BOISSON Louis, Célestin [Dictionnaire des anarchistes]

Par J. R., Antoine Olivesi et Jean-Luc Pinol, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

Né le 4 septembre 1885 à Alais (Gard) ; ouvrier plâtrier ; syndicaliste révolutionnaire, puis anarcho-syndicaliste.

Militant syndicaliste dans le Gard, Louis Boisson fut contraint de quitter ce département où il était boycotté par le patronat local. Il se rendit alors dans la Drôme, puis dans le Nord, où il fut adhérent quelque temps au Parti socialiste. Il fit partie de la délégation du Nord au congrès du PS à Nîmes, en février 1910.

En 1911, avec Malachanne, il était secrétaire du comité intersyndical à la bourse du travail d’Alais.

En 1912-1914, Louis Boisson fut, avec Roueste, le reconstructeur des syndicats du bâtiment de Marseille, en dissidence de la fédération du Bâtiment. Devenu secrétaire du syndicat du bâtiment avec l’appui de la direction fédérale, il se montra très actif. Il anima la grève générale contre la guerre le 16 décembre 1912, ainsi que de nombreuses grèves à Aix et à Marseille, notamment celle, victorieuse, des menuisiers de cette ville pour la journée de 9 heures et un meilleur salaire, grève qui dura cent vingt jours, de mai à août 1913. Il était membre de la commission du journal L’Ouvrier syndiqué et devint archiviste de l’UD des Bouches-du-Rhône, après le congrès constitutif de cette dernière, en mai 1913.

Au congrès fédéral du Bâtiment tenu à Paris du 13 au 17 avril 1914, Rouzoul fit son éloge en ces termes : « À Marseille, si nous étions forcés de changer nos fonctionnaires, nous ne le pourrions pas : nous n’avons pas d’homme capable de les remplacer. Ainsi, nous avons Boisson, homme d’une scrupuleuse honnêteté, d’une sincérité à toute épreuve. Boycotté pour son action syndicale dans son pays, il est venu à Marseille combattre à côté de Roueste et de moi-même. Qu’est-il arrivé ? Le syndicat des plâtriers de Marseille, dont il faisait partie, s’est entendu avec les patrons, qui l’ont boycotté parce qu’il était fédéré et confédéré ! Et vous voudriez que nous nous séparions d’un camarade qui, du matin au soir, se sacrifie pour l’organisation syndicale, victime de son zèle, boycotté par les patrons ? Vous voudriez qu’en reconnaissance de tout ce qu’il a fait pour nous, nous lui disions : « Va chercher ton pain ailleurs ! » »

En liaison amicale avec les anarchistes, Louis Boisson fut l’un des défenseurs du Théâtre social et assista, en mai 1913, à une réunion avec les groupes libertaires espagnols et italiens de Marseille.

Au printemps 1914, Boisson dirigea la grève des charpentiers de haute futaie à la suite de laquelle il fut arrêté, avec deux autres syndicalistes, au mois de juillet. Il était incarcéré à la prison Chave lorsque la guerre éclata, alors qu’un meeting en sa faveur avait rassemblé le 25 juillet, 1 000 personnes à la bourse du travail.

Boisson était, en 1919 secrétaire du syndicat du Bâtiment des Bouches-du-Rhône. Il participa alors, du 20 mars au 14 avril, aux grèves du bâtiment, de la métallurgie et des constructions navales à Marseille dont l’objectif principal était l’obtention de la journée de huit heures. Boisson fit partie de la délégation ouvrière qui négocia les accords avec les patrons. Ces derniers acceptèrent la sentence arbitrale du 22 avril qui établissait l’application par échelons de la journée de huit heures à partir du 12 mai. Le 1er mai, Boisson avait participé à un meeting en faveur de la IIIe Internationale.

Se classant dans la minorité révolutionnaire de la CGT, il fut élu secrétaire de l’UD des Bouches-du-Rhône au congrès d’Arles les 6 et 7 septembre 1919.

Au début de 1920, Boisson appartenait également au Groupe d’études sociales de Marseille, et faisait partie de ces anarchistes qui estimaient nécessaire de soutenir le gouvernement bolchevik pour soutenir la Révolution russe. Un rapport de police du 10 septembre 1919 le qualifiait même de « bolcheviste convaincu ».

