SORBI Bixio [Dictionnaire des anarchistes]

Par Rolf Dupuy, Françoise Fontanelli Morel

Né le 11 juin 1887 à Massa Maritima (Toscane), mort en déportation le 20 octobre 1944 ; ouvier sidérurgiste ; militant anarchiste italien naturalisé français.

D’abord républicain, Bixio Sorbi avait suivi les traces de son père et était devenu anarchiste à Massa Maritima où la police le signalait comme « enclin à la violence » et « à pousser les compagnons à l’action ». En 1913 il partit à Portoferraio pour y travailler dans les aciéries. Il était alors un fidèle lecteur de Il Libertario (La Spezia), Il Martello (Piombino) et de l’organe socialiste L’Avanti. Le 19 juin 1914, le journal Il Piccolo martello (Piombino) signalait une souscription de Sorbi en faveur de Salvatore Salvadori, l’ancien gérant de ce journal, poursuivi pour « délits de presse ».

Opposé à l’entrée en guerre de l’Italie, Sorbi fut avec Giuseppe Gasperi le signataire de l’appel au Congrès révolutionnaire contre la guerre, qui se tint à Follonica le 31 janvier 1915 et où fut adoptée une résolution appelant à la grève générale insurrectionnelle si l’Italie s’engageait dans le conflit. Après avoir été agressé par des partisans de l’intervention, Bixio Sorbi fut appelé sous les drapeaux et envoyé au front où il fut blessé.

A la fin de la guerre il retourna à Portoferraio, mais son ancienne entreprise refusa pour des raisons politiques de le réembaucher. Sorbi participa alors à la réorganisation du groupe anarchiste local. En 1920, suite à la découverte à son domicile de matériaux pouvant servir à la fabrication d’une bombe, il fut arrêté puis condamné en octobre à une lourde peine, ramenée en appel à trois ans et demi de détention.

Á l’expiration de sa peine, il émigra en France le 20 janvier 1924 et s’installa d’abord en Lorraine à Villerupt-pour-Thill. Il travaillait aux hauts-fourneaux de Pont-à-Mousson. Il était à cette époque abonné à plusieurs journaux anarchistes dont Pensiero e volontà (Rome), Fede (Rome), Il Picconiere (Marseille) et souscrivait à Il Monito (Paris).

En 1927 il partit de Sedan pour s’installer à Marseille. L’année suivante il fut l’auteur de la nécrologie du compagnon Emilio Ferri, mort dans un accident de travail, publiée dans le journal Culmine (Buenos Aires). Il résidait alors 18 rue Pasteur à L’Estaque Riaux avec sa femme Adelaide Ricci. Cette même année il souscrivit au numéro unique de Resistere (Paris, novembre 1928) publié par les anarchistes italiens en soutien aux prisonniers politiques. Il collaborait également et régulièrement à l’organe anti-organisateur L’Adunata dei refrattari (New York) dont il fut le correspondant à Marseille. II y fut l’auteur de nombreux articles, notamment sur le passage de Gino Bagni au parti communiste (juillet 1933), sur le congrès socialiste (juillet 1934), le Front populaire (22 mai 1937) et l’assassinat à Marseille d’Egisto Cantini (3 juillet 1937).

En 1929 il souscrivit au Comité libertaire de soutien à Angiolino Bartolommei, un anarchiste italien réfugié en Lorraine, condamné pour avoir tué un prêtre fasciste. Sorbi travaillait en 1930 pour l’entrepreneur de travaux publics Jacques Biandraty, 298 chemin de la Nerthe à L’Estaque (15ème arr.).

Le 15 mars 1933 Bixio Sorbi obtint la nationalité française et le 5 avril assistait au congrès tenu à Marseille par le Parti socialiste italien. En 1936 il participa aux activités de l’Université prolétarienne de Marseille. Père de trois enfants, il était alors membre de la coopérative du bâtiment fondée par Pio Turroni* et Romeo Tonarelli dans la cité phocéenne.

Le 27 août 1938, L’Adunata dei refrattari annonçait le décès à l’âge de 22 ans de sa fille Anarchia (née le 28 octobre 1915 à Portoferraio. Bixio Sorbi était également le père de deux aitres enfants : Gaston (né le 8 septembre 1913 à Portoferraio) et Spartaco Gino (né le 4 avril 1926 à Sedan, Ardennes).

Lors de la retirada de l’hiver 1939, il porta assistance à plusieurs réfugiés espagnols aux camps d’Argelès, de Gurs et du Vernet, ce qui lui valut d’être arrêté et malmené par les gendarmes.

Bixio Sorbi fut arrêté par la police allemande en septembre 1943 et transféré au camp du Vernet d’où il fut déporté en Allemagne. Il est mort le 20 octobre 1944 au camp de concentration de Dachau.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155340, notice SORBI Bixio [Dictionnaire des anarchistes] par Rolf Dupuy, Françoise Fontanelli Morel, version mise en ligne le 17 avril 2014, dernière modification le 17 avril 2014.

Par Rolf Dupuy, Françoise Fontanelli Morel

SOURCES : Dizionario biografico degli anarchici…, op. cit (Notice de F. Bucci, R. Buggiani & A. Tozzi) — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône M6 (10812), notice individuelle, et AD 134M2423 — Bulletin du CIRA, Marseille, n°23-25, 1er semestre 1985 – Journal officiel de la République (mars 1933) — L’Adunata dei Refrattari, New York, passim.

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