SOMMERMEYER Pierre [Dictionnaire des anarchistes]

Par Hugues Lenoir

Né le 17 avril 1942 à Nice (Alpes-Maritimes) ; pacifiste, militant de la Fédération anarchiste, éducateur technique puis agent public.

Ses parents, Hans Sommermeyer – 1908 (Allemagne)-1992 (France) –, et Margot Liebrecht (dite Anne) – 1912 (Pologne)-1974 France –, étaient tous deux apatrides et d’origine allemande. Sa mère faisait partie de la minorité juive allemande en Pologne.

En Allemagne, son père fut membre du Sozialistches Arbeiter Partei, SAP (entre la SPD et le KPD qui était lié au POUM), puis du Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP), scission de gauche de la SFIO avec Marceau Pivert. Après la guerre, en France, il fut proche de Socialisme ou Barbarie, puis d’Informations correspondance ouvrières (ICO). Quant à sa mère, elle entra dans une église protestante pacifiste mennonite (anabaptiste).

Ses parents quittèrent l’Allemagne en 1933 et rejoignirent les groupes d’émigrés à Paris où ils se connurent. Son père fut incorporé de force dans les troupes auxiliaires d’abord près d’Orléans puis dans le Périgord. Sa mère fut emprisonnée parce que juive et tombant sous le coup de l’internement des « indésirables » à Gurs, dans les Pyrénées, entre mai et juillet 1940. À l’armistice, ils se replièrent sur Nice d’où ils fuirent au moment de la suppression de la zone Sud. Ils furent cachés pendant la guerre au Chambon-sur-Lignon, en Haute-Loire, par les pasteurs Trocmé et Theis, objecteurs de conscience et non-violents, jusqu’à la Libération, ce qui explique en partie le parcours ultérieur de Pierre Sommermeyer. Professionnellement, sa mère fut jardinière d’enfants puis éducatrice spécialisée auprès d’enfants mongoliens ; son père exerça divers métiers : boulanger, menuisier, ajusteur et éducateur technique.

Après un cycle primaire sanctionné par le certificat d’études, à partir de 1958, Pierre Sommermeyer fit un apprentissage en horticulture et obtint un CAP en trois ans. Il fut horticulteur jusqu’en 1961 et engagé dans sa paroisse mennonite en banlieue parisienne, avant de partir six mois en Allemagne, puis quinze mois au Maroc. Il fut alors engagé auprès d’un service civil chrétien international, Eirene, créé par les mennonites américains. En 1958, il participa aux actions locales contre le putsch d’Alger à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) où sa famille habitait depuis la fin de la guerre ; pendant la guerre d’Algérie, en 1960, il participa aux manifestations de l’UNEF puis à celles, statiques, de l’Action civique non violente (ACNV) au printemps 1961 place Beauvau à Paris. Appelé sous les drapeaux en janvier 1962, naturellement « comme par tradition familiale », il refusa la conscription et la guerre et opta pour l’objection de conscience. Il était d’ailleurs déjà en Allemagne dès le mois de juillet 1961, « comme si je partais en vacances, je ne voulais pas être coincé en France », rappelle-t-il. Après quoi, il gagna le Maroc pour ne revenir en France qu’une fois le statut d’objecteur de conscience acquis. Il fut arrêté en octobre 1963 près de la frontière allemande, à Muret, « en train de pique-niquer », ce qui mit fin à son projet d’arrestation publique de retour à Paris. Après son jugement par le Tribunal permanent des forces armées (TPFA) le 18 juin 1963, il fut incarcéré à la prison de Fresnes jusqu’en janvier 1964.
Une fois libéré, le 21 janvier, il fut renvoyé via une caserne (« épisode pénible ») dans ses foyers pour attendre sa convocation au service civil qu’il reçut quelques mois plus tard. Dans ce cadre, il se rendit à Brignoles avec ceux qui comme lui venaient d’être appelés. Il participa alors au groupe appelé Secrétariat objecteur conscience (SOC), qui était installé impasse Chartière à Paris, dans le Ve arrondissement. De fait, déclare-t-il, « on était très distant des positions de l’ACNV comme de celles de Louis Lecoin, l’idée d’un service civil national nous semblait assez ringarde et à dynamiter sous une forme ou sous une autre. C’est ce qui fut possible un an plus tard. Pour nous, tendance radicale, la lutte continuait au sein du service civil ». Ce qui eut pour implication un refus du règlement militaire par un jeûne de dix jours à l’issue duquel l’administration de la Protection civile renonça. Cela valut à Pierre Sommermeyer un retour de deux mois dans une prison créée spécialement dans une caserne de CRS à Uzès (Gard) pour refus d’obéissance – opposition à la construction d’un mur d’enceinte du camp de la protection civile à Brignoles (Var). Après un nouveau jeûne de dix-sept jours, il fut libéré avec 16 autres compagnons, renvoyé dans ses foyers momentanément avant de terminer son service national à Oust, en Ariège, dans un camp du Service civil international en septembre 1966. Entre-temps, la forme autoritaire du service civil fut abandonnée par l’État, conséquence des résistances des réfractaires et de l’intérêt montré par le fondateur d’Aide à toute détresse (pour cette main-d’œuvre à bon marché) que Pierre Sommermeyer avait rencontré et qui fit fonctionner ses relations d’en haut, en l’occurrence Geneviève Anthonioz de Gaulle.

