Né le 1er novembre 1841 à La Basse-Indre (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) , mort le 5 mai 1920 à Asnières (Seine, Hauts-de-Seine) ; mathématicien ; anarchiste à la fin de sa vie.

Charles-Ange Laisant (vers 1900)
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Ancien officier de la guerre de 1870, Charles-Ange Laisant, franc-maçon, fut plutôt sympathisant de la Commune de Paris. Il embrassa la carrière politique et fut élu député à cinq reprises entre 1876 et 1893, se classant républicain progressiste, puis gauche radicale, et enfin boulangiste. Finalement, déçu du parlementarisme, il ne se représenta pas à la députation, et l’École polytechnique le recruta comme enseignant.
Ne pouvant rester neutre durant l’Affaire Dreyfus, il s’engagea dans le camp dreyfusard.
C’est sous l’influence de son fils Albert Laisant* que, quelques années après, il devint libertaire. Proche de Francisco Ferrer, Laisant fut un des dirigeants de la Ligue internationale pour l’éducation rationnelle de l’enfance et, en septembre 1909, avec Charles-Albert et Alfred Naquet, il fonda le Comité Ferrer, pour sauver le grand pédagogue menacé de mort.
Il fut également un fervent espérantiste et néomalthusien. Il appartenait alors à la loge des Libres penseurs du Pecq (Seine-et-Oise) de la G∴ L∴ écossaise.
Au printemps 1910, il s’engagea dans la Campagne antiparlementaire (voir Jules Grandjouan), qui diffusa largement sa brochure L’Illusion parlementaire. Il devint alors un compagnon de route de l’anarchisme et du syndicalisme révolutionnaire, et figura régulièrement aux tribunes des meetings lors de plusieurs campagnes — affaire Aernoult-Rousset (voir Émile Rousset), loi Berry-Millerand, 2e affaire du Sou du soldat (voir Jean-Louis Thuillier), droit d’asile (voir Henri Guilbeaux), loi de trois ans... Il présida également plusieurs meetings de la Fédération communiste anarchiste.
Depuis le lancement de La Bataille syndicaliste, en avril 1911, il en était une des plumes habituelles.
En juin 1912, il fut membre du comité de L’Entr’aide, une caisse de solidarité avec les militants emprisonnés et leurs familles, impulsée par la FCA (voir Édouard Lacourte). Le comité rassemblait une quarantaine de « personnalités » communistes libertaires et syndicalistes révolutionnaires.
En août 1913, il rédigea le rapport sur l’antiparlementarisme pour le congrès national anarchiste.
A l’automne 1913, il fit partie du comité de parrainage de la coopérative Le Cinéma du peuple (voir Yves Bidamant).
Durant la Grande Guerre, Charles-Ange Laisant fut partisan de la défense nationale, sans en être totalement dupe. Dans une lettre à Jean Grave, datée des 31 octobre et 1er novembre 1914, il écrivait : « Je désire ardemment la victoire militaire contre l’Allemagne et l’Autriche, et j’y crois. Mais quand on évoque les souvenirs de 1792, je me demande si on se moque de nous. [...] En 1792, le mot République soulevait l’enthousiasme unanime ; aujourd’hui, [...] il représente quarante années de honte, d’infamie, de putréfaction, de prostitution et de mensonge... » 
En 1916, il cosigna le Manifeste des Seize (voir Jean Grave), sans perdre le contact avec certains pacifistes comme Sébastien Faure.
Pour un itinéraire complet de Charles-Ange Laisant, consulter sa notice sur le Maitron-en-ligne.

ŒUVRE : L’Éducation fondée sur la science, préface d’Alfred Naquet, Alcan, 1904 — L’Éducation de demain, publ. de la colonie communiste d’Aiglemont n° 5, 1906 — L’Esperanto et l’avenir du monde, Paco Libereco, 1908 — L’Illusion parlementaire, Paco Libereco, Paris 3e, 1909 — Préface à François Depré, Les Chemins de fer aux cheminots dans la société transformée, 1910 — Conte pour les enfants de tout âge. Marianne et la goule, texte de Petit Poucet [C.-A. Laisant], dessins de Grandjouan, Grandjouan éd., s. d. — La Barbarie moderne, éd. de la Bataille syndicaliste, 1912 — Contre la loi des trois ans. Un peu d’histoire. Aux gouvernants. Les droits du mouton, éd. de la Bataille syndicaliste, 1913 — L’Internationalisme et la classe ouvrière, [« Conférence donnée à la fête de propagande organisée par le Groupe ouvrier espérantiste de Lyon, le 6 avril 1913 »], Paco Libereco, 1913.

SOURCES : Arch. PPo BA/1513, 1514 ― Le Libertaire, La Guerre sociale, La Bataille syndicaliste, Les Temps nouveaux, années 1909-1914 — Jean Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste en France, Gallimard, 1975 — Léo Campion, Les Anarchistes dans la Franc-Maçonnerie, Éditions Culture et Liberté, 1969. — Maurice Laisant « De la députation à l’anarchie », La Rue, 4e trimestre 1970 — Lettres à Jean Grave déposées à l’IFHS — Guillaume Davranche, Trop jeunes pour mourir. Ouvriers et révolutionnaires face à la guerre (1909-1914), L’Insomniaque/Libertalia, 2014.

Jean Maitron, Guillaume Davranche

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