Né vers 1862 ; mort en avril 1889 ; anarchiste lyonnais.

Didelin était le petit-cousin de Louise Michel, fils de sa cousine Victoire Rollet. Il aurait appartenu à la fédération révolutionnaire de la région de l’Est, qui, en mars 1881 — c’est-à-dire quelques semaines avant la tenue à Paris du congrès régional du Centre qui marqua la scission entre socialistes et anarchistes — groupait la plupart des anarchistes de la région de l’Est.
L’anarchiste Cyvoct avait lancé en 1882 une campagne antimilitariste qu’il menait dans les réunions publiques organisées par la fédération révolutionnaire ; il incitait les jeunes gens à la grève des conscrits et à la désertion, et les invitait à s’inscrire au bureau de L’Etendard révolutionnaire, journal anarchiste lyonnais. Les noms devaient être tenus secrets jusqu’au moment où les intéressés seraient assez nombreux pour mettre leur projet à exécution. Deux conscrits seulement vinrent s’inscrire : Cyvoct et Didelin.
Didelin fut arrêté le 19 novembre 1882, ainsi que vingt-cinq de ses compagnons, à la suite des violentes manifestations des mineurs de Montceau-les-Mines d’août 1882 et des attentats à la bombe perpétrés à Lyon en octobre 1882, et impliqué dans le procès, dit Procès des 66, qui s’ouvrit à Lyon, devant le tribunal correctionnel, le 8 janvier 1883. Selon l’importance des charges retenues contre eux, l’accusation avait classé les prévenus en deux catégories (voir Bordat). Didelin, prévenu de la 1re catégorie, fut condamné le 19 janvier 1883 à six mois de prison, 50 f d’amende et cinq ans de privation des droits civils. À l’audience, il contesta avoir fait partie de la fédération révolutionnaire : "De même que je ne puis pas être allé dans un endroit qui n’existe pas, de même il est évident que je ne puis pas être affilié à quelque chose qui n’existe pas." Il confirma en revanche avoir préconisé la grève des conscrits.
Les compagnons incarcérés furent en désaccord sur la question de savoir s’ils devaient ou non faire appel. Louise Michel consultée écrivit à Didelin le 30 janvier 1883 :
« Mon cher enfant,
Tu peux dire à notre ami Bernard et à nos autres amis que nous comprenons les motifs qui font agir ceux qui rappellent et ceux qui ne rappellent pas. Nous sommes en des circonstances où ceux qui ont affirmé hautement leurs pensées ont droit à notre confiance, qu’ils fassent donc ce qu’ils veulent. (...)
Ce que nous regrettons c’est que vous n’ayez pas collectivement fait l’un ou l’autre.
Moi, je préférerais qu’on ne rappelât pas, d’autres aussi préféreraient qu’on rappelât. Mais vous avez notre confiance et vous le montrez d’une façon ou l’autre.
Je vous embrasse tous.
Ta cousine, Louise Michel.
À bientôt une longue lettre. »

Les rapports de Didelin avec le mouvement s’aigrirent et il écrivait à sa mère le 8 juin 1883 :
« ... Ils voudraient pouvoir encore se servir de ceux qui peuvent ou accepteraient d’écrire, mais quant à moi, nein, comme dit l’allemand, je veux encore conserver ma dignité et je refuse de m’associer à ces pleureurs [...] Et voilà l’Anarchie, voilà les propres paroles de ceux qui la préconisent, vrai de vrai, j’en ai soupé. »
Didelin ne fit pas appel du jugement. Il fut libéré le 19 juillet 1883.
Il fut enterré le 10 avril 1889 au cimetière de Levallois (Seine).

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 4 M 3 et 4 M 16. Dossier Coindre. — M. Massard, Histoire du mouvement anarchiste à Lyon, 1880-1914, DES, Lyon, 1954. — Le Procès des anarchistes devant la police correctionnelle et la cour d’appel de Lyon, Lyon, 1883. — Louise Michel, Histoire de ma vie, seconde et troisième partie, prés. par Xavière Gauthier, Lyon, PUL 2000. – Louise Michel, À travers la mort, mémoires 1886-1890, prés. par Claude Rétat, La Découverte, 2015.

Notice complétée par Marianne Enckell

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