DHOOGHE Charles [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche

Né le 9 mars 1878 à Roubaix (Nord), incinéré le 4 octobre 1962 au Père-Lachaise à Paris ; ouvrier tisseur, puis représentant de commerce, enfin directeur d’une clinique médicale ; syndicaliste et anarchiste, puis réformiste.

Charles Dhooghe (1923)
Charles Dhooghe (1923)
Arch. PPo

Né en France de parents belges, Charles Dhooghe s’orienta très jeune vers l’anarchisme. Lors de son procès aux assises de la Marne en janvier 1906, il devait déclarer qu’en 1891, encore enfant, il avait été témoin du massacre de Fourmies et que le choc ressenti l’aurait définitivement orienté dans la voie de l’antimilitarisme.

Après avoir habité Croix, puis Roubaix, il se fixa à Tourcoing où il travailla comme tisseur avant de devenir, dès 1897, orateur et publiciste anarchiste. Dès cette époque, il fit des conférences dans le Nord avec Favier* gérant du Père Peinard, parfois sous le pseudonyme de Léon Crispin.

De novembre 1897 à janvier 1898, sous la signature de Léon Wolck, il anima le journal anarchiste roubaisien La Cravache, sous-titré « organe international des travailleurs », qui sortit 11 numéros. Le 10 février 1898, il fut écroué à Lille pour « provocation au meurtre » lors d’un meeting, puis expulsé en Belgique le 5 mars. Cependant, son père le fit naturaliser français en août, et le décret d’expulsion fut rapporté le 7 septembre.

Dhooghe fut incorporé le 15 novembre 1900 au 5e régiment d’artillerie à pied et libéré en septembre 1902.

Le 14 février 1903, il prit la parole au meeting anarchiste en faveur des victimes de la Mano Negra.

En 1903, il se fixa à Reims (Marne) et, au mois d’août, fut délégué par Reims, Amiens, Roanne et Roubaix au congrès de la fédération du Textile de la CGT.

Courant 1904, mis à l’index, il cessa de travailler dans le textile et devint représentant de commerce.

De septembre à décembre 1904, Dhooghe tira à 400 exemplaires un petit journal autographié, Les Feuilles rouges, qui compta jusqu’à 90 abonnés. Il était, à l’époque, secrétaire de la section rémoise de l’Association internationale antimilitariste. Le 28 janvier 1906, la cour d’assises de la Marne le condamna à trois mois de prison pour avoir collé des affiches antimilitaristes. Il fut écroué le 30 mars à Reims.

Du 8 au 16 octobre 1906, il fut délégué au congrès confédéral CGT d’Amiens. Inscrit comme « voyageur en anarchie » à l’hôtel où il était descendu, il cosigna l’ordre du jour Griffuelhes, qui devait rester dans l’Histoire sous le nom de Charte d’Amiens. Il fit également, au nom de par l’Union des travailleurs de l’industrie lainière de Reims, un discours en faveur du pain gratuit, reprenant l’idée soulevée par Victor Barrucand* en 1895, mais la question ne fut pas discutée.

En décembre 1906, il refonda La Cravache avec succès, puisque le journal s’installa durablement dans le paysage rémois, et sortit plus de 100 numéros jusqu’en novembre 1913.

À l’été 1907, la diffusion d’un numéro antimilitariste des Temps nouveaux orné d’un dessin de Willaume* valut des poursuites aux rédacteurs, et la publication de La Cravache fut provisoirement suspendue.

En octobre 1910, il fut poursuivi pour provocation à la grève des cheminots.

En juin 1911 il confonda la coopérative de distribution de café et de produits alimentaires La Lutte sociale, et fut membre de son conseil d’administration. Il était alors syndiqué aux Employés-CGT.

En 1912-1913, il effectuait de fréquents déplacements à Paris, où il fréquentait la Fédération communiste anarchiste et notamment le groupe du Réveil anarchiste ouvrier (voir Eugène Jacquemin). En août 1913, il prit part au congrès national anarchiste, où il lut un rapport du Réveil anarchiste ouvrier sur la grève générale. Par la suite, il organisa sur Paris, avec le même groupe, une série de conférences sur « l’anarchisme ouvrier contre l’individualisme ».

Le 22 juin 1912, il comparut devant le tribunal correctionnel de Lille avec Boudet* et Jean-Baptiste Knockaërt* suite à la campagne de protestation contre l’arrestation de 3 militants accusés d’avoir saboté dans la région de Roubaix-Tourcoing (voir Jean Descamps).

