Anarchiste ; animateur du Syndicat des hommes de peine.

Jean-Baptiste Louiche était, en 1886-1887, militant à la Ligue des antipatriotes (voir Tortelier). Il fut un des orateurs du grand meeting de la Ligue, le 18 septembre 1887 à la salle Favié, à Paris, aux côtés de Tennevin*, Bebin*, Prolo*, Gouzien*, Devertus* et Georges Brunet*.
En octobre 1887, Louiche reprit l’animation de la Chambre syndicale des hommes de peine créée l’année précédente par Leboucher*. Il en rédigea alors les statuts, d’inspiration fédéraliste et antiparlementaire. L’article 1 signalait que celle-ci avait pour but de « rallier, unir sans distinction de sexe, de nationalité, de profession, tout ceux qui font œuvre utile de leur habileté, de leurs muscles ou de leur intelligence, tous ceux, en un mot, qui travaillent au profit des riches oisifs, des banquiers spéculateurs, des dirigeants ». L’article 2 stipulait : « Considérant que le mode d’organisation syndicale hiérarchique et autoritaire est abusif et préjudiciable au principe de solidarité qui doit nous unir, il ne sera point créé de comité central ni de conseil d’administration dans le sein de la chambre syndicale. » Quant à l’article 6, il prévenait : « La politique ou tout acte politique sont et demeurent interdits dans le sein de la Chambre syndicale. Elle pourra se fédéraliser avec d’autres sociétés dont le but est analogue quant aux revendications sociales, mais pour aucun motif, elle ne s’affiliera aux sociétés faisant de la politique. »
Jean-Baptiste Louiche fut rejoint dans cette œuvre par Auguste Viard*, Murjas*, Pennelier* et Duplessis*. Début 1888, le Syndicat des hommes de peine regroupait une douzaine de sections et, selon la police, 20 militants actifs et environ 200 adhérents. L’historien Jean Maitron y vit avant tout un groupe anarchiste dont le faux-nez syndical avait pour fonction d’obtenir un local à la bourse du travail de Paris. Toutefois, il permit un rapprochement entre les anarchistes et le mouvement syndical, notamment grâce à une campagne commune contre les bureaux de placement au printemps 1888. Après cette date, l’organisation ne fit plus que vivoter jusqu’en 1892, année de sa disparition.
De mai 1887 à mars 1888, Louiche fut également un des rédacteurs de L’Autonomie individuelle, sous-titrée « revue mensuelle des idées an-archiques » et considérée comme un des premiers journaux individualistes. Ce titre, « au nom de la liberté, combattait le communisme, même libertaire ». La revue, administrée par Charles Schaeffer*, aurait eu pour principaux rédacteurs Lucas*, Carteron et Deherme*.

SOURCES : Emile Darnaud, Radical ou anarchiste ? éd. de La Révolte, 1888 — Notes de Guy Malouvier — René Bianco, « Un siècle de presse anarchiste… », op. cit. — Constance Bantman, « Anarchismes et anarchistes en France et en Grande-Bretagne, 1880-1914 », thèse soutenue à l’université Paris-XIII, 2007.

Guillaume Davranche, Rolf Dupuy

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