Née le 27 avril 1855 à Paris (XIIe arr.), morte à Pierrefonds (Oise) le 24 avril 1929 ; écrivaine, journaliste ; sympathisante libertaire.

Caroline Rémy, fille d’un petit fonctionnaire chef du bureau des nourrices à la préfecture de police, connut une enfance triste et solitaire. Elle avait quinze ans lorsqu’éclata la guerre contre les Prussiens en 1870 ; ses parents se réfugièrent à Versailles. De retour à Paris après la Commune, elle dut choisir : devenir institutrice ou se marier.
Pour conquérir son indépendance, elle prit le parti d’épouser en 1872 Henri Montrobert, employé du gaz, que lui présenta son père. Ayant vécu sa nuit de noces comme un viol, elle accoucha, en 1873, d’un fils qu’elle ne revendiqua pas, et retourna chez ses parents, obtenant la séparation de corps et de biens. Pour gagner sa vie, elle devint lectrice auprès d’une dame Guebhardt et fit ainsi la connaissance d’Adrien Guebhardt, avec qui elle vécut et eut un second fils, non désiré lui aussi. Elle ne put régulariser son union qu’en 1885 après le vote de la loi sur le divorce. Séverine se sépara ensuite, en toute amitié, du docteur Guebhardt, qui reprit place bien plus tard à ses côtés, en 1920.
C’est en accouchant en secret à Bruxelles qu’elle rencontra Jules Vallès, en 1879. Elle le seconda dans son travail journalistique et littéraire, corrigea ses chroniques et se lia d’amitié avec lui, apprenant de lui « l’alphabet de la Révolution ». Après l’édition parue sous la Commune, elle refit paraître avec Vallès Le Cri du peuple, qu’Adrien Guebhardt accepta de financer, et où elle fit paraître une chronique sous le pseudonyme de Séverin. Elle dirigea le journal après la mort de Vallès en 1885, mais dut le quitter suite à un différend avec les autres rédacteurs, qu’elle jugea sectaires : « Je commence à croire que je suis trop libertaire pour écrire jamais dans un journal d’école socialiste », écrivait-elle en 1888. Elle fit désormais « l’école buissonnière de la Révolution ».
Ayant adopté le pseudonyme de Séverine en entrant dans le journalisme, elle collabora à de nombreux journaux du moment qu’elle pouvait y écrire ce qu’elle voulait. Elle donna des articles au Gaulois, à L’Éclair, au Gil Blas, etc. – tentant toujours de garder son indépendance. Elle s’intéressa à toutes les causes sociales de l’époque, soucieuse d’être sur le terrain : au lendemain d’un coup de grisou qui avait tué près de cent travailleurs, elle descendit dans la mine à Saint-Étienne.
Elle conserva durant toute sa vie un fond de socialisme libertaire, généreux et sentimental (« Avec les pauvres, toujours, malgré leurs erreurs, malgré leurs fautes, malgré leurs crimes », écrivait-elle pour soutenir Clément Duval dans Le Cri du peuple le 30 janvier 1887), bien qu’elle ait un temps été séduite par le boulangisme et cautionné, par sa collaboration, La Libre parole (1894) et la petite revue « antijuive » de Gustave Téry, L’Œuvre. Elle reconnut ensuite ses erreurs. À la fin du XIXe siècle, son engagement en faveur de Dreyfus lui ferma les portes de grands journaux, pour beaucoup anti-dreyfusards – et elle eut du mal à gagner sa vie.
Pendant l’hiver rigoureux de 1890-1891, elle organisa un « Asile de la presse » : avec la collaboration de plusieurs directeurs de journaux parisiens, elle hébergea les « sans-feux » dans une ancienne piscine, rue Rochechouart, et persuada le célèbre restaurateur Duval fils de fournir gratuitement des soupes chaudes chaque soir.
Elle se rapprocha des féministes et fonda La Fronde avec Marguerite Durand, premier quotidien entièrement conçu par des femmes (voir ses Notes d’une frondeuse). Y disposant d’une tribune libre où elle pouvait exprimer ses convictions, elle poursuivit son combat pour la révision du procès de Dreyfus, qui eut finalement lieu à Rennes en 1899. Durant un mois, elle couvrit le procès en compagnie de Bernard Lazare*, Jean Jaurès, le colonel Picquart, Victor Basch.
La Fronde, manquant de fonds, cessa de paraître en 1905. À partir d’octobre 1899, Séverine prononça de nombreuses conférences, se découvrant un talent d’oratrice. Bien que partisane de l’égalité des sexes et favorable au droit à l’avortement (à partir de 1892), elle refusa tout d’abord de militer pour le droit de vote des femmes à cause de son antiparlementarisme viscéral – mais elle rejoignit le combat des suffragettes en 1914.
Durant la guerre, Séverine, fidèle aux idées de Jaurès, fut pacifiste. Elle accueillit avec espoir la nouvelle de la Révolution russe. En 1918, elle adhéra au Parti socialiste, puis au Parti communiste en 1921, d’où elle fut exclue en 1923 après avoir refusé de démissionner de la Ligue des droits de l’homme (issue de l’Affaire Dreyfus), dont elle était l’une des plus anciens membres. En 1926, elle renonça à Paris pour s’établir à Pierrefonds. Elle ne reparut qu’une fois en public, au Cirque d’Hiver en juillet 1927, pour tenter d’arracher Sacco et Vanzetti à la chaise électrique.
À sa mort, Le Libertaire du 1er mai 1929 lui rendit hommage en ces termes : « Elle était pour nous, anarchistes, une grande amie, une camarade. Séverine était libertaire, plus d’instinct sans doute que d’idées, mais elle était des nôtres. »
Libertaire et féministe, elle fut l’une des premières femmes journalistes.

ŒUVRE : Pages rouges, Simonis Empis, 1893 - Notes d’une frondeuse, Simonis Empis, 1894 - Pages mystiques, Simonis Empis, 1895 - En marche, Simonis Empis, 1895 - Vers la lumière, P.-V. Stock, 1900 - Sac à tout, Mémoires d’un petit chien, textes et illustrations de Séverine, Juven, 1905 - Line, G. Crès, 1921 [rééd : Monaco, Éditions du Rocher, 2001] - Jules Vallès – Séverine : Correspondance, préface et notes de Lucien Scheler, 1972 (épuisé) - Choix de papiers, annotés par Évelyne Le Garrec, Éditions Tierce, 1982 - Évelyne Le Garrec, Séverine (1855-1929). Vie et combats d’une frondeuse, L’Archipel, 2009 (avec un recueil d’articles)

SOURCES : Bernard Lecache, Séverine, Paris, 1930— Évelyne Le Garrec, Séverine : une rebelle (1855-1929), Paris, Seuil, 1982 — Séverine (1855-1929). Vie et combats d’une frondeuse, L’Archipel, 2009. — Paul Couturiau, Séverine l’insurgée : biographie, Éditions du Rocher, Monaco, 2001.

Jean Maitron, complété par Caroline Granier, avec l’aide d’Évelyne Le Garrec

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