Né le 11 mars 1909 à Paris XVIe arr., mort le 29 septembre 1991 ; facteur mixte à la SNCF puis représentant de commerce ; anarchiste individualiste et pacifiste ; cofondateur de la Fédération anarchiste de 1953.

Maurice Laisant (1984)
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Maurice Laisant était le petit-fils de Charles-Ange Laisant*, fils d’Albert Laisant* et frère de Charles Laisant*.
Bien qu’il ait failli être réformé, il effectua son service militaire au 8e régiment de génie comme télégraphiste du 22 avril 1930 au 21 avril 1933. Selon son témoignage à Jean-Pierre Jacquinot, c’est en 1931 qu’il adhéra au mouvement pacifiste, en se rapprochant de l’hebdomadaire pacifiste intégral La Patrie humaine.
Le 2 mai 1933, il entra la compagnie des chemins de fer de Ceinture. Il résidait alors au 5, rue Paul-Déroulède, à Asnières, un pavillon dont il était copropriétaire avec son frère Charles. En mars 1935, il fut promu facteur-mixte en gare de Stains-Pierrefite.
D’abord affilié au Parti socialiste, il adhéra, dès sa fondation en janvier 1935, à l’Union des jeunesses pacifistes de France (UJPF), un mouvement pacifiste intégral où il fut chargé du recrutement et de la propagande pour la région d’Asnières. Dès le mois suivant, il devint secrétaire adjoint de la fédération de la Seine de l’UJPF. En avril, il participa au congrès de Périgueux et fut élu membre du conseil national où il représenta la Seine. Bientôt il tint la rubrique « Le coin des jeunes » dans La Patrie humaine. En juin 1936, il fut nommé secrétaire provisoire de la section française de l’Internationale de la jeunesse pacifiste, et, en décembre, il dirigea avec son frère Charles le Centre de défense des objecteurs de conscience. Il fut nommé, en mai 1937, gérant de la publication mensuelle La Voie nouvelle, organe de la Ligue scolaire internationale pour la paix.
À l’époque de l’affaire de l’objecteur de conscience Gérard Leretour*, il intervint fréquemment dans les réunions organisées par son comité de soutien.
Le 11 décembre 1937, il épousa à Brest Renée, Louise, Marie Martin, avec qui il eut une fille, Yannick, née en 1940 à Paris.
Les 16 et 23 avril 1939, il fut candidat antiparlementaire aux élections municipales complémentaires d’Asnières avec l’Union anarchiste, et commença à militer dans ses rangs et à écrire dans Le Libertaire. Le mois suivant, il fut inscrit sur la liste des anarchistes dont le domicile était soumis à une vérification bimensuelle.
À la déclaration de la guerre, en septembre 1939, il fut « affecté spécial » à la SNCF. Le 14 novembre 1939, en pleine guerre, il fut repéré par la police en train de distribuer des tracts — peut-être s’agissait-il des tracts « paix immédiate » de Louis Lecoin, car il les diffusa. À ce moment, il consulta Aurèle Patorni* et Sébastien Faure sur l’attitude à suivre face à la guerre, et ce dernier lui déconseilla toute action, vu le climat politique. Le 12 mai 1940, il fut mobilisé à la 5e section des chemins de fer de campagne (région Nord). Refusant de se battre mais n’osant pas le déclarer ouvertement, il fit une grève de la faim sans le dire, perdit 20 kilos et se retrouva à l’hôpital. Il fut démobilisé le 20 août et après diverses péripéties, se rendit à Brest voir sa fille et fit la connaissance de Joseph Briand*. Par la suite, ce dernier vécut quelques temps à Asnières chez les frères Laisant.
Le 21 novembre 1942, Maurice Laisant quitta Asnières pour aller demeurer 11, rue des Coffres, à Toulouse. Il participa alors au groupe anarchiste de Toulouse (voir Alphonse Tricheux).
