FOURCADE Henri [Pierre, Henri, Raymond, dit] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Maurice Moissonnier, notice revue par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

Né le 24 décembre 1889 à Pau (Basses-Pyrénées), mort le 5 octobre 1974 à Saint-Sorlin-en-Bugey (Ain) ; ébéniste ; anarcho-syndicaliste.

Pendant la Première Guerre Mondiale, Henri Fourcade fut membre du Comité de défense syndicaliste (CDS, voir Paul Véber), qui structurait la minorité pacifiste et révolutionnaire de la CGT.

En 1919 il s’installa à Lyon et fut délégué (minoritaire) du syndicat des scieries mécaniques au congrès confédéral de la CGT tenu à Lyon du 15 au 21 septembre 1919. Il fut également délégué au congrès tenu à Orléans du 27 septembre au 2 octobre 1920 où les minoritaires se révélèrent être majoritaires dans le Rhône.

Henri Fourcade s’affirma ensuite comme le leader des comités syndicalistes révolutionnaires (CSR) du Rhône. Membre de la commission exécutive de l’union départementale (UD), il fut élu, le 4 janvier 1921, secrétaire de l’UD, en remplacement du majoritaire Million par 56 voix contre 23 à Peneaud (majoritaire), et 19 à Garnier (un autre minoritaire). Cette élection confirmait le retour de l’UD du Rhône aux fondamentaux révolutionnaires qui avaient été les siens jusqu’en 1918 (voir Henri Bécirard).

En février 1921, Henri Fourcade fut l’un des signataires du « Pacte » qui liait entre eux les syndicalistes révolutionnaires « purs » et anarchisants (voir Pierre Besnard). Il fut délégué au congrès de Lille, 23-24 juillet 1921, puis à la conférence des CSR tenue à Paris le 31 octobre. Peu après, il fut un des administrateurs du Syndicaliste révolutionnaire, organe du comité central des CSR, mais de fait placé sous le contrôle de la tendance dite « anarcho-syndicaliste » par ses détracteurs.

Les 22, 23 et 24 décembre 1921, Fourcade participa au congrès extraordinaire des CSR, réuni pour envisager les mesures à prendre après les mesures d’exclusion prises par le comité confédéral. Il fit partie de la douzaine d’émissaires qui se rendirent Rue Lafayette pour tenter une ultime négociation avec Jules Lapierre afin d’éviter la scission confédérale. En vain. Henri Fourcade et l’UD du Rhône passèrent alors à la CGTU.

Se classant dans la tendance Besnard*, il fut, dès avril 1922, critiqué pour sa gestion par les communistes, et donna sa démission de secrétaire. Redevenu simple militant, il reprit un emploi dans une scierie et continua de mener campagne en faveur « du syndicalisme révolutionnaire que représente la CGTU et contre l’adhésion à l’ISR » (AD du Rhône 4M260). Il reprit cependant bien vite son poste de secrétaire de l’UD unitaire (UDU).

Le congrès régional de la CGTU tenu à Villeurbanne le 18 juin 1922 fut nettement dominé par les « anarcho-syndicalistes ». Fourcade fit voter une motion en faveur de l’indépendance syndicale et contre l’ingérence de la IIIe Internationale, et favorisa l’élection de son ami Dannacher, du syndicat de l’habillement, à la tête de l’UDU du Rhône.

Lors du Ier congrès de la CGTU, tenu à Saint-Étienne du 25 juin au 1er juillet 1922, Henri Fourcade fut délégué par 7 syndicats lyonnais, dont 2 (sculpteurs et ébénistes) votèrent Monmousseau et 6 (tapissiers, cheminots du réseau Est, sciage mécanique, peintres-plâtriers, pianos et orgues et menuisiers) votèrent Besnard. Après la victoire de la tendance Monmousseau, Fourcade rassura publiquement la nouvelle majorité de la CGTU sur les intentions de la minorité « anarcho-syndicaliste » : « Ne vous faites pas d’illusions. Vous nous trouverez toujours derrière vous. N’ayez pas peur. Vous affirmez ce soir que vous ferez de l’action syndicale. Votre action syndicale n’aura pas de meilleurs défenseurs que nous. Mais n’en faites pas d’autre. »

Les 15, 16 et 17 octobre 1922, Henri Fourcade siégea au comité confédéral national (CCN) de la CGTU au titre de l’UDU du Rhône. Il s’y montra un opposant tenace du bureau confédéral. Le lendemain, il cédait son poste de secrétaire de l’UDU à Théophile Leclair*. Il resta néanmoins un des principaux animateurs de l’UDU, puisqu’il la représenta de nouveau au CCN des 4 et 5 mars 1923, avec Leclair cette fois.

Le Rhône restait un des bastions « anarcho-syndicalistes » de la CGTU. Lors du 2e congrès de l’union régionale unitaire, le 5 août 1923 à Villeurbanne, la motion Pontal* l’emporta par 65 voix contre 24 à la motion présentée par les communistes.

Du 16 au 18 août 1923, Fourcade fut délégué au congrès de la Fédération unitaire de l’ameublement, à Paris. Il déposa une motion condamnant les « commissions syndicales » communistes au nom de la Charte d’Amiens, et n’obtint que 14 voix contre 25 à une motion Bisch*.