Le 9 novembre 1913, il fut condamné à Reims à trois mois de prison pour provocation de militaires à la désobéissance. La peine fut confirmée en appel le 10 janvier 1914 à Paris. Dhooghe habitait alors 15, rue du Mont-d’Arène, et était le secrétaire du groupe de Reims de la Fédération communiste anarchiste révolutionnaire.

Charles Dhooghe était inscrit au Carnet B. Son attitude et son rôle durant la Grande Guerre ne sont pas connus. Selon la police il aurait résidé à Saint-Étienne entre 1915 et 1920, mais il est fort possible qu’il ait vécu à Évreux (Eure) en 1918-1919.

Du 15 au 18 juillet 1918, il fut délégué par le syndicat textile d’Évreux au congrès confédéral de la CGT à Paris, et il vota pour la résolution de conciliation Jouhaux*-Merrheim. Du 15 au 21 septembre 1919, il fut délégué par le même syndicat au congrès confédéral CGT de Lyon, et vota avec la majorité.

Le 26 juillet 1919, il épousa, à Paris 11e, Madeleine Funck, née à Reims le 2 août 1881.

En 1920, il s’installa 9, passage Saint-Pierre-Amelot, à Paris 11e, et travailla comme voyageur de commerce à la Blanchisserie et Teinturerie de Thaon, au 7, rue Meyerbeer. Dans la capitale, il poursuivit la propagande anarchiste jusqu’en 1922 environ, puis se fit nettement moins remarquer.

Du 26 au 29 août 1925, il fut délégué au congrès confédéral CGT de la salle Japy.

Le 14 février 1927, il fut rayé du Carnet B. Il était alors membre de l’Union syndicale des techniciens et ingénieurs du commerce et de l’agriculture (Ustica) affiliée à la CGT.

En 1930, il était toujours abonné au Libertaire, à Germinal, et faisait partie des « Amis de l’Encyclopédie anarchiste » (voir Sébastien Faure). Militant actif, il hébergeait chez lui de nombreux camarades de passage.

En 1938-1939, il fut adhérent de Solidarité internationale antifasciste (voir Louis Lecoin)

Lorsque furent créées les caisses d’assurances sociales, on lui confia la direction de la clinique médicale Le Travail où ses qualités d’organisateur s’employèrent utilement. Il la conserva jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et sous l’Occupation.

En novembre 1941, il était membre du comité directeur du Centre syndicaliste de propagande, 41, avenue Montaigne, à Paris 8e. Il assista à la Conférence nationale syndicale tenue les 15 et 16 novembre à la Maison de la mutualité, et cosigna la motion finale. Dans le journal collaborationniste L’Atelier n° 15, en date du 15 novembre 1941, il faisait la promotion de la Charte du travail. En décembre 1941, il était également secrétaire général du comité technique d’économie sociale du Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat. Son frère Jean, décédé peu auparavant, avait été membre de la Légion française des combattants et responsable du RNP à Paris 2e. Il fit également un voyage d’étude en Allemagne puis vanta, à son retour, les bienfaits de la collaboration entre les classes.

Cependant, son passé le rattrapa et, en octobre 1943, il fut démissionné d’office de son poste de directeur de clinique pour avoir « appartenu aux organisations communistes », en exécution d’une dépêche du secrétariat d’État au Travail du 13 mars 1943.

À la Libération, il aurait reçu la carte de résistant pour avoir caché des hommes et des armes dans sa clinique.

Franc-maçon, Dhooghe était affilié à la Grande Loge de France.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155403, notice DHOOGHE Charles [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 7 mars 2014, dernière modification le 24 décembre 2014.

Par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche

Charles Dhooghe (1923)
Charles Dhooghe (1923)
Arch. PPo

SOURCES : Arch. Nat. F7/12493 —Arch PPo GA/D3 et BA/1513 et 1514 —Arch. Dép. Marne, 30 M 105 — Arch. Dép. Nord, M 157-1 —Le Temps du 29 janvier 1906 — Les Temps nouveaux du 22 décembre 1906 et du 3 février 1907 — Les Temps nouveaux du 3 mars 1906, du 31 août et du 7 juillet 1907 — La Guerre sociale du 14 juin 1911— collection de L’Atelier, années 1941-1943 — La Révolution prolétarienne, octobre 1962 — L’Idée libre, janvier-février 1963 — Jean Polet, « L’anarchisme dans le département du Nord, 1880-1914 », DES Lille, 1967 — témoignage de Dhooghe à Jean Maitron en février 1955 — Jean Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, Gallimard, 1975 — Guillaume Davranche, Trop jeunes pour mourir. Ouvriers et révolutionnaires face à la guerre (1909-1914), L’Insomniaque/Libertalia, 2014.

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