Né le 22 septembre 1859 à Charolles (Saône-et-Loire) ; ouvrier imprimeur ; anarchiste individualiste.


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Fruit d’une union adultérine, selon Malato, Gabriel Cabot grandit à Chalon-sur-Saône où il fut apprenti ébéniste avant d’apprendre la typographie. A l’adolescence, fuyant les foudres paternelles, il partit sur le trimard avec une troupe de forains.
Il travailla comme typographe à l’Imprimerie nationale du 23 février 1886 à la fin décembre 1887, et fut remercié en raison de la propagande anarchiste qu’il faisait dans l’établissement.
Il fut ensuite gérant d’une imprimerie située 62, rue des Marais, à Paris 10e, puis 33, rue des Trois-Bornes, à Paris 11e, qui mettait sous presse sortait La Révolte de Jean Grave. Le local était loué au nom de Paul Reclus*, et le matériel appartenait à Élisée Reclus qui l’avait acheté et qui fournissait les fonds nécessaires à son fonctionnement. Selon Cabot, la presse aurait été acquise à Londres par des nihilistes qui l’auraient introduite en Russie, puis elle avait été convoyée en Suisse, puis à Paris.
En 1889, Gabriel Cabot, qui habitait 145, quai de Valmy, était le trésorier du Comité de secours aux familles et détenus politiques, dont le secrétaire était Benoit Morel. Il diffusait à la même époque la brochure La Défense et le procès de Pini.
Lors des élections législatives de 1889, Gabriel Cabot imprima divers manifestes abstentionnistes. Il participa à la préparation et assista au congrès anarchiste international qui se tint les 1er et 8 septembre 1889 salle du Commerce, à Paris, et fut arrêté le 22 septembre, au moment où il placardait une affiche abstentionniste sur les murs de la mairie du 10e arrondissement.
Le 29 octobre 1889, dans une réunion tenue 13 rue de Clignancourt, il déclara, à propos de la préparation du 1er mai 1890 et des meetings en plein air : « Il en sort toujours quelque chose, notamment des actes individuels. Et puis lorsqu’une grande masse de populo se porte sur un même point, la moindre chose peut produire l’étincelle qui donnerait le signal des événements graves. » Aussi, à l’approche de la date fatidique, l’imprimerie des Trois-Bornes redoubla d’activité, employant quatre compositeurs au lieu d’un habituellement, pour réaliser les différentes affiches relatives au 1er mai.
Le manifeste « Vive la grève générale » signé du groupe La Revanche des mineurs et celui intitulé « Pourquoi les travailleurs sont-ils malheureux ? » se terminant par « Vive la grève générale », attribué à Tortelier*, sortirent des presses de l’imprimerie.
En conséquence, Cabot fut ciblé par la répression qui précéda le 1er mai. Deux militants italiens, Merlino et Petraroja*, furent arrêté par la police le 26 avril 1890 à alors qu’ils distribuaient des tracts anarchistes intitulés « Aux soldats ». Il fut démontré qu’ils avaient été imprimés chez Cabot, qui fut arrêté à son tour avec ses deux typographes, Dumont et Victor Vinchon*. La perquisition à l’imprimerie permit de découvrir une affiche, « 1er mai », également préparée par Merlino et un manifeste commençant par « Prolétaires » et signé « Imprimerie anarchiste, Londres ». Tous furent inculpés pour « provocation de militaires à la désobéissance » et « incitation au meurtre et au pillage ». Cabot fut mis en liberté le 3 mai.
Il se réclama très tôt de l’individualisme, à une époque où celui-ci n’était pas encore une doctrine. Dans ses Mémoires, Jean Grave écrivit de lui qu’il pouvait affirmer « sans rire, ne devoir jamais aller à un rendez-vous, parce que ça aurait été aliéner sa liberté ». Le jugeant trop proche de Pierre Martinet, le responsable de La Révolte préférera, après la vague d’arrestations du 1er mai, confier l’impression de La Révolte à quelqu’un d’autre.
Soulevant un vice de procédure, Cabot et Vinchon refusèrent de se présenter devant les assises de la Seine le 19 juillet. Ils furent condamnés par défaut à deux ans de prison, à 3.000 francs d’amende. Seul Dumont se présenta à l’audience et fut condamné à trois mois et à cinquante francs. Sur opposition, le 30 août, la peine de Cabot fut ramenée à trois mois et cinquante francs, et Vinchon fut acquitté.
