BAGUET Jean [dit Jean Bayet] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Maurice Moissonnier, notice complétée par Dominique Petit

Né le 18 février 1847 à Buxières-les-Mines (Allier) ; cordonnier ; anarchiste lyonnais.

Jean Baguet était marié, sans enfant. Venu de Moulins (Allier), il s’installa à Lyon vers 1880.
En 1881, il était membre de la section de la Guillotière de la Fédération révolutionnaire (voir Joseph Bernard).
En février 1882, il était membre du conseil d’administration de l’organe de la Fédération révolutionnaire, Le Droit social.
En mars 1882, il présidait la commission exécutive de la grève des cordonniers lyonnais, relayée par Le Révolté. L’hebdomadaire indiquait qu’il fallait envoyer les secours financiers au café Laverrière, 8, rue de la Barre. Baguet habitait alors 6, rue Clos-Suiphon à Lyon (Rhône).
Le 25 mai, en compagnie de Toussaint Bordat et de Soubie, il colla l’affiche « Mort aux voleurs » dans plusieurs quartiers de Lyon.
Le 18 juin, lors d’une réunion publique franco-italienne organisée par les anciens compagnon de Garibaldi, il invita les citoyens de toutes nationalités à se joindre aux anarchistes et proposa de faire une collecte pour Dejoux. Dans cette réunion, il cria « Mort aux tyrans ! A bas les frontières ! Plus d’armée ! Vive la Révolution ! ».
Le lendemain, il distribua dans une réunion interne de la Fédération Révolutionnaire, l’affiche « Mort aux voleurs ». Au cours de cette réunion il fut désigné pour faire partie d’une commission de 5 membres qui devait s’adjoindre au groupe Marie Ferré pour organiser les conférences de Louise Michel et d’Émile Digeon.
Le 16 août 1882, Bayet assistait à la réunion publique organisée par la Fédération révolutionnaire, salle de la Perle à la Croix-Rousse, sous le titre de Tribunal Révolutionnaire, protestant contre la condamnation prononcée, le même jour, par la Cour d’assises du Rhône, contre Crestin et Bonthoux. A cette réunion présidée parPautet, ouvrier serrurier, Crestin, arrêté à l’audience fut condamné pour avoir adressé des menaces de mort à l’avocat général. On y préconisa la propagande par le fait et recommanda l’emploi du poignard, de la dynamite et des aiguilles empoisonnées. Le président de la république, les ministres, les généraux et toute la bourgeoisie en général, furent traités de voleurs et de bandits et après avoir demandé aux conscrits de refuser le service militaire, Cyvoct proposa et fit voter un arrêt de mort contre les juges et les jurés ayant condamné Crestin et Bonthoux.
Le 4 octobre 1882, Bayet assistait à la Croix-Rousse à la réunion publique des tisseurs, dans laquelle une manifestation à l’Hôtel de ville fut décidée, pour forcer la municipalité à prendre des mesures pour parer à la crise qui atteignait l’industrie du tissage. Boriasse qui était secrétaire du bureau proposa aux ouvriers, comme seul remède efficace d’aller prendre ce qui leur était nécessaire chez ceux qui possédaient.
Le 3 octobre 1882, lors de la réunion d’une commission de soutien aux victimes de la répression, il proposa d’éditer une affiche contenant un appel à la réorganisation de la Fédération révolutionnaire.
Le 6 octobre 1882, il assistait à la réunion privée des groupes anarchistes qui se tenait 108 rue Garibaldi. Il fut décidé de faire paraître en attendant la réapparition de l’Etendard révolutionnaire, un numéro exceptionnel, faisant connaître les causes de sa suspension. Ce projet avorta.
Le 21 octobre 1882, il accompagnait Émile Gautier, venu donner une conférence, lorsque celui-ci fut arrêté en gare de Vaise. Le soir même, il se rendit au meeting de Villefranche où Gautier était attendu, pour donner les raisons de son absence. C’était le début de la vague d’arrestations ordonnée suite aux événements de Montceau-les-Mines, en août 1882, et à l’attentat de L’Assommoir, en octobre 1882 (voir Cyvoct).
La répression s’abattant sur la Fédération Révolutionnaire, Baguet fit partie, avec Boriasse et André Courtois, du dernier noyau militant encore en liberté.
Dans les jours suivants, Courtois fut arrêté, tandis que Boriasse se réfugiait en Suisse, Baguet passait à la clandestinité.
Le 18 novembre 1882, un mandat d’amener fut délivré à son encontre, pour affiliation à l’Internationale.
Le 19 novembre 1882, à 6h du matin, la police perquisitionna à son domicile 6 Clos Suiphon et ne trouva que sa femme qui ne l’avait pas vu de puis le veille. La perquisition n’amena aucune découverte.
Le 17 janvier 1883, il fut arrêté en sortant d’une réunion à l’Élysée. Un inspecteur de police l’avait reconnu comme l’un des orateurs, bien qu’il ai coupé sa barbe. Il déclara qu’il n’avait jamais quitté Lyon. « J’attendais, déclara-t-il, la fin du procès pour savoir les condamnations. Si elles avaient été trop fortes, j’aurais émigré à Genève ; dans le cas contraire, je me serais constitué prisonnier. Maintenant que me voilà pris, j’aurai tout au moins la satisfaction de n’avoir pas fait de prison préventive. »
Bien qu’arrêté, il fut condamné par défaut, le 19 janvier 1883, à cinq ans de prison, 2 000 francs d’amende et cinq ans de privation des droits civils dans le cadre du Procès des 66 (voir Toussaint Bordat).

Il fit opposition au jugement et, en appel, le 13 février 1883, sa peine fut réduite à un an de prison, 100 francs d’amende et cinq ans de privation des droits civiques.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155801, notice BAGUET Jean [dit Jean Bayet] [Dictionnaire des anarchistes] par Maurice Moissonnier, notice complétée par Dominique Petit, version mise en ligne le 4 avril 2014, dernière modification le 16 janvier 2018.

Par Maurice Moissonnier, notice complétée par Dominique Petit

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 4M3 et 2U434 — Le Révolté de mars 1882 — Le Journal des débats du 20 janvier 1883 — Le Procès des anarchistes devant la police correctionnelle et la cour d’appel de Lyon, Lyon, 1883 — Marcel Massard, Histoire du Mouvement anarchiste à Lyon, 1880-1894, DES, Lyon, 1954 — notes de Guillaume Davranche et Marianne Enckell.

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