À Paris, où il serait revenu en janvier 1943, il se lia avec Louis Louvet* et Simone Larcher* puis fut contacté par Henri Bouyé pour participer à son regroupement. Mais finalement, il retourna à Toulouse retrouver la famille Tricheux. C’est à ce moment qu’il rencontra André Arru. Il participa à la rencontre clandestine du réseau anarchiste du Midi près de Toulouse, les 19 et 20 juillet 1943 mais, contrairement à une légende tenace, il n’était pas au pré-congrès d’Agen en octobre 1944 (témoignage André Arru).
Après la Libération, Maurice Laisant participa à la renaissance du mouvement anarchiste, en se situant à équidistance de l’équipe du quai de Valmy qui, autour d’Henri Bouyé, venait de relancer Le Libertaire, et de l’hebdomadaire Ce qu’il faut dire de Louis Louvet. Au congrès national des 6 et 7 octobre à Paris, il se rangea du côté de Louvet. Le groupe d’Asnières, qui se réunissait au domicile des frères Laisant, était adhérent à la Fédération anarchiste, mais la trouvait insuffisamment synthésiste et, pendant plusieurs années, Maurice Laisant collabora peu au Libertaire, sa préférence allant à Ce qu’il faut dire.
Début 1946, il démissionna de la SNCF et devint représentant de commerce. Il fut alors employé par la parfumerie de Marbel et par le Comptoir général du peigne.
Lors du premier congrès de la Confédération générale pacifiste (CGP), tenu à Paris les 2 et 3 novembre 1946, il fut élu délégué à la commission de propagande.
Son épouse et lui divorcèrent le 5 février 1947.
Les 28, 29 et 30 septembre 1951, Maurice Laisant fut un des artisans du congrès fondateur des Forces libres de la paix (FLP), qui fédéra 37 organisations pacifistes « non alignées », c’est-à-dire ni pro-Moscou, ni pro-Washington. Au côté de la FA on y trouvait notamment le Mouvement chrétien pour la paix, le Mouvement international de réconciliation, le Mouvement du christianisme social, le Mouvement des artisans de la paix, la Fédération nationale des combattants républicains, l’Union pacifiste, le Comité de défense de l’objection de conscience, Défense de l’homme de Louis Lecoin, la Ligue espérantiste, les Amis de Gandhi, la section française du Service civil international, la Ligue des anciens combattants pacifistes et le Centre laïque des auberges de jeunesse.
Au terme du congrès, un conseil exécutif de 11 membres fut désigné, auquel furent élus, côté libertaire, Maurice Laisant, Louis Lecoin et Charles Devançon*. Le siège des FLP fut fixé au 28, rue Berthollet, à Paris 5e, puis au 52, rue de Londres, à Paris 9e, dans un local prêté par la Fondation Carnegie. Maurice Laisant fut nommé secrétaire adjoint des FLP, le pasteur Maurice Voge, du Mouvement du christianisme social, fut nommé secrétaire, et la trésorerie échut à François Laugier, vice-président du Groupe socialiste d’entente républicaine pour la rénovation dans l’indépendance nationale.
Les FLP se situaient dans la lignée de ce qu’avait pu être le « pacifisme pur » d’avant-guerre — interpellation de la classe ouvrière, mais aussi des gouvernements et de l’Onu pour les appeler à régler leurs conflits sans violence. La composition hétéroclite des FLP se répercuta sur sa Charte, reproduite dans Le Libertaire du 19 octobre 1951, bien éloignée du pacifisme révolutionnaire prôné par la FA. En fait, si une partie des militants anarchistes, comme Lecoin ou Laisant, se retrouvaient pleinement dans la démarche des FLP, les militants « lutte de classe » de la FA goûtaient assez peu ce regroupement.
La désunion se fit jour dès le premier meeting des FLP, à la Mutualité le 12 novembre 1951, qui réunit 2 000 personnes, et auquel avait notamment été invité comme « vedette » l’abbé Pierre (ex-député MRP). À cette occasion, sur les trois orateurs prévus par la FA — Maurice Laisant, Georges Fontenis et Serge Ninn* — ces deux derniers défendirent la position de « troisième front révolutionnaire » de la FA en se démarquant nettement du pacifisme pur et des chrétiens.