En février 1920 il se prononça, avec François Mayoux*, pour la grève générale. En mai, il imputa l’échec de celle-ci à la direction confédérale de la CGT. Radicalisé, il poussa les syndicats du bâtiment de Marseille à scissionner d’avec la CGT, et le 17 août 1920, à constituer la Confédération des travailleurs du monde (CTM) dont le siège se trouvait à la salle n° 6 de la bourse du travail de la rue de l’Académie. Louis Boisson fut nommé secrétaire à la propagande du bureau provisoire dont les autres membres étaient Raymond Péricat (secrétaire général), Mortimer Louy (secrétaire administratif), Groubier (trésorier) et Alfred Galland (trésorier adjoint). En parallèle il adhéra à la IIIe Internationale.

En juillet 1921, il participa, à Moscou, au Ier congrès de l’Internationale des syndicats rouges (ISR), où il plaida pour le neutralisme syndical. Le 31 août, il rendit compte de son voyage à une réunion des Jeunesses communistes de Salon-de-Provence et fit appel à la solidarité des ouvriers français avec les Russes victimes de la famine.

La CTM se fondit dans la fédération du Bâtiment CGTU en avril 1922.

Le 11 septembre, Louis Boisson fut élu secrétaire de l’UD unitaire (UDU) par 6 voix contre 5 (Arch. Nat. F7/12976). Casanova fut élu secrétaire adjoint, Pécastaing* trésorier, et Rousseau trésorier adjoint. L’UDU des Bouches-du-Rhône ne tarda pas à se classer dans la tendance Besnard*. Les 15, 16 et 17 octobre 1922, Boisson la représenta au conseil national de la CGTU, et s’y opposa à la politique du bureau confédéral Monmousseau.

En janvier-février 1923, il prit part à la campagne contre l’occupation de la Ruhr.

En juillet 1923, Boisson représenta le syndicat du Bâtiment de Marseille au congrès de la Fédération unitaire du Bâtiment. Il y fut, avec Couture*, Lecoin*, Boudoux, Lorduron* et Salvator*, l’un des orateurs principaux de la majorité « anarcho-syndicaliste ». Tenant de l’indépendance du syndicalisme, il se heurta à Teulade*, devenu communiste.

Au sein de l’UDU des Bouches-du-Rhône, la lutte était vive entre les anarcho-syndicalistes emmenés par Boisson, et les communistes de Paul Bonnet. Au congrès départemental d’octobre 1923, les communistes tentèrent, sans succès, de mettre Boisson en minorité.

Du 12 au 17 novembre 1923, Louis Boisson fut délégué (minoritaire) au congrès confédéral CGTU de Bourges par les peintres de Nice, le bâtiment de Salon-de-Provence, le bâtiment et les allumettiers d’Aix-en-Provence, les maçons de Tarare, le spectacle de Toulon, les tonneliers, les coiffeurs et les dockers de Marseille.

En janvier 1924, Boisson fut élu membre suppléant du comité national de la fédération du Bâtiment, bastion anarcho-syndicaliste au sein de la CGTU.
En mai 1924, Boisson participa, dans le cadre de la campagne pour l’amnistie intégrale, à un meeting avec Germaine Berton*, à Marseille.

Lors du congrès départemental tenu à Arles le 8 octobre 1924, il perdit le secrétariat de l’UDU des Bouches-du-Rhône. Les communistes eurent la majorité par 22 voix contre 10 à la tendance Boisson et 4 à une tendance autonome. La gestion de Boisson fut très critiquée, et notamment le rapport financier qui, malgré un actif de 3 100 francs ne laissa apparaître qu’une somme de 40 francs en caisse. Bonnet prit alors la tête de l’UDU.

Lors du congrès fédéral du Bâtiment à Lyon, en juin 1925, il fut un des protagonistes essentiels du congrès qui choisit de s’orienter vers « l’autonomie provisoire ». Parmi les partisans de l’indépendance syndicale qui venaient de rompre avec la CGTU, deux tendances s’affrontaient. Celle de Julien Le Pen souhaitait, par souci d’efficacité, réaliser la « fusion immédiate » avec les confédérés. Boisson s’y opposa : « Je suis persuadé, estimait-il, que si nous rentrions à la CGT, nous serions étouffés par les rouages administratifs et bureaucratiques. » La motion qu’il déposa préconisait « l’autonomie provisoire ». Elle fut signée par Vagneron et Simon de Besançon, Boudoux et Juhel* de Paris, Pastergue et Malgloire d’Alais. Le scrutin fut serré : la motion Le Pen obtint 29 voix, celle de Boisson 30 ; il y eut trois abstentions.

À l’issue du congrès, un secrétariat fut formé. Boisson en fut secrétaire permanent avec Louis Barthe*, proche de Le Pen. Juhel et Boussion furent secrétaires adjoints.

