Giraudon et Joseph Bruyère projetaient de faire sauter l’église de Fourvière, la fontaine des Terreaux, l’église Saint-Georges et la cathédrale de Saint-Jean. Le 28 octobre 1882, sur la foi de ces extravagances, 5 mandats d’arrêts furent décernés et Gleizal arrêté le jour même.
Devant l’absence évidente de preuves, la prévention fut modifiée et Gleizal inculpé :
1° d’avoir depuis moins de trois ans à Lyon, ou sur toute autre partie du territoire français été affilié ou fait acte d’affiliation à une association internationale et ayant pour but de provoquer à la suspension du travail, à l’abolition du droit de propriété, de la famille, de la patrie, de la religion, et d’avoir ainsi commis un attentat contre la paix publique,
2° Et d’avoir dans les mêmes circonstances de temps et de lieu accepté des fonctions de cette association ou d’avoir sciemment concouru à son développement soit en recevant ou en provoquant à son profit des souscriptions, soit en lui procurant des adhésions collectives ou individuelles, soit enfin en propageant ses doctrines, ses statuts ou ses circulaires.
Lors des débats, Tressaud* lut une déclaration de principes collective à l’audience du 12 janvier dont Gleizal fut l’un des signataires. Il fut condamné le 19 janvier 1883 à quinze mois de prison, 200 f d’amende et cinq ans de privation des droits civils, peine ramenée en appel à 8 mois de prison et 50 francs d’amende et 5 ans privation et surveillance (voir Bordat T.)
Il fut libéré le 19 septembre 1883, puis bénéficia de l’amnistie.
En 1885, il mena la lutte pour l’abstention aux élections législatives.
Début 1891, il fabriqua et écoula de la fausse monnaie. Il était depuis peu sans ouvrage, son dernier patron ne pouvant plus l’occuper. Le commissaire spécial note qu’il « a bien fait quelques placements de machines à coudre pour le compte du sieur Thimonnier, son ancien patron, ainsi que quelques réparations, mais ces opérations étaient si rares que les bénéfices qu’il en retirait ne pouvaient suffire à ses besoins ». Dénoncé dès février, il fut condamné le 21 mai par la cour d’assises du Rhône à deux ans de prison et 100 f d’amende.
À sa sortie de prison, il s’établit marchand de soldes et fut perquisitionné le 20 novembre 1893, sans résultat.
Le 10 janvier 1896, il rédigea une lettre à Rivaud, préfet du Rhône, dans laquelle il désavouait son passé et déclarait « franchement qu’il n’est plus anarchiste ». Dans les milieux anarchistes, on dénonça sa « trahison » et son rôle provocateur en 1882-1883.

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, série M. Anarchistes, dossiers individuels, 4M306, 4M307, 4M308, 2U433, 2U536 — M. Massard, « Histoire du mouvement anarchiste à Lyon, 1880-1894÷, DES, Lyon, 1954. — Le Procès des anarchistes devant la police correctionnelle et la cour d’appel de Lyon, Lyon, 1883.

Notice complétée par Laurent Gallet

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