Entre-temps, durant l’été 1890, Cabot avait été cosignataire, aux côtés de Bernhart*, Coudry, Liard-Courtois, Duffour, Jules Millet*, Paul Reclus*, Siguret et Joseph Tortelier, d’un appel pour la création d’un quotidien anarchiste, paru dans Le Révolté du 31 août 1890. Toujours en août, il avait imprimé le placard « L’Immolation de Saint-Étienne » suite à la mort de 150 mineurs de la Loire dans un accident.
Cabot purgea sa peine à Sainte-Pélagie, où il retrouva Ernest Gegout* et Malato. Ce dernier le décrivit ainsi : « Doué d’une intelligence très vive, mais rebelle aux emballements, observateur froid et consciencieux, il avait la déduction précise et tranchante. Toujours à l’affût d’une idée, lorsqu’il l’attrapait au vol, il la déshabillait, la retournait, la vidait, la disséquait, ne faisant grâce à son entourage, ni d’une tare, ni d’un détail obscur. [...] Ce déductif, maître de son sujet — jamais il n’entrait dans la mêlée que sûr de la valeur de ses armes — dominait toutes les cordes vocales grâce au puissant jeu d’orgue qui meublait son gosier et lançait une mitraille d’arguments dont la sonorité effarait et mettait en fuite les plus résolus d’entre nous. »
Sorti de prison, Gabriel Cabot monta une nouvelle imprimerie au 49, rue des Maronites, d’où sortirent un grand nombre de brochures et d’affiches.
Le 25 avril 1891, il fut poursuivi avec Berthault, gérant du Père Peinard, pour un manifeste publié quatre ans auparavant et fut condamné par défaut à deux ans de prison et à 3.000 francs d’amende.
Le 9 décembre 1891 il participa, salle du Gros-Bœuf (rue Greneta), à la première réunion du groupe Les Peinards (voir Tresse).
Comme de très nombreux compagnons, tant à Paris qu’en banlieue et en province, il fut victime d’une arrestation préventive le 22 avril 1892, avant la manifestation du 1er mai.
A l’été 1892 il aurait monté une imprimerie avec notamment Brunel, et diffusa le manifeste « Fête du 14 juillet » qu’il aurait reçu du groupe L’Avant-Garde de Londres (voir Portfolio).
Gabriel Cabot collabora à La Revue libertaire de Charles Chatel* et Henri Gauche*, qui sortit 5 numéros entre décembre 1893 et février 1894.
Le 1er janvier 1894, lors de la vague de répression qui suivit l’attentat d’Auguste Vaillant* à la Chambre des députés, il fut perquisitionné et arrêté, avant d’être relâché. Il demeurait alors, 12 rue Piat, à Paris 20e, sous le nom de Volleker (qui était celui de sa maîtresse). De nombreuses brochures furent saisies lors de la perquisition de son imprimerie, rue des Maronites.
Cabot collabora ensuite au quotidien individualiste La Renaissance, que Pierre Martinet sortit de décembre 1895 à juillet 1896, à l’aide très vraisemblablement de fonds policiers. En novembre 1895, il fut également été l’auteur d’un article contre le communisme dans le journal L’Esprit d’initiative, du même Martinet.
A l’automne 1899, il était membre d’un groupe individualiste comprenant une vingtaine de compagnons dont Devaldès*, Pierre Martinet, A. Katsner et Eugène Renard.
D’avril à août 1901 Gabriel Cabot figura parmi les collaborateurs de l’organe individualiste L’Homme fondé par Eugène Renard et Raoul Alas Luquetas, et que dans l’Entre-deux-guerres Henri Zisly* taxera d’« individualisme bourgeois » dans Le Semeur.

SOURCES : Arc. Nat. F7/12508 — APpo BA 80, BA 1491, BA 1498 , BA 1506 — Arc. de Paris D.2U8 262 et 263 — La Révolte, année 1889, 31 août et 6 septembre 1890 — La Presse du 1er septembre 1890 — Malato-Gegout, Prison fin-de-siècle, Charpentier & Fasquelle, 1891 — Le Père Peinard, 27 juillet et 7 septembre 1890, 26 avril et 3 mai 1891, 8 mai 1892 — Le Semeur du 3 mars 1926 — René Bianco, « Un siècle de presse… », op. cit. — Jean Grave, Quarante ans de propagande anarchiste, Flammarion, 1974.

Guillaume Davranche, Rolf Dupuy, Dominique Petit

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