ANDRIEUX Marie, épouse TEISSIER [ou Andrieu ; dite DE SAINT-REMY Marie, dite Romanoff] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice révisée par Rolf Dupuy et Françoise Morel Fontanelli

Née le 13 juillet 1851 (ou le 30 juin 1858 ?) à Saint-Remy-de-Provence (Bouches-du-Rhône) ; somnambule et cartomancienne, spirite et occultiste ; anarchiste individualiste ; fondatrice du journal Le Christ anarchiste.

Marie Andrieux, épouse Teissier, vécut d’abord à Marseille où en 1872 elle aurait été condamnée pour « escroquerie ». En 1885 elle y publia Le journal d’Outre-tombe. Son mari Claude Marius, ouvrier chaudronnier à l’usine Mouraille de Toulon, décéda à Toulon où ils résidaient, le 2 septembre 1890, la laissant veuve avec quatre enfants, deux filles, deux garçons qui en 1893 avaient respectivement 19, 15, 12 et 8 ans.

En 1892, elle figurait parmi les souscripteurs du journal anarchiste Le Parti Ouvrier (Saint-Jean-du-Var, 2 numéros, 15 et 25 juin 1892) dont l’administrateur était Joseph Babinger, ouvrier à l’arsenal de Toulon, dont elle allait devenir la compagne vers 1893. Installée à Toulon, elle prit le nom de Marie de Saint-Rémy et y subsistait en vendant les remèdes qu’elle fabriquait elle-même. Elle y publia une feuille intitulée Le Gambetta (Toulon, 1893) puis Le Jugement dernier (1893-1894) avant d’y fonder l’organe Le Christ anarchiste (Toulon, 12 numéros de juin 1895 à janvier 1897), sous-titré « Revue universelliste. Organe scientifique, politique, philosophique, occultiste, justicier », dont le gérant fut son compagnon Babinger puis Henri Alban et auquel collabora notamment sa fille Emma Teissier ainsi que des « rédacteurs posthumes venus de l’au-delà » tels Emile Henry, Vaillant, Charlotte Corday, Jésus Christ, etc... Ce journal fut dénoncé par les anarchistes et en particulier par Les Temps Nouveaux qui écrivirent qu’il était « rédigé sous l’inspiration d’une dame qui dit la bonne aventure aux imbéciles » (10 août 1896).

En septembre 1893, elle s’installa à Marseille successivement au 36, rue Tapis-Vert et 14, rue Colbert où elle hébergea entre autres Albrand et Riemer. Le 20 octobre 1893, Marie de Saint-Rémy fut condamnée par le Tribunal correctionnel de Marseille à un mois de prison pour menace. En effet, elle menaça par écrit le chef de gare à Saint-Charles à Marseille de faire sauter la gare. D’après elle, on aurait refusé de prolonger la durée de validité du billet de son fils, parti pour Toulon avec un billet aller-retour et décidant au dernier moment de repousser son départ. Les employés de la gare se seraient montrés fort grossiers lorsqu’ils lui réclamèrent le supplément. Son avocat maître Guien plaida l’absence d’intégrité de ses facultés intellectuelles et l’irresponsabilité. Elle fut condamnée à un mois de prison pour avoir menacé de détruire un bâtiment à l’explosif (cf. "Les échos du palais" d’un quotidien marseillais non identifié).

Durant son séjour marseillais, elle aurait fondé un journal Le mariage franco-russe, feuille qu’elle ne mit pas en vente. Pour subvenir à ses besoins, elle organisa une loterie privée dont le premier prix fut Héloïse et Abélard, drame manuscrit dont elle était l’auteur. Par ailleurs, elle prétendit guérir certaines maladies.

A l’arrivée de Riemer à Marseille, dont la police prétend qu’elle fut la maîtresse, un petit groupe d’anarchistes se réunissait chez elle. Après l’attentat de la rue d’Armény du 10 novembre 1893 (voir Léopold Bossy), elle fut arrêtée avec Riemer et, lors de la perquisition à son domicile, la police trouva une lettre adressée à Riemer dans laquelle elle déclarait " Vous êtes né pour la lutte et je ne puis vous encourager qu’à lutter. La justice doit être et sera, même par le sang, même par la destruction, même par la mort". Elle fut incarcérée avec une dizaine d’autres anarchistes puis relâchée faute de preuves.

En 1896, elle publia sur Vaillant un article qu’elle prétendait avoir écrit "sous sa dictée". La même année, elle fut emprisonnée à Toulon et envoya depuis la prison un poème au journal La Nouvelle Humanité (novembre 1896). Elle fonda également le journal Le sauveur des malades (Toulon) qui eut quelques numéros en 1896-1897. L’année suivante elle publia un nouvel organe universelliste intitulé L’Antechrist (Toulon, 3 numéros d’octobre à décembre 1897). Puis Marie de Saint-Rémy quitta la région toulonnaise avant de revenir s’y installer à Sainte-Anne d’Evenos. En 1901, elle publia le journal La Révolution (Toulon, 1901) qui eut, selon Henry Zisly, une dizaine de numéros. L’année suivante elle exerça quelques semaines comme guérisseuse à Ferney-Voltaire (Ain) où elle "conversait" tous les jours avec Voltaire ! En 1907 elle fut condamnée par la Cour d’Aix-en-Provence pour « escroquerie et exercice illégal de la médecine ».

Dans une lettre adressée à Max Nettlau le 21 septembre 1902, Jacques Gross écrivait : "C’est une brave femme au cœur excellent, intelligente sur toutes choses, mais quand on la met sur le chapitre des esprits, elle devient incohérente et intarissable."

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155532, notice ANDRIEUX Marie, épouse TEISSIER [ou Andrieu ; dite DE SAINT-REMY Marie, dite Romanoff] [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice révisée par Rolf Dupuy et Françoise Morel Fontanelli, version mise en ligne le 11 avril 2014, dernière modification le 18 juin 2019.

Par Jean Maitron, notice révisée par Rolf Dupuy et Françoise Morel Fontanelli

ŒUVRE : Les Dieux des anarchistes, Librairie du magnétisme, 1899.

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône 1 M 1383 dossier n°23 note et rapport des 9 août 1894 et 4 novembre 1896, 1 M 1385, 4 M 2419 rapports des 27 octobre, 14 et 18 novembre 1893 — La Sociale, 28 juillet 1895 — Le Petit Provençal, septembre 1893 — Jean Massé, Le mouvement anarchiste dans le Var de 1879 à 1904, actes du 90ème congrès des Sociétés savantes, Nice, 1965 — René Bianco, Le mouvement anarchiste à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône 1880-1914, Tome II, dictionnaire biographique, Aix-Marseille I, 1977 — René Bianco, Un siècle de presse anarchiste d’expression française, Aix-Marseille I, 1987 — Jean Maitron, Histoire du mouvement anarchiste en France, collection Tell, Gallimard 1992 — IISG Amsterdam, Fonds Max Nettlau.

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