Par la suite, il ne fut plus guère question des FLP à la FA, mais Maurice Laisant continua à en être un des principaux animateurs.
En novembre 1952, cinq mois après le congrès de la FA à Bordeaux qui vit le succès de la majorité plate-formiste, le groupe d’Asnières envoya sa lettre de démission de la FA sous forme d’une « lettre ouverte à Serge Ninn »*.
Charles Laisant mourut le 16 décembre 1952, et son frère Maurice en fut affecté. Les réunions du groupe d’Asnières furent suspendues quelques temps.
Durant l’année 1953, Maurice Laisant participa aux préparatifs de reconstitution d’une nouvelle organisation avec Maurice Joyeux, Georges Vincey* et Maurice Fayolle. La Synthèse de Sébastien Faure était alors, selon Joyeux, son « credo ». Du 25 au 27 décembre 1953, il assista au congrès de la Maison verte qui vit la fondation de la nouvelle Fédération anarchiste et la création du Monde libertaire.
Le 23 février 1954, il fut élu secrétaire à la propagande des FLP, tandis que le pasteur Voge en restait le secrétaire général et que Nicolas Faucier en devenait le trésorier. Les FLP étaient alors domiciliées au 21, rue de Paradis, Paris 10e, à l’adresse du pasteur.
Le 26 janvier 1955, Maurice Laisant fut condamné par la 17e Chambre correctionnelle à 12 000 francs d’amende pour avoir signé, sous le pseudonyme de Hemel, une affiche des FLP contre une éventuelle mobilisation générale. Albert Camus* témoigna en sa faveur au procès.
Au congrès de la FA qui eut lieu à Vichy les 19, 20 et 21 mai 1956, Maurice Laisant fut élu au comité de rédaction du Monde libertaire. Il y fut reconduit les années suivantes. À l’issue du congrès de juin 1957 à Nantes, il fut nommé secrétaire général de la FA, poste qu’il devait occuper jusqu’en 1975.
Le 6 septembre 1959, Maurice Laisant intervint à Bruxelles au congrès international de la Libre Pensée.
Au congrès des 18 et 19 février 1961, il fut élu secrétaire général des FLP, avec Lepage comme secrétaire administratif et Édouard Vincent* comme trésorier.
Le 18 juillet 1961, pour l’anniversaire des 25 ans de la Révolution espagnole, il fut interpellé par la police suite à une action de protestation organisée contre l’ambassade d’Espagne, 15, avenue Georges-V à Paris 8e, sans suite apparemment.
En mai 1978, après que le congrès de Ris-Orangis de la FA ait reconnu la lutte des classes, Maurice Laisant reprocha à la FA son évolution vers le « marxisme ». Avec quelques groupes dissidents, il lança une nouvelle édition du Libertaire. C’est sur la base de ce refus qu’au congrès de Nevers, en novembre 1979, Maurice Laisant fut parmi les fondateurs de l’Union des anarchistes (voir Jean-Pierre Jacquinot).
Maurice Laisant fut exclu de la FA par courrier du secrétaire aux Relations intérieures, Duthilleul, daté du 14 avril 1980 (Archives Arru, Amsterdam), au motif qu’il ne respectait plus « les principes de base de la FA modifiés aux congrès de Ris-Orangis 78 et Tours 79 » et qu’il n’était pas compatible d’être « à la fois membre de la FA et de la nouvelle Union des anarchistes ».
Il fut membre de l’Union des anarchistes jusqu’à la fin de ses jours.

SOURCES : Arch PPo GA/L9 ― Archives Jean Maitron ― Archives André Arru (IISG Amsterdam) ― Bulletin du CIRA-Marseille, n° 21/22, 23/25 et n° 26/27, 1986 ― Maurice Joyeux, Sous les plis du drapeau noir, Éditions du monde libertaire, 1988 ― Témoignage Jean-Pierre Jacquinot et Gérard Lecha ― Notes de René Bianco et Pascal Bedos.

Jean Maitron, Guillaume Davranche

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