D’ERLINCOURT Fernande [Fernande, Sidonie Poiret, dite] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Guillaume Davranche

Née vers 1862 ; artiste lyrique ; un temps sympathisante libertaire.

Fernande d’Erlincourt (1883)
Fernande d’Erlincourt (1883)
Le Voleur du 20 avril 1883.

Fernande Poiret arriva de Normandie à Paris avec son père, qui était dans les affaires, en juillet 1882. Avec l’assentiment de son père, elle prit le nom d’Erlincourt, qui était celui de sa grand-mère qui l’avait élevée et qu’elle adorait. Elle prit alors des cours de chant à domicile, au 103, rue du Temple, où elle habitait avec son père.

Elle se fit remarquer par la presse à la suite des événements de l’esplanade des Invalides, le 9 mars 1883 (voir Louise Michel), et fit parler d’elle pendant les quelques mois suivants.

Le 11 mars, elle était au meeting des ouvriers du bâtiment au chômage, salle Rivoli, avec un groupe d’anarchistes qui, mené par Émile Digeon, appela sans succès l’assistance à aller renforcer le rassemblement de protestation place de l’Hôtel-de-Ville. Conseiller municipal et rédacteur à La Lanterne, Yves Guyot s’y opposa. La tribune fut alors envahie par les anarchistes, qui molestèrent le journaliste. Fernande d’Erlincourt les aurait alors encouragé en réclamant qu’on promène la tête de Guyot au bout d’une pique. Une bagarre s’ensuivit, au terme de laquelle Charles Godard*, Léon Jamin* et Fernande d’Erlincourt furent arrêtés par la police. Ces deux derniers bénéficièrent d’un non-lieu, mais Godard et Émile Quinque* furent déférés au parquet.

L’arrestation de Fernande d’Erlincourt, une « jolie femme » aux « ongles roses » selon le reporter du Gaulois, intrigua beaucoup la presse. Il apparut que la jeune femme fréquentait les réunions anarchistes, arborant «  toujours d’immenses chapeaux chargés de plumes rouges », chantait volontiers Marianne et Le Chant des prolétaires, et suivait Émile Digeon dans toutes les réunions et tous les meetings.

Fernande d’Erlincourt fut assez vite renommée. Le Gaulois du 13 mars lui consacra sa rubrique mondaine. Des illustrés publièrent son portrait. Dès le 18 mars, les socialistes niçois, célébrant l’anniversaire de la Commune, lui portèrent un toast, ainsi qu’à Louise Michel et à Paule Mink. Dix jours plus tard, Maxime Lisbonne, businessman avisé, l’engagea comme comédienne aux Bouffes-du-Nord. Elle cessa dès lors de fréquenter le mouvement anarchiste, puis la presse ne parla plus d’elle.

Elle fit ensuite une petite carrière de comédienne, versa dans le boulangisme puis, en 1895, fonda La Maison du soldat au 51, rue de Hauteville, à Paris, œuvre philanthropique qui aidait à la réinsertion des soldats à la sortie du régiment.

Le 24 janvier 1916, elle fut condamnée à deux mois de prison avec sursis et à 2.000 francs d’amende pour détournement de fonds : seuls 11 % des sommes récoltées par la Maison du soldat servaient à aider les militaires démobilisés. Le reste partait dans des œuvres religieuses.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155864, notice D'ERLINCOURT Fernande [Fernande, Sidonie Poiret, dite] [Dictionnaire des anarchistes] par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 2 avril 2014, dernière modification le 23 janvier 2019.

Par Guillaume Davranche

Fernande d’Erlincourt (1883)
Fernande d’Erlincourt (1883)
Le Voleur du 20 avril 1883.

SOURCES : Le Gaulois de mars à juin 1883. — Le Matin du 11 avril et du 6 juin 1884, du 28 janvier 1890, du 10 août 1895 et du 25 janvier 1916. — Le Musée social de juin 1904.

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