Né le 5 mars 1886 à Paris (IIe arr.), mort le 29 février 1948 à Lissieu (Rhône) ; métallurgiste ; anarcho-syndicaliste.

Henri Raitzon appartenait avant 1914 au comité intersyndical de Levallois-Perret (Seine). Durant la guerre, il fut mobilisé comme ajusteur aux Forges et Aciéries de la Marine à Saint-Chamond (Loire). Ses interventions publiques dans la Loire coïncidèrent avec les grèves de décembre 1917 pour la réintégration du leader syndicaliste pacifiste Clovis Andrieu. On le vit alors « prêchant constamment la résistance jusqu’à complète satisfaction des revendications ».
Caractérisé par le commissaire spécial de Saint-Chamond comme « très intelligent » et remarquable orateur, il fit montre d’une intense activité. En janvier 1918, alors qu’il était devenu secrétaire du syndicat des métaux de Saint-Chamond, il fut chargé par l’Union départementale de la Loire d’aider à l’organisation de la grève (presque essentiellement féminine) du textile de Saint-Julien-Molin-Molette.
Puis, après un voyage à Paris pour rencontrer les militants du Comité de défense syndicaliste (voir Benoît Broutchoux), il s’attela au « plan » du CDS : aboutir à une grève générale pour la paix. Le 3 février 1918, à Saint-Chamond, il exalta l’« acte d’émancipation » des femmes de Firminy qui avaient « fait trembler les autorités civiles et militaires » quatre jours auparavant, en empêchant les conscrits de la classe 1913 de partir. Il appelait particulièrement les jeunes et les femmes à se syndiquer et, le 12 mai 1918, anima une réunion de jeunes de Saint-Chamond, auxquels il expliqua : « Il y a un antagonisme entre le capital et le travail ; seuls les travailleurs sont créateurs de richesses, les autres sont des parasites. Les travailleurs doivent s’unir pour leur émancipation. »
Pendant le mouvement de grève de mai 1918, Henri Raitzon joua un rôle important au comité départemental de grève et dans les manifestations et meetings à Saint-Chamond. Il fut arrêté le 26 mai, déféré, avec nombre d’autres, en conseil de guerre (1re catégorie) et présenté comme un « syndicaliste imbu d’idées anarchistes à tendances révolutionnaires ». Incarcéré à Clermont-Ferrand, il écrivit à Émile Hubert* sur ses conditions de détention. Il choisit comme défenseurs les avocats socialistes Pierre Laval et Ernest Lafont.
À la fin de la guerre, Henri Raitzon s’installa à Lyon. Là, il adhéra au deuxième Comité lyonnais pour la reprise des relations internationales (voir Théophile Leclaire), où se côtoyaient socialistes, anarchistes et syndicalistes, et qui devint très vite Comité pour la IIIe Internationale, dont il fut membre. En 1919, il affirma son soutien avec le régime soviétique qu’il voyait comme cousin du syndicalisme révolutionnaire.
Il rejoignit ensuite le petit Parti communiste de Raymond Péricat dont, en juillet 1920, il était secrétaire.
Henri Raitzon ne digéra sans doute pas que le gouvernement soviétique adoube, au lieu du PC de Péricat, le PC de Cachin et Frossard. En septembre 1920, lors d’une assemblée de métallurgistes lyonnais sans doute préparatoire au congrès des syndicats minoritaires à Orléans, il estima que la nouvelle internationale syndicale ne devait pas être liée à Moscou car, disait-il, « les communistes restent parlementaristes ».
Après leur création en octobre 1920, Raitzon fut un militant actif des Comités syndicalistes révolutionnaires (CSR) au sein de la CGT, dans la tendance hostile à l’affiliation à Moscou.
Au moment du congrès des syndicats minoritaires à Paris, du 22 au 24 décembre 1921, Henri Raitzon était membre de la commission exécutive de l’Union des syndicats du Rhône (USR, minoritaire). Après la scission confédérale, l’USR rejoignit sans hésiter la CGTU, déclarant que « dès août 1914 » l’USR avait lutté contre « l’infiltration du virus "union sacrée" qui, de reniements en trahisons devait pousser les hommes à la tête de la CGT à substituer à l’intérêt de classe [...] l’intérêt général. » Ce texte fustigeait « les néo-syndicalistes du banquet des industriels et des tapis verts de Versailles » qui volaient au secours de l’État. En mars 1922, Henri Raitzon devint secrétaire du syndicat unitaire des métaux du Rhône, et se situait dans la tendance Besnard*.
Le congrès régional de la CGTU tenu à Villeurbanne le 18 juin 1922 fut nettement dominé par les « anarcho-syndicalistes » comme commençaient à les nommer leurs adversaires au sein de la CGTU. En revanche, ils furent minoritaires lors du Ier congrès de la Fédération unitaire des métaux, les 24 et 25 juin 1922 à Saint-Étienne. Henri Raitzon et Théo Argence* proposèrent que le siège de la fédération soit fixé non à Paris, mais à Lyon, mais cette proposition trop visiblement intéressée fut battue par 51 mandats contre 24.
Lors du Ier congrès confédéral de la CGTU (25 juin-1er juillet 1922, Saint-Étienne), où les anarcho-syndicalistes furent définitivement mis en minorité, Henri Raitzon fut délégués des syndicats des métaux de Lyon, d’Oullins, de Rives (Isère), de Givors et du papier-carton de Lyon. Il vota les motions Besnard (voir Pierre Besnard).
En août 1922, au moment de la grande grève du Havre, il soutint avec Henri Fourcade* la perspective d’une grève nationale pour le 30 août.
Le 2e congrès régional CGTU, le 5 août 1923 à Villeurbanne, conforta la domination « anarcho-syndicaliste » dans le Rhône. La motion Pontal* l’emporta par 65 voix contre 24 à la motion présentée par les pro-communistes. Raitzon fut désigné à cette occasion à la commission de propagande de l’Union départementale unitaire (UDU) du Rhône.
Dans les mois qui suivirent, Henri Raitzon participa à l’animation d’une UDU penchant de plus en plus vers l’autonomie (voir Henri Fourcade). À son congrès du 8 février 1925, l’UDU se rebaptisa Union des syndicats autonomes du Rhône.
Les 31 octobre et 1er novembre 1926, Henri Raitzon fut délégué au congrès de l’Union des syndicats autonomes du Rhône à Villeurbanne.Les 15 et 16 novembre, il participa au congrès de l’Union fédérative des syndicats autonomes, à la mairie du 6e arrondissement de Lyon, et y approuva la formation d’une troisième CGT, baptisée CGT-Syndicaliste révolutionnaire (CGT-SR). Henri Raitzon en fut élu secrétaire administratif, et devint également secrétaire provisoire de la fédération des métaux CGT-SR en voie de constitution.
Raitzon finit par abandonner l’action syndicale et il s’installa comme cafetier près de Limonest (Rhône).

