ALLEGRÉ [Dictionnaire des anarchistes]

Par Maurice Moissonnier, notice révisée par Guillaume Davranche

Ouvrier du bâtiment ; anarcho-syndicaliste.

Militant du Syndicat unique du bâtiment (SUB) de Lyon, Allegré fut, le 18 décembre 1924, candidat de l’UD-CGTU anarcho-syndicaliste au secrétariat de la bourse du travail de Lyon. Face à lui se trouvaient Champouret, candidat de l’UD-CGTU communiste, et Trivery, candidat de l’UD-CGT.

Au 1er tour, Allegré arriva en dernière position avec 16 voix contre 24 à Champouret et 19 à Trivery. Ce dernier, cependant, se désista en sa faveur : « Allegré est contre les partis politiques à la bourse du travail tandis que Champouret représente la candidature du Parti communiste », expliqua-t-il. Au 2e tour, 36 voix se portèrent sur Allegré contre 20 à Champouret.

Allegré devint dès lors la cible d’une violente campagne de dénigrement des communistes, qui l’accusaient d’avoir été élu avec les voix des réformistes.

Le 8 février 1925, l’UDU anarcho-syndicaliste, qui n’était plus reconnue par la CGTU, passa officiellement à l’autonomie. Le SUB et Allegré y furent affiliés.

En 1925, Allegré dirigea un comité d’action syndicaliste contre la guerre inspiré par les Jeunesses syndicalistes du Cartel autonome du Bâtiment, mis en place pour faire pièce, sur une base syndicaliste révolutionnaire, à la campagne du PCF contre la guerre du Rif.

Le 17 décembre 1925, il ne se représenta pas au poste de secrétaire de la bourse du travail. Le candidat de l’UD autonome fut Théophile Leclair*, et il fut élu dans les mêmes conditions qu’Allegré un an auparavant.

Les 15 et 16 novembre 1926, lors du congrès fondateur de la CGT-SR à Lyon, Allegré fut élu à la commission administrative de la nouvelle confédération. Le 17 novembre, il présidait le meeting de présentation de la CGT-SR à la mairie du 6e arrondissement.

Le 18 novembre, Allegré fut candidat de la CGT-SR au secrétariat de la bourse du travail. Il recueillit, au 1er tour, 31 voix contre 25 à l’unitaire Cleyet et 24 au confédéré Chapuis. Au 2e tour, les confédérés se reportèrent sur Cleyet, qui rassembla 40 suffrages contre 29 à Allegré. Cette fois, c’était un communiste qui était élu avec les voix des réformistes, ce que la CGT-SR ne manqua pas de dénoncer.

Le 12 décembre 1926, la tension éclata brutalement : communistes et anarcho-syndicalistes s’affrontèrent à la bourse du travail à coups de barres de fer et de bancs – un poêle à charbon en combustion fut même jeté dans l’escalier, menaçant de mettre le feu à l’établissement.

Le 27 juillet 1927, une commission d’enquête, nommée par le nouveau conseil d’administration de la bourse du travail, accusa Allegré d’avoir détourné de l’argent à son profit. Quelques mois plus tôt, un violent conflit l’avait opposé au secrétaire de la bourse, Leclair, à propos de l’habilitation du syndicat unitaire des boulangers. Allegré soutenait en effet l’affiliation d’un syndicat des boulangers confédéré jugé totalement moribond. Le 7 janvier 1927, le désaccord avait dégénéré en un échange public de coups entre Allegré et Leclair.

Attaqué sans relâche par des adversaires aussi nombreux que divers, Allegré disparut de la bourse après que le syndicat confédéré des boulangers, qui l’avait délégué au conseil d’administration fut remplacé, le 3 août, par le syndicat unitaire.

En février 1935, le syndicat des plâtriers-peintres de Lyon désigna, pour le représenter au conseil d’administration de la bourse, un nommé Allegré, habitant 7, rue Moncey. Était-ce le même ? Il semble bien. Les anciens militants du Cartel autonome du Bâtiment ont conservé de lui l’image d’un homme « qui lisait parfois jusqu’à quatre heures du matin ». Il se retira près d’Issoire.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155624, notice ALLEGRÉ [Dictionnaire des anarchistes] par Maurice Moissonnier, notice révisée par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 28 mars 2014, dernière modification le 28 mars 2014.

Par Maurice Moissonnier, notice révisée par Guillaume Davranche

SOURCES : Arch. bourse du travail de Lyon — Le Semeur, organe de la bourse du travail de Lyon, décembre 1924, novembre 1926, janvier-août 1927, février 1935 — La Voix du Travail, octobre-novembre 1926 — Interview de militants du Cartel autonome du Bâtiment de Lyon (1923-1936) — Claire Auzias, Mémoires libertaires, Lyon 1919-1939, L’Harmattan, 1993 — Boris Ratel, « L’anarcho-syndicalisme dans le bâtiment en France entre 1919 et 1939 », mémoire de maîtrise d’histoire sociale, université Paris-I, 2000.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément