WEI Huilin (WEI Hwei-lin) [Dictionnaire des anarchistes]

Par Angel Pino

Né le 18 février 1900 dans le district de Yangcheng, province du Shanxi (Chine), et mort le 26 juin 1992 à Quanzhou (Chine) ; ethnologue et sociologue. Nom d’origine Wei Anren, nom d’études Feizi.

C’est à l’âge de dix-huit ans, influencé par la lecture du Huiming lu [Le Coq qui chante dans le noir], la revue éditée par Shifu (Liu Sifu, 1884-1915), que Wei Huilin embrassa la cause libertaire. Le Mouvement du 4 mai 1919 le renforça dans ses convictions politiques, et lors du séjour qu’il effectua ensuite au Japon, de 1920 à 1922, en vue d’y poursuivre des études d’anthropologie à l’université Waseda de Tokyo, il se rapprocha d’un groupe anarchiste formé de compatriotes à lui installés sur place, et fréquenta Osugi Sakae (1885-1923) et Yamaga Taiji (1892-1970).

Revenu en Chine, il rencontra, en 1925, celui qui ne se faisait pas encore appeler Ba Jin* et avec lequel il se lia d’amitié. Cette même année, il participa à ses côtés au Mouvement du 30 mai à Shanghai. Il initia son camarade à la langue japonaise, et l’aida à traduire, en janvier 1926, les « Dernières Volontés en prison » de Furuta Daijirô (1900-1925). Et c’est avec Ba Jin qu’il se rendit en France en février 1927, et avec lui qu’il partagea pendant un peu plus de quatre mois la chambre d’un hôtel parisien situé près du Panthéon. Ni l’un ni l’autre ne devait jamais oublier les âpres discussions dans lesquelles ils s’affrontaient alors, et qui se prolongèrent longtemps après par lettres interposées. Wei Huilin était venu en France pour y compléter ses études d’anthropologie, à la Sorbonne et au Collège de France. Il fut l’élève de Marcel Mauss, dont il traduira en chinois un texte, « Les Civilisations : éléments et formes » (1935), et de Célestin Bouglé, qui dirigea probablement le mémoire qu’il consacra à Proudhon.

En France, Wei Huilin fit la connaissance de Jean Grave*, de Sébastien Faure* et de Paul Reclus*, ainsi que de syndicalistes comme Pierre Besnard*, car il s’intéressait tout particulièrement à l’anarcho-syndicalisme, et il croisa également Makhno*. Il collaborait aux revues Minzhong [La Cloche du peuple] et Pingdeng (Equality), et composa, avec Ba Jin et Wu Kegang*, une plaquette ayant pour titre Wuzhengfuzhuyi yu shiji wenti [L’Anarchisme et la question pratique] (Minzhong she, avril 1927)

En 1930, de retour au pays, il aida à mettre sur pied au Fujian deux « écoles modernes » (c’est-à-dire deux écoles mettant en œuvre des principes d’éducation libertaire), les écoles Liming [L’Aurore] et Pingmin [Pour tous], et au cours des deux décennies qui suivirent, il vécut principalement à Nankin, où il entretint des relations régulières avec Jacques Reclus*, le fils de Paul, lequel demeura de longues années en Chine.

En 1949, à l’arrivée des communistes, Wei Huilin s’enfuit à Taiwan. Il enseigna à l’université nationale de Taiwan où il contribua à fonder, en 1960, le département de sociologie, et accomplit là-bas une carrière d’ethnologue, vouée en partie à l’étude des aborigènes de l’île, avant, en 1973, d’émigrer aux États-Unis. Il revint en Chine en septembre 1982, pour y prononcer une série de conférences, ce qui lui fut l’occasion de revoir Ba Jin, et choisit de s’installer définitivement sur le continent en 1991, à Quanzhou, au Fujian. C’est ici qu’il mourut quelques mois plus tard, à l’âge de 92 ans.

On lui doit de nombreux ouvrages spécialisés, un roman, et quelques traductions du français : La Coopération mondiale (1929) et l’Histoire des doctrines économiques et sociales (1930) de Vakhan Fomitch Totomiantz, L’Évolution du mariage et de la famille (1930) de Charles Letourneau, et Du contrat social (1944) de Rousseau.

Wei Huilin a servi de modèle à Ba Jin pour Wu Renmin, le héros de son roman Wu [Brouillard] (1931), et c’est aussi sa figure que l’écrivain évoque dans son introduction à Qiu [Automne] (1940), dernier volet de la trilogie du « Torrent », dans ces lignes où il a voulu porter un toast à l’amitié.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155528, notice WEI Huilin (WEI Hwei-lin) [Dictionnaire des anarchistes] par Angel Pino, version mise en ligne le 22 mars 2014, dernière modification le 22 mars 2014.

Par Angel Pino

SOURCES : Entretiens accordés par Wei Huilin à Paul Avrich (11 janvier et 22 février 1975), in Paul Avrich, Anarchist Voices : An Oral History of Anarchism in America, AK Press, Oakland, CA, 2005, pp. 407-409 — Ma Fuping, « Shehui xuejia Wei Huilin » [Le Sociologue Wei Huilin], Wenshi yuekan [Histoire et Civilisation], 2004/8, pp. 32-36 — Georges-Marie Schmutz, La Sociologie en Chine : matériaux pour une histoire, 1748-1989, Peter Lang, Berne, 1993 ; « Da Wei Jinyun » [Réponse à Wei Jinyun] (25 janvier 1986), in Ba Jin quanji [Œuvres complètes de Ba Jin], Renmin wenxue chubanshe, Pékin, vol. 16, 1991 ; Ba Jin, « Huinian Wei Huilin » [À la mémoire de Wei Huilin] (29 juillet 1994) in Zaisilu [D’autres réflexions encore], Shanghai yuandong chubanshe, Shanghai, 1995.

Version imprimable Signaler un complément