Dans La Voix du travail d’octobre-novembre 1926, parut l’appel « Pour le regroupement de nos forces » qui préconisait la création d’une 3e CGT, authentiquement syndicaliste révolutionnaire. L’appel était cosigné de Huart* et Besnard (UFSA), Leroy (Fédération autonome des coiffeurs), Boisson, Juhel et Andrieux* (Fédération autonome du bâtiment).

L’année suivante, le débat rebondit ; Le Pen se montrait hostile à toute nouvelle division au sein du syndicalisme mais Boisson était partisan de la création d’une troisième CGT. La Fédération autonome du bâtiment se prononça officiellement pour cette option lors de son congrès de Lyon, les 13 et 14 novembre 1926. Le lendemain, la CGT-SR fut créée et elle adhéra aussitôt à l’Association internationale des travailleurs (AIT). Boisson fut adhérant de cette nouvelle centrale de 1926 à 1938 au moins ; il fut membre de la commission administrative de la CGT-SR et gérant de son périodique Le Combat syndicaliste de 1928 à 1932.

En 1927, Louis Boisson servait de boîte aux lettres à la Fédération des groupes anarchistes italiens en France et participait au secrétariat du comité d’immigration de l’Union syndicale italienne (USI). Selon la police il aurait participé à la rédaction du numéro unique de l’organe de ce comité, Guerra di classe (Paris, 1er mai 1927) dont le gérant était Courtinat*.

En 1930, Boisson milita un temps, bref, à l’Union anarchiste communiste révolutionnaire (UACR). Lors du congrès de l’UACR en 1930, il se déclara favorable à une large union des anarchistes.

En 1938, il était de nouveau gérant du Combat syndicaliste. C’est à ce titre que, 12 décembre 1938, il fut condamné par la 12e chambre du Tribunal correctionnel à 4 mois de prison et 400 francs d’amende, pour « provocation de militaires à la désobéissance » au moment des pourparlers de Munich.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155636, notice BOISSON Louis, Célestin [Dictionnaire des anarchistes] par J. R., Antoine Olivesi et Jean-Luc Pinol, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy, version mise en ligne le 7 mars 2014, dernière modification le 26 janvier 2019.

Par J. R., Antoine Olivesi et Jean-Luc Pinol, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

SOURCES : Arch. Nat. F7/13567, 13602, 13586 et 13652 — Arch PPo GA/L13 ― AD des Bouches-du-Rhône M 6/3412, M 6/3851 (rapport de police du 20 juillet 1913) et 3852 ; M 6/4476 (Denis Boisson), M 6/8321 et 8322 (rapport du 7 août 1920), M 6/8340 (rapport du 12 novembre 1922), M 6/10801 (rapports des 5 et 6 mai, 11 août 1922, 24 septembre et 25 octobre 1924), M 6/10810 (rapport du 5 mai 1913), M 6/10811 (rapport du 24 avril 1923), M 6/11379 ; XIV M 24/46 (rapport du 14 mars 1920), XIV M 24/61 (rapport du 2 avril 1925), XIV M 25/45 (rapports du 17 décembre 1912 et du 17 mars 1913), XIVM 25/46 et 48 (rapport du 13 mai 1913), XIV M 25/51 (rapp. du 10 septembre 1919) et 55 (rapp. du 28 février 1920) — AD du Gard 1M756 ― Compère-Morel, Grand Dictionnaire socialiste, p. 75 ― Compte rendu du congrès de Nîmes ― Le Petit Provençal, 24 avril 1913, 21 juillet 1914, 2 mai et 14 décembre 1919 — L’Ouvrier syndiqué, années 1913-1914 — Le Travailleur du Bâtiment, mars 1924 — La Voix du Travail, 1925-1926 — comptes-rendus du IXe congrès de la Fédération unitaire du Bâtiment, 1923 et du Xe congrès, Lyon, 1925 — Rouge-Midi, 7 juillet 1934 — Samuel Jospin, « La CGT-SR à travers son journal Le Combat syndicaliste 1926-1927 », mémoire de maîtrise, Paris-I, 1974 — René Bianco, « Le Mouvement anarchiste à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône de 1880 à 1914 », thèse, université d’Aix-en-Provence, 1977 — « Souvenirs de Martial Desmoulins » in Bulletin du CIRA, Marseille, n°19-20, mai 1983 ― Témoignages de César Matton et de Frédéric Roux-Zola — Boris Ratel, « L’anarcho-syndicalisme dans le bâtiment en France entre 1919 et 1939 », mémoire de maîtrise d’histoire sociale, université Paris-I, 2000.

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