VÉBER Paul [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice revue par Guillaume Davranche

Né vers 1892, mort en décembre 1928 ; ouvrier tôlier ; syndicaliste révolutionnaire puis anarchiste.

Secrétaire adjoint du syndicat des métaux de la Seine, Paul Véber était, en 1915, membre de la commission exécutive de la Fédération des Métaux, la seule au sein de la CGT à prendre publiquement parti contre la guerre et contre l’union sacrée.

Du 5 au 8 septembre 1915 se tint, en Suisse, la conférence de Zimmerwald, première manifestation internationale de l’opposition ouvrière à la guerre.

Le 7 novembre 1915, Merrheim et Bourderon rendirent compte de la conférence de Zimmerwald devant une assemblée syndicaliste, à la bourse du travail, et devant une assemblée socialiste, à la Maison commune de la rue de Bretagne, à Paris 3e.

Le 21 novembre suivant, une centaine de syndicalistes se réunirent à la Maison des fédérations et décidèrent la constitution du Comité d’action internationale (CAI). Sa commission était formée de Raymond Péricat (Maçonnerie-pierre), secrétaire ; Marcel Hasfeld (Employés), trésorier ; Émile Hubert et Jules Lepetit (des Terrassiers) ; Marcel Vergeat (Mécaniciens) ; Le Ny (monteurs-électriciens) ; Trumelet (Brossiers-Tabletiers) ; Boisleux (Maçonnerie-Pierre) ; Paul Véber (Tôliers) ; Alphonse Merrheim (Métaux) ; Albert Bourderon (Tonneau) ; Mmes Bouvard et Coutodier (Groupe des femmes socialistes).

En décembre, le CAI publia son unique manifeste à « ceux qui sont restés fidèles aux nobles idées de fraternité humaine » et « croient toujours à la nécessité des relations et de l’action internationale des travailleurs ».

Cependant, pour éviter un tête-à-tête avec les anarchistes, Merrheim et Bourderon proposèrent, dès le 19 janvier 1916, de dissoudre le CAI, pour réaliser une union plus large, en s’associant avec la minorité socialiste pacifiste. L’absence du secrétaire du CAI, Péricat, arrêté par la police, facilita sans doute les choses. C’est ainsi que — probablement le 31 janvier 1916 — fut constitué le Comité pour la reprise des relations internationales (CRRI). Le CRRI était constitué de deux sections — une syndicaliste et une socialiste — qui se réunissaient séparément et dotées chacune de leur secrétaire, respectivement Merrheim et Bourderon. Marcel Hasfeld en était le trésorier. La commission de la section syndicaliste du CRRI était composée de Boisleux, Hasfeld, Émile Hubert, Jules Lepetit et Paul Véber.

En avril 1916, la section syndicaliste du CRRI ouvrit une permanence au 2e étage de la bourse du travail de Paris, bureau n°11, et désigna Paul Véber comme secrétaire.

Dominée par les libertaires, cette section syndicaliste du CRRI manifesta de plus en plus de volonté de séparation d’avec la section socialiste. Progressivement, elle se détacha du CRRI et, en novembre 1916, elle avait pris sa complète autonomie. En décembre 1916, elle se rebaptisa Comité de défense syndicaliste et publia une déclaration "Aux organisations syndicales françaises, à leurs militants". Le CDS disait vouloir non pas provoquer une scission, mais redresser le syndicalisme.

Paul Véber en fut le premier secrétaire, tandis qu’il continuait de siéger régulièrement à la CE de la Fédération des Métaux.

Aimé Rey* remplaça ensuite Véber au secrétariat, puis céda sa place le 31 mai 1917 à Raymond Péricat, avec Boudoux comme secrétaire adjoint et Pierre Le Meillour* comme trésorier. Le CDS prit alors son allure définitive. Après l’arrestation de Péricat, en mai 1918, Jean-Baptiste Vallet* devait prendre la relève.

Plus radical que le CRRI et que la fédération des Métaux, le CDS se donnait pour objectif de passer à l’action concrète en organisant une agitation ouvrière à la fois revendicative et pacifiste, dont l’aboutissement devait être une grève générale pour la paix.

Le 5 mai 1917, à une réunion du syndicat des métaux de la Seine, Véber et Dumercq saluèrent la Révolution russe et firent voter un ordre du jour incluant « Vive la révolution sociale ». Véber organisa à l’époque des distributions de tracts, et intervint dans la grève des midinettes, en juin 1917, en s’efforçant d’adjoindre des mots d’ordre pacifistes aux revendications sociales.

