BASTARD Élisée, Michel, Joseph [Dictionnaire des anarchistes]

Par Guillaume Davranche

Né le 20 janvier 1871 à Bornel (Oise) ; garçon boucher puis polisseur sur métaux ; anarchiste ; inculpé du « procès des Trente ».

Élisée Bastard (1894)
Élisée Bastard (1894)
Album Bertillon, 1894.

Élisée Bastard était le fils de Joseph Bastard*, chez qui il vivait au 2, rue du Canal, à Saint-Denis. Il aurait également habité Villeneuve-la-Garenne.

Pilier du groupe anarchiste de Saint-Denis, la police le décrivait comme « très militant, ayant des habitudes de déplacement ».

Le 20 février 1891 à Saint-Denis, Élisée Bastard participa à un refus collectif du tirage au sort pour la conscription. Une vingtaine d’anarchistes furent alors raflés par la police, parmi lesquels Thierry Decaen, Élisée Lebrun, Émile Voyez*, Élisée Bastard, Colliaux, Perrin (frère du maire de Saint-Ouen), Hamelin, Segard et plusieurs femmes.

À l’occasion du 1er mai 1891, il fut victime de la vague de répression qui visa les milieux anarchistes, et subit une condamnation.

Par la suite il se réfugia brièvement à Londres, où il retrouva son père.

En 1892, il fut condamné à six jours de prison pour vol d’un beefsteak chez son patron. Il fut alors embauché aux carrières de Varangéville (Meurthe-et-Moselle), où il travailla dans le service de Paul Reclus*. Sur le chantier, il fit de la propagande révolutionnaire et fit la connaissance de l’anarchiste belge Désiré Pauwels*, dont il partagea la chambre.

En août 1893, il fut candidat abstentionniste dans la 2e circonscription de Saint-Denis. Le 1er janvier 1894, son domicile fut perquisitionné. En mars, il était détenu à la prison de Mazas.

Du 6 au 12 août 1894, il comparut devant la cour d’assises de Paris dans le cadre du « procès des Trente », qui s’annonçait comme le « procès de l’anarchisme », une opération à grand spectacle qui devait être le point d’orgue de la répression engagée suite à la vague d’attentats de 1892-1894.

Les inculpés – dont cinq jugés par contumace – devaient répondre de l’accusation d’affiliation à une prétendue association de malfaiteurs. Pour discréditer les prévenus, on avait mêlé quelques affaires de droit commun au procès politique.

Les 25 inculpés qui comparurent étaient : Sébastien Faure, Jean Grave, Julien Ledot*, Charles Chatel*, Gustaf Aguéli*, Élisée Bastard, Paul Bernard*, Georges Brunet*, Gabriel Billon*, François Soubrié*, Pierre Daressy*, Albert Tramcourt*, Raoul Chambon*, Joseph Molmeret*, Félix Fénéon*, Armand Matha, Léon Ortiz*, Orsini Bertani*, Paul Chiericotti* (ou Chericotti), Annette Soubrié*, François Liégeois*, Toinette Cazal*, Marie Milanaccio*, Victorine Belloti*, Louis Belloti*.

Les cinq absents étaient : Paul Reclus, Constant Martin*, Émile Pouget, François Duprat*, Alexandre Cohen*.

Tous étaient accusés de s’être affiliés à « une association formée dans le but de préparer ou de commettre des crimes contre les personnes ou contre les propriétés, ou d’avoir participé à une entente établie dans le même but. » Ortiz et Chericotti étaient en outre accusés de vols qualifiés commis en 1892 et en 1893 ; Liégeois, Bertani, Louis Belloti, Victorine Belloti, Marie Milanaccio et Antoinette Cazal étaient accusées de recel ; enfin, Félix Fénéon était accusé d’avoir détenu des engins explosifs ou des substances pouvant servir à les composer.
Pendant huit jours, le « procès des Trente » passionna la France. La presse s’était cependant vue interdire d’avance de reproduire les paroles prononcées par Jean Grave et Sébastien Faure, au prétexte d’empêcher un acte de propagande anarchiste.

En dehors de plusieurs vols imputés à la « bande Ortiz », pour lesquels quelques pièces à conviction purent être produites, l’avocat général Bulot ne put faire citer aucun témoin à charge. Le procès tourna à la confusion des pouvoirs publics, et presque tous ceux qui avaient comparu furent acquittés. « Polichinelle avait battu le commissaire », pour reprendre les mots du journaliste Henri Varennes.

Seules subirent une condamnation : Ortiz (quinze ans de travaux forcés), Chericotti (huit ans de travaux forcés), Bertani (six mois de prison et 16 francs d’amende pour port d’armes prohibées). Les contumax furent condamnés le 31 octobre suivant à vingt ans de travaux forcés. Cependant, la loi d’amnistie votée le 31 janvier 1895 annonçait l’apaisement, et ceux qui le voulurent purent être rejugés et acquittés.

En 1895, Élisée Bastard militait toujours à Saint-Denis.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155805, notice BASTARD Élisée, Michel, Joseph [Dictionnaire des anarchistes] par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 28 mars 2014, dernière modification le 26 juin 2014.

Par Guillaume Davranche

Élisée Bastard (1894)
Élisée Bastard (1894)
Album Bertillon, 1894.

SOURCES : La Révolte du 23 mai 1891 — La Presse du 21 février 1891 et du 22 août 1893 — Journal des débats du 15 juillet 1894 et du 7 au 13 août 1894 — Jean-Paul Brunet, Saint-Denis la ville rouge 1890-1939, Hachette, 1990 — Constance Bantman, « Anarchismes et anarchistes en France et en Grande-Bretagne, 1880-1914 : Échanges, représentations, transferts », thèse en langues et littératures anglaises et anglo-saxonnes, Paris-XIII, 2007.

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