BALMIGÈRE Paul, Achille, Noël

Par Jean Sagnes

Né le 25 décembre 1908 à Camplong d’Aude (Aude), mort le 6 juin 1988 à Montpellier (Hérault) ; ouvrier agricole ; dirigeant communiste de l’Aude et de l’Hérault ; prisonnier de guerre rapatrié sanitaire en mai 1942, revint à Camplong, dans la clandestinité début 1944 ; résistant dans l’Hérault sous le nom de « Marcel », vice-président du comité départemental de Libération ; membre du comité central du PCF (1959-1964) ; député de l’Hérault (1962-1968, 1973-1986) ; maire de Béziers (1977-1983).

[Assemblée nationale]

Paul Balmigère, dont le père Joseph Balmigère* était socialiste jusqu’en 1920 puis adhéra à la IIIe Internationale, fut trésorier du syndicat des ouvriers agricoles de Camplong (Aude) en 1924, à l’âge de seize ans. En 1925, il constituait, dans sa commune natale, le premier groupe de Jeunesses communistes et en devenait le secrétaire puis il adhéra au Parti communiste en 1927. Jusqu’en 1938, P. Balmigère résida dans son village natal où il militait dans le syndicat des ouvriers agricoles et au sein de la cellule communiste. Il fut notamment licencié en 1934 pour fait de grève. Il était également membre du rayon de Lézignan-Corbières. Après l’afflux d’adhésions au PCF au cours du 1er semestre 1936 et la décentralisation de ce rayon en trois nouveaux rayons, il devint secrétaire du rayon de Fabrezan en juin 1936. Deux mois plus tard, la direction de la région communiste Aude-Hérault le proposait pour suivre la première école interfédérale qui eut lieu à Alès. Sorti de cette école dans un bon rang et remarqué par le directeur, Étienne Fajon*, P. Balmigère alla suivre pendant un mois, en novembre de la même année, à Montreuil, l’École centrale paysanne. Classé premier à la sortie de cette seconde école, il fut à nouveau proposé pour une troisième école : l’École centrale de six mois qui s’ouvrit en février 1937 et qui fut la première de ce type et de cette durée à avoir lieu en France. À la sortie de cette dernière école, il revint dans son village natal et reprit son métier d’ouvrier agricole mais ne put trouver de travail régulier. Il était alors membre du comité de la région Aude-Hérault. À partir du 22 août 1937, il fut secrétaire du comité départemental de l’Aude au sein de la région du Parti communiste pour ces deux départements et il fut chargé du passage en Espagne via Carcassonne et Axat (Aude) des volontaires des Brigades internationales. En octobre 1937, il fut candidat du PC dans le canton de Lézignan (Aude). C’est alors que se posa la question du remplacement du secrétaire régional Philomen Mioch* envoyé en Espagne. P. Balmigère devint membre du bureau régional et responsable de la rédaction de l’hebdomadaire régional, Le Travailleur du Languedoc, en mars-avril 1938. Pour remplir ses nouvelles fonctions, il vint résider à Béziers (Hérault), siège de la région. En novembre 1938, il devenait premier secrétaire de la région Aude-Hérault, puis en décembre de la même année, secrétaire de la région de l’Aude. Du 21 au 23 janvier 1939, il fut délégué à la conférence nationale de Gennevilliers du Parti communiste.

Mobilisé en août 1939, Paul Balmigère fut fait prisonnier en juin 1940 et passa trois années en Allemagne, notamment en Silésie. Après avoir, par deux fois et sans succès, tenté de s’évader, il réussit à se faire rapatrier comme sanitaire au cours de l’année 1943. Il revint à Camplong où il reprit contact avec le PC qui l’envoya dans le département de l’Hérault. Il fut à nouveau un des dirigeants de la région Aude-Hérault du PC et son représentant au sein du comité régional de Libération à partir de sa constitution au printemps de 1944 sous le pseudonyme de « Marcel ». Il devint vice-président du comité de Libération du département de l’Hérault.

À la Libération, il fut membre du secrétariat fédéral de la Fédération de 1946 à 1951. En 1945, il était élu conseiller municipal de Montpellier et conseiller général du canton de Frontignan. Il fut également vice-président du conseil général de l’Hérault. Au moment des grandes grèves ouvrières de l’automne 1947, qui furent particulièrement importantes dans l’Hérault, P. Balmigère fut arrêté à Montpellier et molesté par la police. Mais la pression populaire fut telle que le soir même, le préfet donnait l’ordre de le libérer. Il n’en fut pas moins traduit en justice pour « entraves à la liberté du travail » et condamné. Un an plus tard, il devait soutenir un nouveau procès en tant que directeur de l’hebdomadaire de la Fédération communiste de l’Hérault, Le Travailleur du Languedoc, pour un article paru dans ses colonnes.

En 1951, il fut appelé dans la région parisienne d’abord comme directeur adjoint de l’École centrale de quatre mois du PCF ensuite comme directeur de l’École centrale d’un mois. À la fin de 1951, il s’installait à Saint-Denis car il venait d’entrer au secrétariat d’Auguste Lecœur*, secrétaire à l’organisation du PCF. Il demeura à ce poste jusqu’en 1954. De cette date à 1958, il fit partie du secrétariat de François Billoux*, membre du bureau politique du PCF. Ses activités l’amenèrent alors à suivre la marche des Fédérations communistes du Jura et de l’Aisne.