Après son service civil, il reprit son travail de jardinier, puis, suite à une formation de menuisier (FPA), il entra comme tel en septembre 1968 à la faculté de médecine de Strasbourg où il termina son itinéraire professionnel comme webmestre en juin 2003. Sur le plan militant, après son service comme avant, il fut proche d’ICO, puis il rejoignit Anarchisme et non-violence à la fin de 1968. Il participa à l’aventure de la Librairie Bazar Coopérative de Strasbourg, rue des Veaux, de fin 1969 à 1975, aux activités de Solidarité internationale antifasciste (SIA), à la revue de contre-culture libertaire Vroutsch.

À l’université, il fut syndiqué au syndicat du personnel non enseignant qui appartient à la FEN. Il fut élu au Conseil des études et de la vie universitaire (CEVU) et au service d’action sociale de l’université Louis-Pasteur à plusieurs reprises. En 2000, il rejoignit l’équipe de la revue théorique anarchiste Réfractions. Il est webmestre de nombreux sites web anarchistes ou proches. Comme celui des revues Réfractions et À contretemps, les sites des Giménologues, du dictionnaire international des militants anarchistes, de Publico et de Chroniques rebelles et il fait partie du collectif qui anime le site anarchiste d’actualités internationales Divergences. Il participe à la gestion des sites existant autour de RAforum. Depuis 2004, il est militant au groupe de Strasbourg de la Fédération anarchiste et fournit régulièrement des articles au Monde libertaire.

Il s’était marié le 10 juillet 2012 à Strasbourg (Bas-Rhin) avec Arlette Marie Ammerich.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155339, notice SOMMERMEYER Pierre [Dictionnaire des anarchistes] par Hugues Lenoir, version mise en ligne le 27 avril 2015, dernière modification le 27 avril 2015.

Par Hugues Lenoir

ŒUVRE : - « Voyage dans un monde déconcertant », Réfractions, n° 10, printemps 2003. - « Voyage d’un ouvrier au pays de la génétique moléculaire », Réfractions, n° 13, automne 2004. - « L’ “ultra-gauche”, histoire et confusion », À contretemps, n° 16, avril 2004. - « Octobre 1917 ou les habits neufs de l’autocratie », À contretemps, n° 21, octobre 2005 - « Le capitalisme à un tournant », Réfractions, n° 18, printemps 2007. - « Territoires et frontières, un itinéraire individuel », Réfractions, n° 21, automne 2008. - « La crise continue toute seule », Le Monde libertaire, n° 1547, 12-18 mars 2009.

SOURCES : témoignage direct, mars 2009. — État civil.

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