Du 12 au 17 novembre 1923, Henri Fourcade fut délégué par les ébénistes, les tapissiers, les céramistes et le sciage mécanique de Lyon au congrès confédéral CGTU de Bourges. Il s’y classa dans la minorité « anarcho-syndicaliste ».

L’assassinat des ouvriers anarchistes Clos* et Poncet*, le 11 janvier 1924, provoqua au sein de la CGTU une crise majeure entre communistes et anarcho-syndicalistes. L’UDU du Rhône pencha de plus en plus ostensiblement vers la scission (voir Pierre Pontal). Plusieurs syndicats lyonnais se désaffilièrent de leurs fédérations, tout en restant adhérents de l’UDU, ce qui créait une situation non irrégulière.

Lors du 3e congrès régional CGTU, en juin 1924, le délégué confédéral accusa la direction de l’UDU d’être favorable « à l’autonomie et à une nouvelle scission ouvrière ».

Après que le congrès de l’UDU, en novembre 1924, ait refusé de se conformer aux statuts confédéraux en clarifiant la situation des syndicats autonomes, la CGTU accorda la reconnaissance exclusive à une nouvelle UDU, formée le 14 décembre 1924 par les communistes.

L’UDU anarcho-syndicaliste se retrouva alors entièrement dans l’autonomie. À son congrès du 8 février 1925, elle se rebaptisa Union des syndicats autonomes du Rhône et forma une union régionale avec les syndicats autonomes et minoritaires restés à la CGTU dans la Loire, la Saône-et-Loire, l’Ain, l’Isère, la Drôme, l’Ardèche, la Savoie et la Haute-Savoie. L’Union des syndicats autonomes du Rhône conserva les locaux historiques du 86, cours Lafayette à Lyon. Pierre Pontal* en fut le secrétaire, et Fourcade son représentant au conseil d’administration de la bourse du travail de Lyon.

Les 31 octobre et 1er novembre 1926, lors du congrès de l’Union des syndicats autonomes à Villeurbanne, sous la présidence de Pierre Besnard, Henri Fourcade plaida pour la constitution d’une « troisième CGT » fidèle à l’esprit d’avant-guerre. Les 13 et 14 novembre, il fut délégué au congrès extraordinaire de la Fédération autonome du bâtiment, à Lyon, qui se prononça également pour une troisième CGT. Enfin, les 15 et 16 novembre, il présida le congrès de l’Union fédérative des syndicats autonomes qui approuva la création de cette nouvelle organisation, baptisée CGT syndicaliste révolutionnaire (CGT-SR). Pressenti pour en être le secrétaire général, il déclina l’offre, « ne se sentant pas la force de mener cette dure tâche à bien », et céda la place à Lucien Huart. Il fut néanmoins membre de la commission administrative et gérant de l’organe confédéral, Le Combat syndicaliste jusqu’à la fin de 1928.

À l’occasion de son congrès du 23 janvier 1927, l’Union des syndicats autonomes du Rhône se rebaptisa 8e Union régionale de la CGT-SR, et Fourcade effectua des tournées de propagande dans la région avec Huart pour constituer de nouveaux syndicats

Le 28 avril 1927, Fourcade posa sa candidature au poste de secrétaire de la bourse. Au premier tour, il arriva en tête avec 34 voix, devant le candidat de la CGTU Voillot et le confédéré Wadoff. Après que Voillot se fut retiré « pour battre un adversaire de l’Union et des unitaires », le confédéré réunit 46 voix contre 36 à Fourcade et fut élu. Fourcade dénonça alors cette manœuvre qui, selon lui, visait « un vrai syndicaliste : confédérés et unitaires se laissent subjuguer par les partis politiques pour jeter par-dessus bord les vrais syndicalistes ».

À l’approche des années 1930, Henri Fourcade vit son influence décliner. En 1937 il était toutefois le secrétaire du Comité pour l’Espagne libre de Lyon (voir Louis Lecoin). Il semble qu’il ait également collaboré au journal La Révolte publié à Bordeaux par Aristide Lapeyre* en 1935-1936.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155660, notice FOURCADE Henri [Pierre, Henri, Raymond, dit] [Dictionnaire des anarchistes] par Maurice Moissonnier, notice revue par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy, version mise en ligne le 10 mars 2014, dernière modification le 1er avril 2014.

Par Maurice Moissonnier, notice revue par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

SOURCES : État civil de Pau ― Arch. Nat. F7/13014, rapport du 28 février 1922 — Arch. PPo. 296 — Arch. de l’UD-CGT du Rhône — Arch. de la bourse du travail de Lyon — Le Semeur, organe de la bourse du travail de Lyon, mai 1927 — Arch. Monatte : Syndicalisme révolutionnaire et communisme, Maspero, 1968 — Le Libertaire, 1921 — — L’Humanité des 17, 18 et 19 août 1923 — La Voix du Travail, 1926 — Claire Auzias, Mémoires libertaires, Lyon 1919-1939, L’Harmattan, 1993 ― Boris Ratel, « L’anarcho-syndicalisme dans le bâtiment de 1919 à 1939 », mémoire de maîtrise en histoire, université Paris-I, 2000.

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