DRUELLE [dit Sabin] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche

Ouvrier électricien ; mouchard chez les anarchistes.

Orateur anarchiste connu dans la capitale, Druelle était, en 1884, secrétaire du groupe Les Misérables, à Grenelle. En octobre il fut l’un des initiateurs du périodique Terre et Liberté (voir Antoine Rieffel).
Durant l’année 1884, il fut l’un des principaux protagonistes de l’agitation parmi les chômeurs, se distinguant par ses outrances. Le 16 juin 1884, il interpella Eudes et Guesde dans un meeting où était évoquée la Commune de 1871 : « Ceux qu’on fusillera les premiers, s’écria-t-il, ce ne sera pas les bourgeois, ce sera les chefs de la Commune ! ».

Le 23 novembre 1884, il prononça un discours très violent au grand meeting des ouvriers sans travail à la salle Lévis, dont la sortie se transforma en émeute (voir Pierre Naudet).
Ayant été accusé d’être un agent provocateur par Le Cri du peuple et L’Intransigeant, son cas fut examiné par un jury d’honneur composé de personnalités appartenant aux diverses fractions socialistes. Il fut établi que Druelle était entré au service de la police le 30 décembre 1883, qu’il avait pris comme nom de code « Sabin », du nom du saint de ce jour, et touchait 300 francs par mois de la préfecture de police. Le verdict fut publié dans Le Cri du peuple du 29 novembre 1884. Quelques heures plus tard, Druelle était arrêté par la police – une façon classique d’exfiltrer un mouchard « brûlé ».

Les groupes anarchistes demandèrent des preuves au jury d’honneur, qui les lui donna (L’Intransigeant du 2 décembre 1884). Un militant du groupe Les Misérables, Hémery-Dufoug*, que Druelle avait particulièrement surveillé, fut admis au sein du jury d’honneur au titre des groupes anarchistes.

Les 22 et 23 janvier 1885, Druelle comparut, avec d’autres (voir Pierre Naudet), devant les assises de la Seine pour son discours du 23 novembre à la salle Lévis. Le Figaro le présenta comme « beau garçon et beau parleur ». Il fut condamné à deux mois de prison et à 100 francs d’amende.
Dans son livre Les Anarchistes, Jacques Prolo* raconta brièvement l’épisode Druelle. Les archives de la Sûreté contiennent effectivement des rapports d’indicateur signés « Sabin » pour toute l’année 1884.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155547, notice DRUELLE [dit Sabin] [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 12 avril 2014, dernière modification le 23 janvier 2019.

Par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche

SOURCES : Arch. PPo BA/73. — Le Matin du 24 au 26 novembre 1884, puis des 23 et 24 janvier 1885. L’Intransigeant du 30 novembre 1884. — Le Figaro et Le Gaulois du 23 janvier 1885. — Jean Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste en France, tome I, Gallimard, 1975.

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