COINDRE Jean Antoine [dit Joanny] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Maurice Moissonnier

Né e 5 mars 1850 à Lyon (Croix-Rousse) ; vernisseur sur bois ; militant anarchiste, puis guesdiste.

Membre de la section de la Guillotière de la fédération révolutionnaire lyonnaise fondée vers 1881 dont la section se réunissait chez Toussaint Bordat*, son activité fut assez considérable. Le 9 novembre 1882, il participait à la manifestation des tisseurs organisée par les groupes libertaires de Lyon et il fut l’un des initiateurs de la grande réunion du 18 novembre 1882 salle de l’Élysée et de la collecte de fonds pour le journal l’Étendard révolutionnaire.

Fin novembre 1882, lors des premières arrestations d’anarchistes, il quitta Lyon et se réfugia en Suisse jusqu’au 6 décembre. De retour, il fut arrêté le 10 et on le déféra en correctionnelle en janvier 1883 avec les anarchistes accusés d’avoir reconstitué une Association Internationale des Travailleurs. Le 19 janvier, il fut condamné à six mois de prison, 50 f d’amende et cinq ans de privation des droits civiques, civils et de famille, jugement confirmé par la cour d’appel de Lyon le 13 mars 1883 (voir Bordat T.)

La détention fut très pénible à Coindre. Dans une lettre à sa femme, le 5 juin 1883, il lui conseillait de ne rien signer de ce qui émanait de la commission de défense des emprisonnés car, disait-il, on cherchait à l’utiliser et à le compromettre : « ... L’on m’a trompé et bien trompé, car je ne suis pas révolutionnaire, ni égorgeur, ni pilleur comme il y en a parmi nous (...). J’ai appris à vivre et à connaître les hommes à mes dépens : j’ai vu qu’ils étaient tous des flibustiers et je te jure sur mon honneur et devant Dieu que je ne me mêlerai plus de politique ni de rien ».

Le 17 juin, il s’adressa au directeur de la prison pour réclamer sa mise en liberté provisoire et lui faire part de ses remords : « J’aurais bien dû me casser la jambe le jour où je me suis lancé dans cette politique ignoble ».

En fait, après sa libération, il surmonta la dépression provoquée par sa détention et, tout en rompant avec les anarchistes, il milita à la Fédération nationale des syndicats (il figure parmi les organisateurs lyonnais du 1er Mai 1890) et au groupe du 3e arr. du Parti ouvrier français. Son activité militante ne fut pas sans conséquence : le 5 avril 1892, le journal l’Action publiait une lettre de protestations où Coindre racontait à quelles tracasseries (provoquant régulièrement la perte de son emploi) la police le soumettait. Il déclarait en conclusion : « Si MM. les policiers croient m’intimider en me traquant chez tous les patrons où je vais pour demander du travail, ils se trompent beaucoup. Je suis socialiste et malgré tous les vilains procédés que l’on pourra employer contre moi, je resterai socialiste. »

Il resta, pour la police qui le surveillait, « un socialiste révolutionnaire convaincu et remuant ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155842, notice COINDRE Jean Antoine [dit Joanny] [Dictionnaire des anarchistes] par Maurice Moissonnier, version mise en ligne le 2 avril 2014, dernière modification le 2 avril 2014.

Par Maurice Moissonnier

SOURCES : Arch. Nat. BB 24/875. — Arch. Dép. Rhône, 4 M 3 et 4 M 16, dossier Coindre. — M. Massard, Histoire du Mouvement anarchiste à Lyon, 1880-1894, DES, Lyon, 1954. — Le Procès des anarchistes devant la police correctionnelle et la cour d’appel de Lyon, Lyon, 1883.

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