SOURCES : Arch. Nat. F7/12994, 14607, 13570, 13091. — Arch. Dép. Loire, 19 M 3, 92 M 247. — Arch. Dép. Rhône, 10 M 83, 4 M 4 (534N et 535). — Arch. PPo. 296. — Arch. du syndicat des maçons et aides déposées à la Bourse du Travail de Lyon. — Bulletin officiel des syndicats unitaires du Rhône, 1922-1923. — Comptes-rendus des congrès de l’Union des syndicats unitaires du Rhône, 5 août 1923, Éd. Traquet. — La Voix du travail, octobre-novembre 1926. — Le Libertaire, 18 février 1937, mars 1948. — Souvenirs de militants (Gabriel Vallier-Brunet). — Michelle et Gérard Raffaelli, Le Mouvement ouvrier contre la guerre, mémoire de maîtrise, université de Vincennes, 1970. — Samuel Jospin, La CGT-SR à travers son journal Le Combat syndicaliste, 1926-1937, mémoire de maîtrise, Paris-I, 1974. — Claire Auzias, Mémoires libertaires, Lyon 1919-1939, L’Harmattan, 1993. — Boris Ratel, L’anarcho-syndicalisme dans le bâtiment de 1919 à 1939, mémoire de maîtrise en histoire, université Paris-I, 2000.

Maurice Moissonnier, Gérard Raffaelli, notice revue par Guillaume Davranche

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