Le 19 juin 1917, une intervention de la préfecture conduisit la bourse du travail de Paris à chasser le CDS de ses locaux. Un mois plus tard, le 18 juillet 1917, l’Union des syndicats de la Seine lui interdisait de se réunir au siège de la CGT, impasse de la Grange-aux-Belles. Le CDS se réfugia au 96, quai de Jemmapes, dans les anciens locaux de La Vie ouvrière, avec l’assentiment de Pierre Monatte.

En mai 1918, Paul Véber fut actif dans les grèves de la métallurgie parisienne. Le 13 mai, au comité général de l’union des syndicats de la Seine, il intervint avec succès pour que les cartes de grève portent l’inscription « guerre à la guerre ». Il prit probablement part au congrès des syndicats minoritaires, convoqué à Saint-Étienne les 18 et 19 mai par le CDS et l’UD de la Loire. À ce moment, la fédération des Métaux, qui était restée sur ses positions zimmerwaldiennes de 1915, apparaissait dépassée par la radicalisation de la base ouvrière (voir Marius Blanchard). Paul Véber, lui, accompagna cette radicalisation, et figura bientôt à la gauche de la fédération. C’est durant cette période qu’il fut gagné à l’anarchisme.

À une réunion du syndicat des métaux, le 23 juillet 1918, il estima toutefois que le procès Malvy, voulu par Clemenceau, était inique, et que l’ancien ministre méritait la solidarité de la classe ouvrière.

Durant la grande grève de la métallurgie parisienne, en juin 1919, Véber donna en exemple les révolutions russe et hongroise.

Paul Véber prit part au premier congrès de l’Union anarchiste, les 14 et 15 novembre 1920 à Paris et collabora au Libertaire entre 1920 et 1924, mais aussi à L’Idée anarchiste, organe anarchiste dissident animé par Lucien Haussard* en 1924. En 1921-1922, il fut un des orateurs habituels de l’UA.

Militant des Comités syndicalistes révolutionnaires (CSR), il se montra hostile à l’adhésion à l’Internationale syndicale rouge (ISR), fondée à Moscou sous l’égide du gouvernement soviétique. Le 4 mai 1921, lors d’une réunion du syndicat des Métaux, il fit voter une motion demandant la libération des prisonniers politiques en Russie.

Lors du congrès extraordinaire des syndicats minoritaires, tenu du 22 au 24 décembre 1921 à Paris, Véber et Lebourg* furent élus cosecrétaires du comité central des CSR, en remplacement de Pierre Besnard. Les CSR cependant furent dissous vers février 1922, une fois établi que la scission confédérale était définitive. Véber se trouva donc à la CGTU, dans la tendance de Pierre Besnard.

Cette même année 1922, il anima une chronique syndicaliste dans La Revue anarchiste de Sébastien Faure.

Du 25 juin au 2 juillet 1922, Paul Véber fut délégué au Ier congrès confédéral de la CGTU par le Bâtiment de Nevers et les Instruments de musique de Mantes. Il prit la parole dans le débat sur l’orientation syndicale, cita abondamment la Charte d’Amiens et Fernand Pelloutier, et attaqua le Parti communiste. Il condamna le concept de dictature du prolétariat qui s’avérait en réalité « dictature sur le prolétariat ». Il précisa également : « les anarchistes ne veulent pas que l’organisation syndicale soit sous la tutelle de l’Union anarchiste ».

En août 1922, il prit part à la campagne pour la libération de Jeanne Morand.

À sa mort, Le Libertaire du 21 décembre 1928 écrivit : « Le fait qu’il se soit retiré du mouvement anarchiste depuis de longs mois ne nous interdit pas de regretter douloureusement sa fin prématurée » ; il était « venu à nos idées pendant la guerre ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155522, notice VÉBER Paul [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice revue par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 18 mars 2014, dernière modification le 15 mars 2016.

Par Jean Maitron, notice revue par Guillaume Davranche

SOURCES : Arch. Nat. F7/13015 et 13775. — Le Libertaire du 7 juillet 1922 et du 21 décembre 1928 — Plus loin, janvier 1929. — Alfred Rosmer, Le Mouvement ouvrier pendant la Première Guerre mondiale, Mouton & Co, 1959. — Annie Kriegel, Aux origines du communisme français, 1914-1920, Mouton & Co, 1964. — Maurice Labi, La Grande Division des travailleurs, Éditions ouvrières, 1964. — Le Mouvement social, n° 93, décembre 1975. — Le Mouvement ouvrier français contre la guerre, 1914-1918, tome III, Edhis, 1985. — Jean-Louis Robert, Les Ouvriers, la patrie et la révolution. Paris 1914-1919, Annales littéraires de l’université de Besançon, 1995.

fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément