Né le 1er novembre 1905 à Saint-Hilaire (Canada), mort le 22 février 1960 à Paris ; enseignant, peintre ; anarchiste.

Depuis 1937, il était enseignant à l’École du meuble de Montréal, chargé de former des artisans. Il y développait une pédagogie peu conforme avec le conservatisme ambiant au Québec. Il fit la connaissance de Pierre Gauvreau (frère de Claude), étudiant de l’École, qui lui présenta d’autres étudiants contestataires : Fernand Leduc, Françoise Sullivan, Thérèse et Jeanne Renaud.
Il rencontra Claude Gauvreau* à l’occasion d’une exposition surréaliste. Il suivait les travaux de Marcel Barbeau* et Jean-Paul Riopelle*. Fin 1944, ce noyau fut rejoint par Magdeleine Arbour, Muriel Guilbault, Bruno Cormier, Marcelle Ferron, Maurice Perron, Jean Paul Mousseau*, entre autres. Le groupe des Automatistes se constitua avec une démarche qui fut proche de celle des Surréalistes en France.
Les Automatistes, composés d’une quinzaine d’artistes, furent une formidable expression de liberté, dans la parenthèse violemment réactionnaire et cléricale de la "grande noirceur" sous la gouvernance de Duplessis, de 1944 à 1959. L’influence surréaliste, incontestable, ne les empêcha pas d’élaborer leur propre philosophie artistique et politique. Leur art participait à la critique de l’ordre et de la morale bourgeoises de la société québécoise. Le conservatisme artistique et de l’enseignement furent aussi des cibles pour le groupe. Loin des méthodes appliquées à la création et aux apprentissages, le sensible, la spontanéité, le "surrationnel", l’émotion... sont privilégiés comme préalables à "l’autocritique qui suit le geste intuitif, inconscient, qui fournit la matière à l’œuvre et juge cette matière au fur et à mesure qu’elle apparaît", selon Claude Gauvreau.
Du point de vue politique, un rapprochement eut lieu avec les communistes québecois du Parti ouvrier progressiste, mais Borduas les jugea trop à droite. S’il considérait le marxisme comme une explication rationnelle de l’histoire, il pensait aussi qu’il supprimait l’importance de la passion d’une plus grande liberté ; "La vie sans passion est inconcevable", disait-il. De leur côté, Riopelle et Leduc, en France, assistèrent aux réunions et polémiques de groupes surréalistes pro-communistes opposés à Breton, et s’en écartèrent. Le texte "Rupture inaugurale" (1947), appuyé par Breton, marqua un clivage fort parmi les Surréalistes et inspirera les Automatistes. Riopelle participa à une polémique avec les communistes québecois, et dans le même temps, Borduas rédigea durant l’hiver 1947- 48, le texte "La transformation continuelle" où l’on trouvait les premiers signes tangibles de rapprochements avec les idées anarchistes. Cette évolution fut préalable à la rencontre avec le militant anarchiste, Alex Primeau*. C’est ainsi que ce groupe d’artistes se rapprocha de l’anarchisme à un moment de son histoire. Le 8 août 1948, le manifeste automatiste "Refus global" fut publié à 400 exemplaires et fit l’effet d’une bombe. Il marqua profondément l’histoire des idées au Québec et ses influences libertaires furent indiscutables. Mais ses attaques contre la puissante Eglise romaine scandalisèrent et isolèrent le groupe artistique dans la société canadienne. Borduas fut suspendu de ses fonctions à l’école du meuble. Par la suite, alors que le groupe des Automatistes se délitait, il perdit son enthousiasme à prolonger son engagement politique et artistique, tout en continuant à créer.
Il fut marié à Gabrielle Goyette le 11 juin 1935. Le couple eût un fils (Paul) et deux filles (Janine et Renée) avant de se séparer en 1951. Paul-Emile Borduas quitta le Québec en 1953

SOURCES : Mathieu Houle-Courcelles, Sur les traces de l’anarchisme au Québec, éditions Lux, Québec, Mars 2008.

Mathieu Houle-Courcelles, Daniel Vidal

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