Né le 10 avril 1856 à Lyon (IIIe arr.) (Rhône) ; serrurier, 166, rue Cuvier, à Lyon ; militant anarchiste ; membre de la Fédération nationale des syndicats.

Crestin appartint à la Fédération révolutionnaire de la région de l’Est qui, en mars 1881 — c’est-à-dire quelques semaines avant la tenue à Paris du congrès régional du Centre qui, dans le Parti ouvrier, marqua la scission entre socialistes et anarchistes — groupait la plupart des anarchistes de la région de l’Est.
Commença alors pour lui une période fort agitée. Dans la nuit du 14 au 15 janvier 1882, il participa au siège du Réveil lyonnais, ce qui lui valut sa première condamnation, pour tapage nocturne (le 23 février), à 15 f d’amende.
Au début de mai 1882, il fut nommé secrétaire de rédaction du journal Le Droit social et, le 28, il anima la réunion-procès tenue salle de l’Élysée pour juger les magistrats qui venaient de condamner Dejoux (voir ce nom), gérant du journal.
Le 18 juin 1882, lors d’un meeting franco-italien tenu dans cette même salle de l’Élysée, on vit Crestin s’emparer de vive force de la présidence en dépit de l’opposition du commissaire de police, et cette action lui valut, le 20 juillet, une nouvelle condamnation à 11 f d’amende.
Au cours de l’été 1882, devenu gérant de L’Etendard révolutionnaire, il participa à l’organisation de conférences données par Louise Michel, Rouanet et Digeon ; il diffusa lors de ces réunions un article violent intitulé Mort aux voleurs. Le 16 août 1882, en cour d’assises, une nouvelle fois poursuivi en raison de ses fonctions de gérant du journal libertaire, il rétorqua à l’avocat général qui l’accusait d’avoir vécu du produit de la prostitution :Vous venez de prononcer votre arrêt de mort. Arrêté à l’audience, il fut condamné d’une part pour provocation à crimes, meurtres et pillages et d’autre part pour outrage à magistrat, à deux ans de prison et 100 f d’amende et à un an et un jour de prison (peines confondues).
Il purgeait sa peine lorsqu’on le joignit en janvier 1883 à la fournée des anarchistes poursuivis en vertu de la loi Dufaure de 1872 pour reconstitution d’une organisation internationale des travailleurs. Le 19 janvier 1883, le tribunal correctionnel le condamna à trois ans de prison, 500 f d’amende, dix ans de surveillance et cinq ans de privation des droits civils. La cour d’appel de Lyon réduisit cette peine, le 13 mars 1883, à deux ans de prison, 300 f d’amende et cinq ans de surveillance, l’interdiction étant maintenue — voir Bordat T.
Crestin fut libéré le 17 janvier 1886 à la suite d’une grâce présidentielle. À son retour en France, ses liens avec les libertaires semblent s’être distendus. Entre 1888 et 1894, il travailla successivement à l’atelier de construction des tramways de Lyon, chez un fabricant de voitures d’enfant, chez un carrossier et aux ateliers de la Buire.
Désormais, il se consacra exclusivement à des tâches syndicales et en 1890 son syndicat des carrossiers le délégua à la Bourse du Travail de Lyon. En novembre 1893, la police le considérait comme un socialiste révolutionnaire non militant, laborieux et rangé qui a su mériter la considération des personnes avec lesquelles il est en relations. En avril 1894, il introduisit une demande de réhabilitation afin d’obtenir un emploi aux chemins de fer.

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 4 M 2, 4 M 3, 4 M 17. Dossier Crestin. — M. Massard, Histoire du mouvement anarchiste à Lyon, 1880-1899, DES, Lyon, 1954. — Le Procès des anarchistes devant la police correctionnelle et la cour d’appel de Lyon, Lyon, 1883.

Maurice Moissonnier

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