En 1958, Paul Balmigère revenait dans l’Hérault, à Montpellier, occuper le poste de premier secrétaire de la Fédération communiste, poste qu’il conserva jusqu’en 1962, date de son élection à l’Assemblée nationale. Il devint alors membre du secrétariat fédéral du PCF jusqu’en 1976, puis du bureau fédéral. En novembre 1958, lors des élections législatives, il était candidat dans la 2e circonscription de Montpellier : Montpellier-Lodève. Il obtint 8 986 voix soit 14 % des inscrits et arriva en troisième position derrière le candidat MRP et le candidat indépendant. Le XVe congrès du PCF, tenu à Ivry-sur-Seine, en juin 1959, l’élut au comité central. À ce titre, il suivit à nouveau la marche de plusieurs Fédérations communistes dont celle des Pyrénées-Orientales.

En novembre 1962, lors des élections législatives, il fut candidat dans la circonscription de Béziers-Bédarieux. Arrivé largement en tête de tous les candidats de gauche au premier tour de scrutin avec 12 298 voix (19,5 % des inscrits), il battit au second tour le député sortant UNR par 21 747 voix contre 20 291. Il fut invalidé quelque temps après sur requête de son adversaire mais l’élection législative partielle de juin 1963, fut pour lui un triomphe : 23 090 voix contre 14 743 au candidat UNR. En 1967, il était réélu député au second tour avec 28 567 voix contre 21 858. Au sein du groupe parlementaire communiste, il fut alors un des spécialistes des questions de la viticulture. Pour mieux accomplir son mandat de parlementaire, il abandonna sa responsabilité de membre du comité central du PCF au XVIIe congrès, en mai 1964. Mais lors des élections législatives anticipées de juin 1968, il perdit son siège de député de quelques centaines de voix face à un nouveau candidat UDR. Au début de 1971, aux élections municipales, il dirigea la liste d’union de la gauche qui affrontait la liste de droite conduite par le député UDR. Au second tour de scrutin, il fut élu avec trois autres de ses colistiers mais la liste UDR l’emportait avec 23 élus. Un an plus tôt, il avait été élu conseiller général d’Agde. En mars 1973, lors des élections législatives, il reprit son siège de député contre son adversaire UDR par 29 465 voix (53,5 % des suffrages exprimés) contre 25 610. Au premier tour, il avait obtenu 18 103 voix (33,3 %). Trois ans plus tard, en 1976, il était réélu conseiller général du canton d’Agde. Depuis le 3 octobre 1973 et jusqu’en mars 1979, date à laquelle un autre conseiller communiste le remplacera dans cette fonction, Paul Balmigère sera vice-président du conseil général de l’Hérault. Il est aussi depuis le 3 janvier 1974 secrétaire du conseil régional du Languedoc-Roussillon. Il est l’auteur de la seule loi, dite Loi Balmigère, que le groupe communiste à l’Assemblée nationale ait pu faire voter durant la période 1971-1974. Cette loi du 18 octobre 1974 accorde la semaine de 40 heures et le paiement des heures supplémentaires aux ouvriers agricoles, exclus jusque-là du bénéfice de la loi de 1936. Paul Balmigère est un des signataires de la proposition de loi tendant à créer un Office national interprofessionnel du vin enregistré à la présidence de l’Assemblée nationale le 25 avril 1975. En octobre 1975, il était nommé rapporteur sur l’Office du vin à l’Assemblée nationale.

Le 13 mars 1977, lors du premier tour des élections municipales, la liste d’union de la gauche qu’il dirigeait obtint 36 162 voix sur 74 451 suffrages exprimés soit près de 49 % des voix. Le 20 mars, au second tour de scrutin, il battait le ministre Pierre Brousse, maire sortant par 21 087 voix (55,5 %) contre 16 845 et devenait maire de Béziers. Cette victoire eut un retentissement national. Cette nouvelle responsabilité accrut encore l’intense activité que P. Balmigère déployait, depuis des années, dans le département de l’Hérault, dans les départements voisins notamment lors des rassemblements de viticulteurs et même dans de nombreux départements ruraux où il était appelé fréquemment à donner des réunions. Aux élections législatives de mars 1978, il obtint, au premier tour, 21 845 voix et 34,14 % des suffrages exprimés soit 3 742 voix et 0,8 % de plus qu’en 1973. Il fut réélu au second tour avec 34 791 voix (52,83 % des suffrages exprimés). À celle du 14 juin 1981, il obtint 18 702 voix au premier tour et fut réélu au second avec 33 536 (56,04 % des suffrages exprimés). Paul Balmigère ne fut pas réélu maire lors des élections municipales de 1983 perdues par la gauche et perdit son siège de député en 1986.

Marié à Camplong (Aude) le 20 août 1929 avec Camille Sans, puis à Alès (Gard) le 12 mars 1971 avec Yvonne Delmas, il mourut d’une crise cardiaque à Montpellier le 6 juin 1988.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article15565, notice BALMIGÈRE Paul, Achille, Noël par Jean Sagnes, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 25 mars 2017.

Par Jean Sagnes

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Photo Cercle populaire Joseph Lazare, Béziers
Photo Cercle populaire Joseph Lazare, Béziers

SOURCES : Le Travailleur du Languedoc, 1936-1939 et 1944-1976. — La Marseillaise du Languedoc et Le Midi Libre, 1953-1977. — Journal Officiel, 18 octobre 1974 et 25 avril 1975. — F. Glaubauf, « Mon travail à l’école d’Arcueil du PCF », Cahiers d’Histoire de l’Institut Maurice Thorez, n° 35, 2e trim. 1974. — Entretien avec Paul Balmigère le 20 juillet 1973 à Agde. — L’Humanité, 7 juin 1988. — Le Monde, 8 juin 1988. — RGASPI, dossiers du Komintern au nom de Paul Balmigère (495 270 4207) mais le dossier a été transmis au RGANI (archives d’État) où il ne sera consultable que 75 ans après sa mort. — Arch. comité national du PCF.

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