LECOMPTE Marie Paula [dite Minnie] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Rolf Dupuy, Marianne Enckell

Peut-être née vers 1850 ; journaliste américaine, déléguée au congrès de Londres de 1881.

Le 10 juillet 1879, lor d’une grève de tisseurs à Fall River (Massachusetts), Marie LeCompte, "une socialiste de New York", leur tint un discours de solidarité dénonçant les entrepreneurs. Elle fut fort applaudie.

« Miss M. P. Lecompte », rédactrice au journal socialiste Labor Standard de Fall River, fut déléguée des Boston Revolutionists au congrès international anarchiste de Londres en 1881 (voir Gustave Brocher). Max Nettlau, qui ne l’a pas connue, n’avait pas une haute opinion d’elle : « une Américaine d’origine française, pas toute jeune, bien intentionnée, ne s’y connaissant pas beaucoup mais prenant toujours une position révolutionnaire à sa manière ». Elle y fit une longue intervention « que Kropotkine* eut la galanterie d’inclure sérieusement dans Le Révolté », parlant des tendances révolutionnaires et illégalistes dans le mouvement ouvrier irlandais et américain (les « Molly Maguires » notamment). Son discours « porta sur les nerfs des délégués qui ne comprenaient pas la langue, et [Nathan] Ganz la convainquit de s’interrompre ». Elle resta quelque temps à Londres en donnant des conférences au Radical Club d’Ambrose Barker.

Elle traduisit en anglais Dieu et l’Etat de Bakounine* et Aux Jeune Gens de Kropotkine, qui parurent en feuilleton dans The Truth à San Francisco en 1883-1884.

Elle raconta avoir participé aux côtés de Louise Michel à la manifestation parisienne du 9 mars 1883 : « J’étais "l’Anglaise" arborant l’écharpe rouge, qui poussa les émeutiers à piller les boulangeries » ; blessée, elle fut mise à l’abri par des compagnons et parvint à passer en Suisse.

Arrivée à Genève, sans doute en 1884, elle trouva par l’intermédiaire de Jules Perrier* un « petit appartement composé de deux pièces très exiguës et lambrissées », 15 rue des Corps-Saints, et travailla à l’Imprimerie Jurassienne. Elle envoya un soutien financier à des collectes du journal Le Révolté.

Elle se rendit à Marseille vers la fin 1884 sur l’insistance de Justin Mazade qui l’avait rencontrée à Genève. Sa connaissance de plusieurs langues – dont l’italien, l’espagnol, l’anglais, l’allemand et sans doute le russe – lui permit d’entretenir des correspondances suivies aux quatre coins du globe et de faciliter les contacts entre anarchistes de différentes nationalités se trouvant alors à Marseille. En 1885 elle fut membre aux côtés de Justin Mazade, J. Torrens* et Ugo Parrini de la rédaction du journal Le Droit Social (Marseille, 2 numéros en mai et juin) dont le gérant était Alphonse Lauze*.

Son domicile, un garni de la rue Molière, fut perquisitionné à deux reprises et le 14 février 1885 une importante quantité de documents en diverses langues (livres, brochures, journaux et lettres) furent saisis et remis au procureur de la République. Cette perquisition faisait suite à une dénonciation de sa logeuse qui l’avait qualifiée de « voleuse » ; Minnie LeCompte protesta avec énergie de son innocence mais revendiqua son appartenance au mouvement anarchiste : « …elle avoue avec courage et franchise ses amitiés et va même jusqu’à affirmer qu’elle est la femme anglaise qui portait le drapeau noir à côté de Louise Michel à la manifestation de l’Esplanade des Invalides » (rapport du procureur de la république, AD Aix).

Dans une lettre à sa sœur Laura en date du 12 avril 1885, Eleanor (Tussy) Marx écrivait à son sujet : « Est-ce que Paul [Lafargue] ou toi savez quelque chose sur une certaine Mlle Le Compte qui se trouve actuellement en prison à Marseille pour avoir blessé une femme qu’elle accusait d’être un moucharde ? C’est une anarchiste et elle vient de m’écrire. S’il est possible à Paul de me donner des renseignements, je lui en serais très obligée. »

En 1885-1886, Minnie LeCompte envoya des correspondances au mensuel d’Henry Seymour à Londres, The Anarchist (1885-1888), notamment sur le Congrès cosmopolite tenu à Barcelone en juillet 1885, sous la signature de "Berna Bakunin".

En 1888 elle s’installa quelques mois à Aix, puis quitta le département. On perd sa trace ensuite.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155463, notice LECOMPTE Marie Paula [dite Minnie] [Dictionnaire des anarchistes] par Rolf Dupuy, Marianne Enckell, version mise en ligne le 27 mars 2014, dernière modification le 3 juillet 2019.

Par Rolf Dupuy, Marianne Enckell

SOURCES : AD BDR M6/3389, 3390, 3392, 3393 & Z1/10 –- AD BDR Aix 14U95 quater—R. Bianco, « Le Mouvement anarchiste à Marseille… », op. cit. — R. Bianco, « Un siècle de presse… », op. cit. — New York Times, 11 juillet 1879 — Max Nettlau, Anarchisten und Sozialrevolutionäre, Berlin 1931. — Ronald Creagh, L’anarchisme aux États-Unis, thèse de doctorat d’État, Université de Paris Sorbonne, 1977 — Archives d’Etat, Genève, rapport de police du 3 mars 1885, cité in Le Combat syndicaliste, 1.4.1971 — Paul Avrich, Anarchist Portraits, Princeton 1888 — Le Révolté, avril 1884 — Les Filles de Karl Marx. Lettres inédites, Paris, Albin Michel, 1979, p. 231 — note de Michel Cordillot.

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