LACOMBE Léon (dit Léautaux) [Dictionnaire des anarchistes]

Par Anne Steiner

Né le 12 avril 1885 à Aubin (Aveyron), suicidé le 5 avril 1913 à Paris XIIIe ; mineur ; individualiste ; illégaliste.

Léon Lacombe était le fils d’une trieuse de charbon, Marie-Joséphine Cibié, qui l’éleva seule. A l’âge de 12 ans, il fut embauché à la mine et au retour du service militaire qu’il accomplit, il s’installa à Décazeville et fut engagé à la mine Planquette, à Cérons. Il fréquentait le milieu local anarchiste et assistait à des conférences. C’est ainsi que Mauricius, en tournée dans la région, fit sa connaissance. Accusé d’avoir volé une montre au vestiaire, il fut renvoyé de la mine Planquette par un contremaître, Albert Artous, qui faisait office d’ingénieur. Quelques mois plus tard, le 12 janvier 1912, celui-ci fut abattu en pleine nuit à son domicile par un voleur qui s’était introduit dans son jardin. Lacombe, qui menait depuis son renvoi une existence précaire et n’avait pu être réembauché du fait de sa réputation d’anarchiste, fut soupçonné d’être l’auteur du crime.

Il s’enfuit et gagna Paris où il travailla comme terrassier. Il s’immergea dans le milieu individualiste, participant aux causeries et aux balades dominicales. Il fréquentait assidûment la librairie d’Erlebach*, dit Ducret, qui diffusait les publications individualistes dont L’Idée libre, le journal de Lorulot. Son livret militaire fut retrouvé lors d’une perquisition chez Anna Mahé* et De Bläsus*.

Le 14 septembre 1912, voyageant sans billet sur la ligne Paris-Limoges, il se fit contrôler à la gare des Aubrais, et abattit le contrôleur avant de s’enfuir. Le 9 novembre suivant, il participa, selon la police, au cambriolage du bureau de postes de Bezons au cours duquel le mari de la receveuse fut tué. Traqué par la police, présenté par la presse comme un nouveau Bonnot*, Lacombe fut bientôt persuadé, à tort semble t-il, que le libraire Erlebach était un indicateur de police. Le 5 décembre 1912, à 22h30, il s’introduisit chez lui, et après l’avoir tourmenté une partie de la nuit, il lui tira une balle dans la gorge qui provoqua sa mort après cinq semaines d’agonie.

Lacombe fut arrêté le 11 mars 1913 sur un stand de la Foire aux pains d’épice, boulevard de la Villette. Il portait sur lui deux brownings chargés et des explosifs mais il n’eut pas le temps de s’en servir. Il fut incarcéré à la prison de la Santé où Callemin*, Soudy* et Monier* , condamnés à mort, attendaient leur exécution. Le 5 avril 1913, il parvint au cours d’une promenade à grimper sur le toit de la prison et menaça de se jeter dans le vide. Maître Boucheron, son défenseur, se hissa auprès de lui pour parlementer. Leur entretien fut rapporté dans Le Libertaire : Lacombe y évoquait son enfance misérable, niait avoir tué Artous, et déplorait avoir dû abattre des employés, exploités comme lui mais servant avec trop de zèle les intérêts de leurs maîtres. Il assumait le meurtre d’Erlebach dit Ducret, et persistait à voir en lui un traître. « Je voulais manger du pain noir avec des mains noires, on m’a forcé à manger du pain blanc avec des mains rouges », s’écria-t-il juste avant de se précipiter dans le vide en criant « Vive l’anarchie ! ». Il chuta au-delà des matelas étendus sur le sol et s’écrasa sur les pavés. Sa mort fut instantanée. Il était 11h30 du matin.

Certains individualistes le considéraient comme un des leurs mais d’autres comme Rirette Maîtrejean* virent en lui un déséquilibré et ne lui pardonnèrent pas le meurtre de Ducret. Sa trajectoire meurtrière et brouillonne contribua à discréditer le courant illégaliste.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155454, notice LACOMBE Léon (dit Léautaux) [Dictionnaire des anarchistes] par Anne Steiner, version mise en ligne le 30 mars 2014, dernière modification le 6 avril 2014.

Par Anne Steiner

SOURCES : Arch. PPo BA/1134 (9640/9781) — procès verbaux de la Société des lettres, des sciences et des arts de l’Aveyron, tome 43, quatrième fasicule, 1982.

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